‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 176 sur 186 · LES MILITAIRES DU VIII ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

LES MILITAIRES DU VIII ARRONDISSEMENT

On ne peut omettre le général de division Flahaut, comte d'Empire, qui, après 1830, réunit dans ses salons 111, rue de la Boétie, la noblesse, le monde militaire et le corps diplomatique. Les souvenirs qui sé peuvent admirer dans l’une des belles pièces de l'hôtel qu habita son fils, le duc de Morny, 52, avenue des Champs-Elysées, intéressent la période durant laquelle l’aïeul du propriétaire, M. le duc de Massa, fut grand-juge ministre de la Justice.

La rue du Faubourg-Saint-Honoré, déjà parcourue, est fertile en souvenirs militaires.

Bon Moncey demeura au n° 61 (rebâti); il avait acquis tous ses grades de 1769 à 1793, il conserva l'uniforme jusqu’à sa mort qui le toucha dans l'Hôtel des Invalides dont il était gouverneur (18/42). Sa statue, par Doublemard, érigée en 1869, place de Clichy, rappelle à sa gloire la défense désespérée de Paris.

Au n° 1/4 (ancienne mairie), le colonel Charras, né à Phalsbourg en 1810 et mort à Bâle en 1865, fut arrêté le 2 décembre 185. Comme le général Bouillé, Charras fut historien; sa vie lui offrait le moyen de raconter : les barricades sur lesquelles il combattit en habit de polytechnicien, ses campagnes d'Algérie, le sous-secrétariat et ensuite le Ministère de la guerre (11-17 mai 1848).

Les napoléonides — selon le mot parfait d’un grand historien habitant du VIII arrondissement, — constellent les alentours de l'Élysée.

Joseph, l'aîné de la famille Bonaparte, et Lucien, son frère, ont logé rue des Errancis (rue du Rocher), avant le Consulat; le premier au n° Ôr, jusqu'au 7 août 1801, le second sur l'emplacement du n° 30.

Lucien-Brutus fit révolutionnairement de l'opposition constitutionnelle avant le 18 brumaire.

Depuis son entrée au Conseil des Cinq-Cents, il s'était installé chez sa sœur Élisa, rue Verte, n° 1125 (rue de Penthièvre, 26); 1l quitta ce domicile à sa nomination de Ministre de l'Intérieur (24 décembre 1799). |

À l’opposé de Lucien, Joseph se tint coi jusqu au 18 brumaire. Faible et indécis, il ne sut ou ne put se maintenir au faîte des honneurs et ce fut roi d'Espagne et des Indes « en retraite » que nous voyons sa philanthropie sentimentale s'exercer dans l'hôtel Marbeuf (démoli), 51, rue du Faubourg-Saint-Honoré, du 19 thermidor an IX (7 août 1801) au 21 août 1810.

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Tout proche, au n° 39, était le palais de sa sœur Paulette, duchesse de Guastalla. Elle n’est pas citée ici comme chef d'armée, mais elle aimait tant l'uniforme militaire! L'ancien hôtel de Charost avait non seulement comme demeure d’altesse impériale continuellement un service d'honneur, mais le o mars 1811, les quatre hommes et le caporal qui composaient la garde dudit palais étaient remplacés par un sous-officier et douze hommes. Elle quitta l'hôtel à la chute de l'Empire et ce fut Wellington logé en 1814 à l'hôtel de la Reynière, qui l’acheta pour le compte de son pays le 24 octobre 1814 et y plaça Castlereagh tout de rouge vêtu.

Murat fit sa résidence, durant quelques mois, de l'Élysée restauré. Lorsqu'en 1806 1l fut nommé roi de Naples, il offrit son palais déménagé à Napoléon, son beau-frère. Celui-ci y passa de temps en temps quelques moments de repos et son dernier séjour à Paris du 21 au 26 juin 1815

Les Alliés occupèrent l'Élysée aux invasions; le duc de Berry qu'ils ramenèrent, en prit possession le 17 juin 1816; il portait l’uniforme de colonel-général des chasseurs et lanciers.

Le maréchal Randon, qui débuta si brillamment dans l'armée, habita au n° 170 du Faubourg-Saint-Honoré.

Le général Soulès logeait, en 1808, au n° 116 de la même voie.

Rue de Surène vivait en retraite, vers 1830, le maréchal Marmont, duc de Raguse; on le vit également au 126 du Faubourg, en 1821, et ensuite au 10 de la rue Boissy-d'Anglas. C’est donc dans le Huitième qu'il prépara |” « écrit pour justifier sa SARUSES aux yeux de l’Europe » ; sa dernière ragusade.

Le marquis de Lauriston, brillant diplomate et ministre dévoué sous la Restauration, habita rue du Faubourg-Saint-Honoré, n° 52 (ancien).

Au n°3, fut arrêté Changarnier. En face de la mairie actuelle, au n°8, mourut, le 24 mai 1834, La Fayette, universellement connu. Le récit de ses obsèques forme dans le Moniteur du 25 une page d'histoire pour l’arrondissement.

