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Planche 38.
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par une symphonie de Gossec, suivie de son chant du 14 juillet : Dieu du peuple et des rois. Ensuite on donna l'ouverture de Panurge de Grétry, puis on entonna le fameux chœur de Lesueur : Divin soleil, âme du monde, qui arrache ce cri d'enthousiasme à un contemporain : « Quels sublimes accords! quels chants harmonieux ! quels riches accompagnements ! c’est la main du génie qui à tracé cet hymne magnifique! »
L'ouverture de Démophon de Vogel, suggère encore cette réflexion à notre mélomane : « C’est un morceau d'inspiration et, à mon avis, la plus belle de toutes les ouvertures. Qui croirait que ce chef-d'œuvre a été enfanté au cabaret? O passions avilissantes ! vous êtes donc bien souvent les compagnes du génie ? »
Après le chœur d'Écho et Narcisse : Le Dieu de Paphos et de Gnide de Gluck, le concert se termina par le chœur de Timoléon, de Méhul : Réjouis-to, belle Corinthe ! Et l'amateur à qui nous devons tous ces détails finit ainsi sa relation, dans un bel élan patriotique : « En un mot, ce superbe concert exécuté au milieu de plus de 5o 000 individus, a pu donner aux étrangers une idée du mérite de nos artistes et de notre richesse en composition musicale‘. »
En sortant du concert, les auditeurs furent émerveillés par les illuminations. Tout le long de l'avenue, des lumignons innombrables éclairaient la promenade d’une lumière papillotante. Sous les frondaisons, les lanternes des guinguettes, des bateleurs, des salles de danse faisaient de claires trouées reflétées par le feuillage. Au loin, les Tuileries resplendissaient à la lueur de mille candélabres, et sur la place de l'Étoile, au-dessus de la voûte du rocher, la Renommée apparaissait triomphante dans le flamboiement des feux de Bengale. L'éclair fulgurant des premières pièces d'artifice fit lever toutes les têtes et pousser les exclamations habituelles, mais la fameuse éruption de volcan, annoncée au programme, ne répondit pas à l'attente générale ; heureusement le ballon chargé d'artifice racheta cet échec, en apparaissant dans les cieux comme un astre infernal pour éclater avec un bruit de tonnerre dans un nuage d’étincelles * (voir la pl. 39).
Après ce régal pyrotechnique la foule se dispersa pour envahir
1. Courrier des Spectacles, 1° thermidor, an IX. (Lettre de Ballin au rédacteur.)
2. Le ballon, œuvre de Claude-Fortuné Ruggieri, qui en donne la description dans ses Éléments de Pyrotechnie, 3° édition, 1821, p. 279, termina son explosion au-dessus de la maison de M'° Montlezun, institutrice, rue de la Madeleine. Il couvrit la maison de charbons ardents et la machine qui soutenait l’artifice faillit blesser une élève (Aurar, Paris sous le
Consulat, t. LU, p. 4rr.)
254 AUGUSTE TRICAUD.
les salles de bal, les cafés et les guinguettes, et la fête se termina ainsi que toute réjouissance populaire en danses et en beuveries.
Le lendemain, les journaux célébrèrent les beautés de la fête, ils se répandirent en éloges pompeux sur l'enthousiasme du public, sur l’heureux choix de l'emplacement, sur la belle ordonnance des divertissements et sur le bon ordre qui ne cessa de régner. La police, un instant inquiète sur un attentat possible contre l’étoile naissante de Bonaparte, tout à fait rassurée, dit dans son rapport :
« La plus parfaite tranquillité a régné hier sur tous les points des Champs-Élysées comme dans tous les quartiers de la Ville. Les citoyens de toutes les classes se sont livrés avec sécurité et abandon aux plaisirs de la fête que l’on regarde comme la plus belle qui ait jamais eu lieu. On assure que plus de 700000 âmes étaient réunies depuis les Tuileries jusqu'au-dessus de la grille de Chaillot, et cependant cette réunion avait tant d'ordre qu'elle avait l’air d’une assemblée de famille, Il y a, les jours ordinaires, de 5o à 60 arrestations par nuit, et il n° y en a pas eu 25 de toute la journée et la nuit d'hier'... » :
Pourtant, de nombreux citoyens furent volés de leurs montres; les gazettes invitèrent les victimes à faire leur déclaration au substitut du magistrat du [° arrondissement, rue Saint-Honoré, n° 1217, car un nombre considérable de montres y étaient déposées!
Le 1° vendémiaire an X (22 septembre 1801), jour anniversaire de la fondation de la République, le peuple était convié à une nouvelle fête nationale qui allait se dérouler dans le même cadre et dont le souvenir est de même demeuré précaire. Aucun des historiens de nos réjouissances nationales, Ruggieri, Drumont, n’ont parlé davantage de cette seconde fête, mais un auteur anonyme l'a longuement décrite, en même temps que celle du 25 messidor an IX, dans un périodique publié à l'étranger”. L'architecte Chalgrin et Despréaux, ordonnateur des divertissements, en étaient encore les auteurs.
Le programme officiel, portant la signature de Chaptal, mais qui en réalité est l’œuvre de Sieyès, cette fois s’est surpassé; il donne
1. AurarD, Paris sous le Consulat, 1903, in-8, t. II, p. 404-405, 2. London und Paris, & année, n° 6, Weimar, 1801, p. 134-155. — Voir aussi le Mercure de France, t. VI, an X, p. 141-142.
une description si détaillée de toutes les attractions, que nous ne saurions mieux faire que de le reproduire :