A PROPOS D'UN CROQUIS PARISIEN
traiter la Pompadour, dans une lettre autographe, comme « sa bien bonne amie ».
Parallèlement, l'Angleterre tend la main à Frédéric II. Pendant sept ans, une guerre féroce va bouleverser l'Europe entière. Un petit prince posera la base d’un grand royaume. La semence est jetée d'où sortira l'empire d'Allemagne. Elle germera tout à l'heure. Il nous faut remonter au jour maudit où fut signé le premier traité de Versailles, pour fixer l’origine exacte des guerres de 1870 et de 1914.
Pourtant, l'Art ne perd jamais ses droits. L'artiste, par une grâce divine, sait, à travers les fureurs de l’humanité, sauver sa force créatrice. Son cerveau, sa main, conçoivent et enfantent dans les pires douleurs; grâce à lui, hors des chaos jaillissent des beautés où l’homme, trainé d'horreurs en horreurs par l’infamie des conquérants, se raccroche, à travers les siècles, et conserve pieusement et renouvelle l'illusion de la joie de vivre.
Gabriel tenait à sa commande. De son mieux, il poursuivit son œuvre, malgré les crédits interrompus, malgré les rivalités sourdes, malgré surtout les fléaux de la guerre qui se déchaïnait au dehors en des péripéties rarement favorables.
De son travail, nul ne s'inquiète guère en haut lieu. La mollesse du roi, les intrigues de la favorite et les ambitions de Richelieu fixent leur attention sur d’autres objectifs. Et cependant, voici qu’une triste occasion se présente de rendre à la place Louis XV son rôle initial de dérivatif aux indignations nationales.
Après sept années de lutte, l'Europe est de nouveau épuisée. Parmi ces nations vidées de sang et d'argent, nulle n'est plus en détresse que la France. Elle met bas les armes. La même année 1763 nous voit signer avec l'Angleterre le déplorable traité de Paris, tandis que Marie-Thérèse signe avec Frédéric IT le traité de Hubertsbourg. Cette longue guerre, qui avait été entreprise pour ruiner le roi de Prusse, se terminait par la consécration de sa puissance. Dès le 6 mai 1707, la bataille de Rosbach avait démontré la supériorité de sa discipline de fer sur l'encombrement des perruquiers de Soubise. Marie-Thérèse, de son côté, lui confirmait la possession de la Silésie. L’humble domaine du modeste électeur élevé au rang de grand État prenait place parmi les puissances redoutables.
En même temps l’ami de Voltaire assistait à la décadence de notre armée, à l’anéantissement de notre marine marchande et militaire, à la perte de nos plus riches colonies.
Nous avions dépensé un milliard trois cent cinquante millions !
L’Angleterre s'emparait du Canada, avec les soixante mille Français qui l’habitaient. Elle prenait aussi en Amérique, l’Acadie, l’île de Cap-Breton, la Grenade et les Grenadilles, Saint-Vincent, La Dominique, Tabago; en Afrique, le Sénégal et, dans la Méditerranée, Minorque.
Ce n’est même pas un os qu'elle nous laissait à ronger, mais des arêtes de poisson : le droit de pêche sur les côtes de Terre-Neuve, et dans le golfe du Saint-Laurent, avec les îlots déserts de Saint- Pierre et Miquelon, mais sans pouvoir les fortifier !
Et la France acceptait ces quelques morues, en échange des somptueuses forêts et des riches campagnes de l'Amérique du Nord!
Il faut cependant reconnaître qu'on nous restituait la Guadeloupe, Marie-Galande, la Désirade, la Martinique, mais 1l nous fallait démolir les fortifications de Dunkerque et « accepter l’insulte de la présence permanente d’un commissaire anglais dans cette ville, pour empêcher qu’on ne remuât une pierre sur les quais où s'était embarqué Jéan-Bart! » (Victor Duruy).
Qui donc eût osé chanter victoire ?
Comme en 1748, c’est pour détourner l'attention de ces hontes qu'en 1763, on inaugurait, en grande pompe, la statue équestre du roi sur la place Louis XV! |
Le monument mesurait plus de sept mètres de haut. L'effigie royale avait été fondue d’un seul jet « par le sieur Gord, originaire d'Angoulème ».
L'artiste d’ailleurs n’avait pu achever son œuvre, enlevé trop tôt par la mort. Pigalle avait complété les figures du piédestal. Le cheval, de la tête à la queue, développait cinq mètres. C'était presque du « colossal » ! Aussi, parmi tant de critiques puériles émises par M. de Vandières, celle qui appréhende la maigreur de l'objet d'art apparaît la moins fondée, car, même en son éloignement, l'œuvre de Bouchardon détache une silhouette imposante.
Telle est du moins l'impression qui se dégage du croquis de de Machy. Et elle n’est pas négligeable, si l’on se rappelle que celuicl, Consciencieux et exact, sans posséder la verve spirituelle de Gabriel de Saint-Aubin, traduisait savamment ses modèles, à ce point que sa spécialité technique le désignait, en 1787, comme professeur de perspective à l’Académie de sculpture.
Des fêtes brillantes masquèrent les imperfections de cette céré-