HENRY NOCQ
pour mieux préciser les raisons qui dictaient son choix, elle voulut associer dans un même hommage un écrivain belge et un écrivain français : elle offrit la moitié du prix Bonaparte à M. Mæterlinck et l’autre moitié à M. Maurice Barrès.
À cette marque d'estime confraternelle, M. Maurice Barrès répondit élégamment en instituant la « Médaille des écrivains morts pour la patrie ». Son but, il l’a indiqué lui-même et on l’a fort bien compris, fut de laisser un monument durable d'un événement unique dans l’histoire, et combien émouvant et grandiose : c’est la première fois que la jeunesse studieuse, la jeunesse des professions libérales tout entière prenait les armes elle-même pour la défense du pays, et revendiquait, sous le feu des ennemis, la place d'honneur que son travail lui aurait peut-être assurée dans la vie sociale. Témoins d’an si noble sacrifice, les aînés ne devaient-ils pas en redire la mâle beauté aux générations suivantes? La « Médaille des écrivains » contribuerait à cette pieuse transmission du souvenir chez les littérateurs ; et si M. Maurice Barrès se chargeait de tous les frais de cette médaille, il confiait exclusivement le soin d’en choisir les titulaires au Comité de la Société des gens de Lettres, représentant la corporation des écrivains français.
La décision prise, il s'agissait de la réaliser, d'imaginer les symboles et les inscriptions de la médaille, et aussi de choisir l’artiste qui la graverait. Or, s’il se conmet beaucoup de médailles à notre époque, nous avons, en réalité, fort peu de véritables graveurs médaillistes et un nombre infime d'œuvres intéressantes. M. Maurice Barrès Jugea bon de consulter quelques personnes qualifiées. Il n y eut pas, à proprement parler, de conseil et de délibérations, mais un utile échange d'avis, autour de la table d’un déjeuner amical, entre l’éminent académicien et ses collègues : M. Paul Bourget et M. Frédéric Masson, M. le D" Pozzi, le bâtonnier Chenu, enfin le plus érudit de nos numismates, M. E. Babelon, conservateur du cabinet de France.
À la Toussaint, la médaille était prête, M. Maurice Barrès, accompagné de son graveur, vint présenter les premières épreuves au Comité des Gens de Lettres réuni au complet. Devant trente hommes tous plus ou moins éprouvés déjà, car au quinzième mois de la guerre ïl n'était plus de famille qui ne connût le deuil ou
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jé Eat ch (4 +" MÉDAILLE DES ÉCRIVAINS MORTS AU CHAMP D HONNEUR ; | | (Fondation Maurice Barrès.) Henry Noca, inv. et sc.
Planche 3.