En 18/40, le maréchal Emmanuel de Grouchy occupait le n° 26 (ancien) de la rue de la Villel’Évêque. Lieutenant marquis aux gardes du corps, sa pensée suivait la trace de La Fayette vers la réalisation des idées nouvelles, son courage l’enrôla dans toutes les campagnes de l'épopée qu'il termina en ramenant sous les murs de Paris 45 000 hommes inutilisés depuis Ligny.

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LES MILITAIRES DU ViIll: ARRONDISSEMENT. 269

Un de ses compagnons de gloire, Gabriel Suchet, duc d’Albuféra, maréchal de France, s’est reposé, à dater du 5 janvier 1802, au n° 16, hôtel dont une fresque est reproduite en tête de cette note!, avant d'aller habiter l'hôtel portant le n° 31 du Faubourg-Saint-Honoré, du 25 septembre 1818 à sa mort (1826).

Volontaire à vingt ans, Suchet, enfant de la Révolution, passait chef de bataillon à vingt et un ans; quatre ans plus tard il était chef de brigade. Ce fut l’un des hommes les plus accomplis de l’époque héroïque. On a de lui des mémoires publiés en 1829.

Philibert Serrurier — surnommé « la Vierge d'Italie » à cause de sa probité — entra au service à l’âge de 13 ans(1753). Comte et maréchal de France (17 mai 1804), illogea au n° 10 de la rue Boissyd'Anglas après avoir été gouverneur des Invalides, du 25 avril 1804 à 1814. Il fit un bûcher, le 30 mars de cette année, à 9 heures du soir, de quinze cents drapeaux conquis; au milieu de la fournaise fut lancée l'épée de Frédéric II qu'on n’a pas retrouvée lors des fouilles effectuées en Seine où avaient été jetées les cendres (juin 1819); 1l serait curieux de l’Y rechercher à nouveau.

Üne succession dans laquelle est compris, le 24 janvier 1837, l'hôtel n° 101 rue du Faubourg-Saint-Honoré, amène sous la plume le nom du baron Gaspard, lieutenant général, aide de camp du roi.

Esprit, comte de Castellane, à qui nous devons un « Journal », est le type du militaire sévère à l’excès dans la discipline. Par tempérament, 1l s'engageait à seize ans, passait, sous le Premier Empire, commandant du 1° régiment des gardes d'honneur et arrivait, sous le Second Empire, maréchal de France; à sa mort il commandait la place de Lyon.

Nous le trouvons habitant le 13 de la rue d’Aguesseau, puis à l'hôtel Sébastiani qui a cédé sa place à la rue de la Reine-Hortense (rue de l'Elysée) *.

Un autre maréchal mourut avenue Matignon n° 11, en 1878, c'était le comte Achille de Baraguay d’Hilliers ; depuis l’âge de 18 ans, la cruelle Bellone ne lui avait laissé qu'une main, l’autre avait été violemment arrachée à Leipzig. Cette unique main se fit sentir dans le commandement des troupes d’Espagne et en Algérie; elle appuya de gestes brefs ses discours à la tribune législative sous la Seconde République et signa des accords diplomatiques à Rome. Maréchal de

1. Cette frise en grisaille représente l’ Amérique, l’Europe, l'Asie, l’Afrique, le Commerce.

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France après Bomarsund (1854), il siégea au Sénat, d’où il partit gagner la bataille de Melegnano (1859). Il fut gouverneur de Paris.

L'amiral Duperré mourut en 1846, rue d'Anjou.

Plus près de nous, a vécu le maréchal Certain Canrobert qui trépassa en 1895, rue de Marignan n°11. Qu'’ajouter qui ne soit précisé au cours des cinq excellents volumes écrits sur Canrobert par l’un des meilleurs historiens, habitant du VIII?

Le nom du commandant Rivière, l’un des glorieux marins de notre pays, a été donné à une rue de l'arrondissement. La Société d'Histoire retient de ce brave, en sus de son génie de manieur d'hommes et ses qualités d'administrateur, son talent d'écrivain.

Tel est, avec de larges brèches, le relevé sommaire des noms des militaires du Huitième dont on parle par le monde; tous étaient parfaitement connus du regretté secrétaire général de la Société d'Histoire de cet arrondissement et c’est la mémoire pleine de tant de brillants faits d'armes accomplis par ces héros qu'il a servi noblement son pays,

Des chants français immortaliseront les militaires trépassés durant la grande guerre; l’image les popularisera dans la clarté d'une apothéose. En lisant le poème, en méditant sur la gravure nous reverrons par la pensée Émile Le Senne mort pour la France.

J. VACQUIER,

Trésorier archiviste de la Société des Amis du Musée de l'Armée,

Secrétaire général de la Soc. d'Histoire et d'Archéologie des VII° et XV° arrondissements.

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