CAMILLE PITON
appelé alors Batillolles, dans un acte du 9 octobre 1414, qui se trouve aux AN. S, 893B...
« Cette forme, Batillolles, que l’on doit tenir pour la plus anciennement connue, autorise peut-être à proposer, comme explication du nom actuel, l’origine bastillole ou bastidiole, signifiant petite maison de campagne, sens que le mot bastide conserve encore en Provence...
« Les registres conservés à la mairie de Clichy font aussi plusieurs fois mention du moulin des Batignolles, du 31 mai 17/42 au 25 novembre 1760. »
Ce n'est pas sans étonnement que nous voyons un érudit averti comme Bournon proposer l'étymologie fantaisiste et impossible de Bastidiole que rien ne justifie.
Voici, de notre-côté, ce que nous lisons dans un « Registre d’ensaisinement de Saint-Germain-des-Prés (1366-1367), conservé aux Archives nationales (LL, 1076, folio [IL v°) : |
« Ancel Congnet a vendu à Maci le Charron et Lorète, sa femme, IT quartiers de vignes ou |en| vigne de flori ou [en] batillole, tenant à feu Jehan Trublet, aboutissant à Ancel Machelart, à VIT deniers parisis.
€ Item, [IT quarterons on larris [terrain en friche| de flori, tenant à Jehan de Senestre, et aus hoirs feu Michel Constant a III setiers, IIT quarterons de vin, pour XXIV sols. Fait le XXIV de mai, l'an |13167. »
Flori est un lieu dit, comme Le Val, situé à côté de Meudon, (aujourd’hui : le val Fleury), dans la censive de Saint-Germain-des- Prés. |
Depuis l'introduction en France des moulins à vent, disons depuis les Croisades, tous les endroits exposés au vent, c’est-à-dire les sommets des collines des environs dé Paris, furent surmontés de moulins, primitivement en bois. Fleury avait nécessairement son ou ses moulins, et la colline de Batignolles, alors sans nom connu de nous, voisine de Montmartre, eut forcément ses moulins. En TOUL, selon la carte de Roussel, on en comptait encore trois.
Dans le Dictionnaire de Jean de Garlande, cité par Du Cange, on lit, à propos des Molendinari (meuniers) («... farinam, que batillo molendini descendit in alveum farinosum. » |
Batllus, ajoute Du Cange, gallice : batel (1348), batans ou batail (1328) est, suivant Géraud, la partie du moulin par où tombe la farine.
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29/ *AMILLE PITON.
De Batillus à Batillolus, la transition est facile, bien que nous n’ayons pas rencontré encore cetle forme latine ; mais nous tenons le problème pour résolu.
S'il fallait ajouter encore une probabilité, nous dirions qu'après avoir communiqué le résultat de nos recherches à M. Batiflol, dont le nom nous paraissait avoir une origine analogue, 1l nous informa que M°T..., consulté par lui sur l’étymologie de son nom, lui aurait répondu, ou à peu près : Balillus fulli. — Ergo glu, comme disait Rabelais.
G.. PETONM
A propos d’un Croquis Parisien
Que la « Concorde » soit la plus belle « place » de Paris, c’est ce que personne ne contestera. Cette surface énorme simplement ornée de balustrades discrètes où des pavillons minuscules semblent seulement adoucir des angles, se déroule si harmonieusement entre le Jardin des Tuileries et l’avenue des Champs-Élysées, la rue Royale et le Palais-Bourbon, qu'on a peine à s’imaginer qu'elle ne soit pas née d'un seul jet, en même temps que les voies, les arbres et les monuments où elle est enchâssée comme un joyau précieux et gigantesque.
Dieu sait cependant combien d'événements imprévus et d’avatars singuliers complétèrent, à travers le temps, d’abord son site, puis son aspect définitif dans la plus élégante perspective des capitales civilisées.
Il ne nous appartient pas de relater les transformations successives de cette région devenue aujourd'hui le centre du luxe parisien, mais il est permis de rappeler que c’est Marie de Médicis qui faisait planter, en 1616, la jolie promenade bordant la Seine, comme un collier de
1. Plusieurs des citations intercalées dans cette étude sont empruntées au somptueux
ouvrage publié récemment par M. le comte de Fels sur l'architecte Gabriel.
verdure, que nous appelons aujourd’hui le Cours-la-Reine. L'aspect du Jardin des Tuileries ne porte plus l'empreinte de Le Nôtre, qui le dessina pour Louis XIV, sur un plan nouveau, et le réunit au palais en 1665. |
Qui songe que, vers la fin de son règne, la grande route boisée, courant tout droit du Louvre vers la butte de l'Étoile, sous le nom d’Avenue des Tuileries, offrait moins aux grands seigneurs un but d’excursion, qu'aux voleurs des occasions de détrousser les passants ? |
Mais, dès lors, un instinct supérieur avait créé cà et là des points de repère ingénieux, tels que le Palais-Bourbon et le projet d'église de la Madeleine, comme si fermentait, de génération en génération, une conception générale destinée à souder un jour étroitement les beautés de la nature et l’habileté décorative des hommes.
C’est vers le milieu du xvin° siècle qu'apparaît l’idée d'utiliser le vaste, mais inculte terrain vague séparant l'entrée du Jardin des Tuileries de l'avenue du même nom. Elle prend naissance dans des conditions singulières; et voici que la rencontre d’un croquis fixant un des épisodes de cette création admirable, nous convie à constater combien la lente exécution de l’œuvre cotoie étroitement les plus graves événements politiques de notre histoire, au cours du lamentable règne de Louis XV.
Le dessin. dont nous donnons la reproduction, est tracé vivement au crayon gris avec de lestes touches d'encre de Chine. On y reconnait aisément la manière du peintre de Machy, fervent observateur des monuments de la Cité et même de ses groupes populaires, malgré sa dignité d'Académicien, conquise dès l’âge de trente-cinq ans. L'artiste a regardé son sujet en se plaçant aux environs de la rue Royale, tournant le dos à la Madeleine, et il nous montre les façades du bâtiment occupé aujourd’hui par le cercle de la rue Royale, l’Automobile-Club et l'Hôtel de Crillon formant le coin de la rue Boissy-d'Anglas, désignée alors sous le vocable familier de « la Bonne-Morue ». Ces constructions sont à peine achevées; le terrain du Ministère de la marine est encore vide, l’église des Feuillants, qui disparaîtra plus tard, est restée à sa place, et, dans l’axe de la rue Royale, au fond, bornant le regard, mais l’attirant, quoique minuscule, une statue équestre face aux Tuileries. C'est Louis XV !
En 1775, dans son livre consacré aux « Monuments érigés à la gloire de Louis XV », l'architecte Patte nous raconte, en ces termes,