A PROPOS D’UN CROQUIS PARISIEN
ficielle, voilà qui devient tout à fait vraisemblable et dans le goût du temps !
Nous allons voir combien la suite de l'aventure rend notre hypothèse sérieuse et prolonge et conserve à la création de la place Louis XV, son caractère fantasmagorique. Plus de trente ans après la platitude municipale, la « place » n’était pas terminée ! Et ce n’était pas faute, par le roi, d’y avoir aidé de son mieux.
Dès la première heure, une difficulté paralysait l’essor de cette largesse officielle. Où placerait-on la statue? Certes, dans Paris, les bons endroits abondent. Tous les quartiers, successivement, vantaient leur carrefour, ambitieux, ici ou là, de rivaliser avec Henri IV et, surtout, de tirer bon prix de leurs immeubles. Mais l'argent, où le trouver? L'état des finances publiques n'était pas favorable aux prodigalités. Les offres généreuses de la Ville restaient suspendues devant sa bourse vide. Louis XV sortit ses bons sujets de ce premier embarras en donnant un vaste terrain dont il était propriétaire entre les Tuileries et les Champs-Élysées, espace ingrat, pelé, galeux, raboteux, se transformant au gré de la pluie et du soleil en marécage ou en sables du désert, mais, au demeurant, vaste et libre et bon marché ! C'était le bénéficiaire du présent qui en faisait les premiers frais ! L'occasion était unique! On la saisit au vol. Aussi bien, qui donc, en ce temps-là, eût refusé un don royal?
Il ne restait plus qu'à créer la statue et à la bien planter. Sans hâte on s’en occupa. |
Quoique les années qui suivirent semblent les moins mauvaises du règne, personne n’en profita pour réaliser l’apothéose. Bouchardon, chargé de l'exécution, arrivait alors au sommet de sa renommée; mais il vieillissait. Peut-être aussi, éprouvait-il des difficultés à toucher son dû. Ce qui est certain, c'est qu'il fallut attendre cinq ans pour obtenir de lui une maquette à peu près acceptable.
C’est donc seulement en 17b2 que le directeur général de l’Académie, M. de Vandières, frère de Madame de Pompadour, organisait un concours sur ce sujet brûlant. Sur vingt-sept membres de l’Académie d'architecture, dix-neuf envoyèrent des projets et l’on conçoit aisément que le choix dût être difficile, en considérant que Soufflot, Boffrand, Servandoni, Mansart, Gabriel étaient entrés en lice, et, souvent, avec plusieurs dessins.
Le distingué M. de Vandières, neveu et successeur de M. de Tournehem, passait pour devoir ses hautes fonctions, moins à ses
2h0 EUGÈNE RODRIGUES.
mérites personnels, qu à sa parenté avec la Pompadour. Soucieux de protester contre ces médisances, il jugea l’occasion favorable et rédigea, sur la matière, un mémoire important, où il-étudiait minutieusement la valeur de chaque projet. Il est facile de résumer tous ses jugements en quelques mots. L’académicien pris à partie était couvert de fleurs, mais... son projet était décrété inexécutable ! Heureusement, lui, de Vandières était là! Et, substituant son génie à la bonne volonté de ces braves gens, il proposait ingénument des idées personnelles qu'il estimait propres à déjouer les difficultés les plus insurmontables.
Sa hardiesse fut mal récom pensée.
Le projet de Gabriel lui avait spécialement déplu. Trois paragraphes copieux distillaient amèrement son blâme :
« 1° Son plan, écrivait-il, détruit le bel accord des Thuileries, de l’Esplanade et des Champs-Élysées. Cet ensemble est d’une perfection unique, de l’aveu même des étrangers dont il a toujours fait l'admiration ;
« 2° On voit bien que M. Gabriel, pour éviter cet inconvénient, n'a placé, du côté de la rivière, que deux pavillons, pour soutenir ses deux corps de gros bâtiments, mais ces deux pavillons seraient d’un mauvais effet, soit qu'on y entrât par les Champs-Élysées ou par les Thuileries ;
« 3° Pour la construction de son pont, il semble qu'il exige la démolition de l'hôtel de Bourbon, qui, sans contredit, est le plus beau qu'il y ait en Europe. Enfin la statue ne serait point en proportion avec l’immensité de cette place. »
Ces arguments produisirent un effet diamétralement opposé à celui qu'en attendait leur auteur Le 20 juillet 1753, à Compiègne, Louis XV approuvait le projet de Gabriel. Le 9 décembre 1755, à Versailles, il en acceptait encore le remaniement définitif.
Mais, hélas! ce ne sont là que paperasseries administratives, et le travail n’est pas plus avancé. Les événements qui vont suivre, en aggravant les malheurs de la France, retarderont plus que jamais le couronnement du témoignage d'amour. |
En 1756, c'est un nouveau pacte diplomatique qui, renversant le régime traditionnel des alliances françaises, rapproche notre pays de l’Autriche sous les auspices humiliants d’une femme galante. De part et d'autre, la dignité royale fléchit à ce point que l’impératrice, abdiquant la morgue tyrannique de sa cour, s’abaissera Jusqu'à
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