‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 164 sur 186 · MESSIDOR AN IX — I1* VENDÉMIAIRE AN X · texte numérisé non relu

MESSIDOR AN IX — I1* VENDÉMIAIRE AN X

Les fêtes nationales qui se succédaient à tout propos depuis la Révolution, malgré leur pompe, leur caractère symbolique et l’évidente intention d'entretenir le bon esprit de la population, commençalent à lasser le goût du public. Les gouvernements éphémères qui prenaient le pouvoir s’efforçaient à varier les motifs de ces réjouissances, mais ils ne songeaient pas à en changer le cadre. Le Champ-de-Mars, toujours choisi, manquait de pittoresque. Sa grandeur et sa nudité exigeaient d'immenses et coûteuses décorations, qui ne suffisaient pas à meubler convenablement cette plaine trop vaste; il fallait de plus une nombreuse figuration pour animer ce désert, et c'étaient toujours les mêmes parades, les mêmes cortèges, les mêmes défilés. Les Parisiens étaient accourus en foule aux premières fêtes nationales, ils négligeaient maintenant ces spectacles devenus coutumiers et monotones. Dans ce grand terrain découvert, le mince public demeuré fidèle paraissait de suite clairsemé et sans entrain.

La multiplicité des fêtes, dont on retrouve l’énumération et

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l’ordonnance dans le Plan d'éducation nationale présenté par Lakanal à la Convention le 26 juin 1793*, n'avait pu soutenir l'enthousiasme qui devenait de plus en plus factice. Aussi, dans son exposé général du 12 fructidor an VII (22 août 1799), Briot demandait-il, entre autres réformes urgentes, la suppression de toutes les fêtes nationales autres que celles du 14 juillet, du ro août, du 21 janvier et du 1° vendémiaire. Quelques mois plus tard, le 3 nivôse an VIII (24 décembre 1799), les Consuls adressaient à la Commission législative des Cinq-Gents le message suivant :

Citoyens représentans,

Deux grandes époques ont existé dans la révolution : le 14 juillet, triomphe de la Liberté; le 1°" vendémiaire, fondation de la a RÉPRBINS Cette dernière journée conserve le souvenir du 10 août.

Ces journées sont impérissables dans la mémoire des citoyens; elles ont été accueillies par les Français avec des transports unanimes, et ne réveillent aucun souvenir qui tende à porter la division parmi les amis de la République.

Les Consuls de la République vous font en conséquence la proposition formelle et nécessaire de déclarer qu’à l’avenir les fêtes du 14 juillet et du 1°" vendémiaire seront les seules célébrées au nom de la République.

Les Consuls de la République :

Signé : Rocer-Ducos, SIEYÈs, BONAPARTE.

H. B. Morer, secrétaire général ?.

Le même jour, la Commission, sous la présidence de Jacqueminot, « délibérant sur le message des consuls relatif aux fêtes nationales; considérant qu'il importe à la prospérité publique de conserver les seules fêtes nationales qui ont été accueillies par tous les Français, sans laisser aucun souvenir qui tende à faire naître des divisions parmi les amis de la République, prend la résolution suivante :

L’anniversaire du 14 juillet 1789, jour de la conquête de la liberté sur le despotisme, sera célébré chaque année dans toute la République.

« Le 1° vendémiaire, anniversaire de la fondation de la République, conquise le 10 août 1792, sera également célébré dans toute la République.

« Toutes les autres fêtes nationales sont supprimées”. »

1. J. Guillaume, Procès-verbaux du Comité d’Instruction publique, t. I, p. xcv et suiv. 2. Moniteur, 5 nivôse an VIIL, p. 395. — Intermédiaire des chercheurs et curieux, t. XVII,

10 juillet 1884, col. 415.

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