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LE THÉATRE DE L'HOTEL CASTELLANE

tout haut. Il y a un lustre qui descend du plafond, une rampe et des lumières d’'applique; la salle est très confortablement éclairée. La scène est dans des proportions conformes au reste de la salle ; elle est suffisante; les accès en sont faciles et elle est fort bien machinée pour la manœuvre des décors. Tous les accessoires de la scène, décors, costumes, armes et.mobilier, y ont une exactitude et un bien-être qu'on ne trouve dans aucun autre théâtre de société. L'aspect de la salle et de la scène est très complètement celui d’un grand théâtre en miniature. »

Le théâtre de Castellane avait son poète, son instituteur, sa surintendante. Mennechet était le poète; Michelot, ancien acteur de la Comédie-Française, l'instituteur; et M° Sophie Gay, la surintendante. Parmi les premiers sujets de la troupe se trouvaient M"° Tory, dans l'emploi des grandes coquettes ; M®° Colombat (de l'Isère), dans les amoureuses ; M'° Davenay qui fut plus tard artiste dramatique ; M°° Darlu, M"° Mezier, M"° Anaïs Ségalas, M"° Emmanuel Gonzalès, M”° de Forges, M"° de Contades; le fils du général Bordesoulles Jouant les financiers; le comte Grabowski; M. Ternaux, jeune premier : MM. Tuchet, Philippe, Panel, Woldemar, Lac, de Remusat.

L'inauguration du Théâtre de Castellane eut lieu en 1836, et nous en trouvons l'écho dans la Revue de Paris du 28 février de la même année. « Ouvrir ses salons à ce jeune monde brillant qui danse, valse, galope, prend des glaces à la volée et dine à minuit, c’est ce que font tous les contribuables de France; à l'hôtel du faubourg Saint-Honoré, on a innové, dans les plaisirs du carême, ce second carnaval de Paris. Il s'est trouvé un noble comte, portant d'azur, à la tour d'or, crénelée de trois pièces de mesme, avec deux anges pour supports; il s’est trouvé M. Jules de Castellane, qui a largement démoli le rez-de-chaussée de son hôtel pour y introduire la colonne corinthienne d’agate, aux chapiteaux dorés; l'éternel arabesque d’or, encadrant les panneaux ; les longues rangées de velours d'Utrecht; et le théâtre enfin, le théâtre bourgeois, vainqueur des paravents, le théâtre avec des coulisses véritables, avec des croisées qui s'ouvrent et des portes qui se ferment; avec le rideau de soie et le souffleur, lequel souffleur est M. le comte *”*, couronné de deux cent mille livres de rentes, la plus belle fortune de souffleur qu'on ait jamais vue, depuis Louis XIV, qui soufflait à Versailles les

opéras de Quinault.

« Joignez à cela des accessoires qui feraient envie à certains théâtres

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où l’on paie : d'abord, la plus neuve de toutes ces innovations, un répertoire de pièces inédites ; des acteurs pleins de verve et apportant sur les planches tout leur esprit de salon; le jeune et brillant comte d'Adhemar, le comte Grabowsky dont le prodigieux talent d’imitation s’allie à une chaleureuse originalité; M. Édouard Mennechet, créant de verve, acteur, auteur tout à la fois ; auprès d'eux quelques jeunes et belles actrices dont je n'ose livrer les noms à la publicité d’une Revue; de nobles dames qui se font applaudir, non par complaisance, mais par un véritable entraînement d'émotion, assez rare chez un public de théâtre bourgeois. Trois premières représentations ont eu lieu dans la nuit : trois beaux succès. On a demandé les auteurs comme au Français et au Vaudeville; M. le comte Grabowsky a fait trois saluts et a livré les noms aux bravos de la plus ravissante réunion de dames qu’on puisse voir à Paris.

« Le parterre de ce théâtre était cette fois un véritable parterre de fleurs ; je suis fâché que la métaphore ait vieilli; on l'aurait inventée ‘pour la circonstance; c'était aussi un immense écrin ondoyant de pierreries enchässées sur les plus beaux cheveux; les plus belles têtes qui aient paré un salon de bal; c'était un luxe de souples et blanches épaules, comme les peintres en inventent, comme les poètes en rêvent, comme personne n'en voit, excepté dans les gynécées de la Chaussée-d’Antin et du noble faubourg.

«L'élite de la société parisienne était 1à jusqu’à la lettre G inclusivement. Les différentes aristocraties de talent, de fortune, de nom, appartenant au reste de l'alphabet ont été conviées le lendemain à la même fête, aux mêmes plaisirs. C’est un ingénieux mode d'invitation qui sauve bien des embarras, bien d’inévitables susceptibilités.

«M. le comte de Castellane a fait les honneurs de sa belle nuit avec toute la grâce de l’homme du monde, avec tout le tact exercé de l'homme d'esprit. Il a montré d’égales et bienveillantes attentions pour tous et pour toutes. La fête avait été ordonnée avec tant d’in- ‘telligence, qu’il n’en est résulté ni cohue, ni confusion ; 1l y avait un spectateur pour chaque place; la foule était en harmonie exacte avec la localité. Le spectacle s’est prolongé jusqu’au lendemain; à la sortie on aurait pu se croire aux Italiens devant la longue et double file de brillants équipages; c'était comme un Longchamp nocturne, aux lanternes et aux flambeaux. »

De son côté, M"° Émile de Girardin consacrait, un peu plus tard, dans Les Leltres Parisiennes, causeries étincelantes publiées

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