LE THÉATRE DE L'HOTEL CASTELLANE
dans le feuilleton de La Presse, sous le pseudonyme de vicomte de Launay, un écho au théâtre de l'hôtel Castellane (12 avril 1837) : « L'opéra de M. Flotow a été vivement applaudi samedi dernier chez M. le comte de Castellane. Alice était charmante ; Charles II est un acteur de premier ordre; les chœurs étaient merveilleux; l’ensemble était parfait. Maintenant c'est le tour des Abencerrages, opéra de M. et M°° Collet. Quel théâtre! quel directeur! trois troupes, la comédie, l'opéra comique, le vaudeville et quelquafois même les ballets; en vérité nous ne savons bien faire que ce qui n’est pas notre métier; un véritable directeur d’un véritable théâtre ne serait pas si habile... »
Le comte de Castellane, qui s’érigeait en protecteur des Arts et des Lettres, devait naturellement s'attacher à faire jouer sur son théâtre des pièces inédites; parmi celles-ci on cite : La Vengeance d’une Femme et le Gamin de Paris de M. Mennechet; Alice, Rob Roy et le Duc de Guise du musicien Flotow; Les Abencerrages dont le poème était de M"° Collet. Un opéra comique d’Adolphe Adam y fut joué et Augustine Brohan y produisit ses premiers essais d'auteur dramatique avec Les Métamorphoses de l'Amour.
Les dernières soirées eurent lieu en 1856; on y jouait pour les dernières fois Le Coin du Feu de M"° Roger de Beauvoir, une comédie de Jules Lecomte et un proverbe en vers d'Alexandre Dumas fils. Le théâtre de l’hôtel de Castellane eut donc un règne de vingt ans pendant lesquels revues et journaux mondains en donnèrent parfois les échos; mais qui lit aujourd'hui les anciennes revues? elles sont tombées en désuétude et deviennent ce que deviennent les vieilles lunes... emmagasinées on ne sait où! Quelques bibliothèques publiques en possèdent des collections, et lorsqu'on a secoué la vénérable couche de poussière qui les recouvre on trouve à revivre dans les années lointaines un intérêt dont on ne peut se détacher.
E., CIRCAUD,
Secrétaire de la Commission Municipale et Historique de Neuilly-sur-Seine.
On trouvera ci-après deux extraits qui se rapportent également au théâtre de l’hôtel Castellane, et qu'il a paru curieux de reproduire à titre documentaire.
62 EDGARD CIRCAUD.
Lottin de Laval, dans une étude sur la rue et le faubourg Saint- Honoré, parue en 1844, écrivait :
J'allais oublier l'Hôtel Castellane, dont les statues de plâtre intriguent si fort les Normands qui débarquent à Paris. Dans ce petit hôtel se sont agitées bien des intrigues lilliputiennes, à propos de comédies qui n'étaient pas de merveilleuses réalités, assurément; le maître de cet hôtel a donné les violons à beaucoup de monde, sans qu’on lui sût un gré infini de sa musique gratuite... ce qui était fort mal; mais les temps sont changés! au lieu du tumulte d’autrefois, l’on y entend la voix d’une belle et jeune femme qui a, dit-on, pris le parti d’avoir un hôtel pour elle et ses amis, et non une hôtellerie ouverte à tout venant; ce n’est pas moi qui la blâmerai d’un pareil acte de bon goût. Par bonheur, le mari propose, et la femme dispose!.
D'autre part, on lit dans Charles Monselet* :
Le Bijou de la Reine est une des pièces de la jeunesse d'Alexandre Dumas fils. La représentation en eut lieu sur le théâtre de l’hôtel Castellane en 1845.
C’est un acte en vers, à deux personnages : Philippe d'Anjou, roi d’Espagne, et Louise de Savoie, sa femme. Le premier a vingt ans, la seconde dix-sept. Il est nuit, il est tard. Ils rentrent chez eux, après avoir congédié leur cour. Les voici en tête à tête. |
Le jeune monarque, fatigué du poids des affaires publiques, ne demanderait pas mieux que d'employer une partie de la soirée à échanger de ces propos intimes qui font les délices des intérieurs bourgeois. Mais Louise de Savoie met un prix exorbitant à cet entretien : elle demande un collier de trois cent mille écus.
Si causeur qu'il soit, Philippe V fait la grimace (on la ferait à moins) et objecte l'épuisement de ses finances. La reine n’en croit rien, et, visiblement dépitée, elle rentre dans ses appartements. — Le reste de la pièce se passe en allées et venues de ces deux têtes couronnées. Louise revient frapper à la porte de Philippe, qui reparaît en robe de chambre; ils jouent une partie de dominos qui les conduit à la découverte d’une conspiration.
On se brouille, et on se sépare de nouveau sur cette partie. Alors, c’est au tour du roi d'aller frapper à la porte de la reine, qui reparaît en camisole. Ce dernier costume est le signal d’un dénouement que la morale commençait à réclamer impérieusement, et sur lequel l’ange des ménages étend ses ailes devenues indispensables. :
C’est bien jeune, comme on le voit, mais Alexandre Dumas fils, qui a eu de l'esprit dès le berceau, en a jeté à profusion dans cette intrigue anodine.
Le Bijou de la Reine qui n’a eu qu’une seule représentation, était joué à l'hôtel
Castellane, par Me Émilie Dubois et par M. Delaunay.
1. Les rues de Paris, Paris ancien et moderne, ouvrage rédigé par l'élite de la littérature contemporaine, sous la direction de Louis Lurine. Tome I, in-8. Paris, Kugelmann, 1844, p. 344.
2. Curiosités littéraires et bibliographiques, in-8. Paris, Librairie des Bibliophiles, 1890, p. 149. Le Bijou de la Reine.
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| 2)| Projets de Couronnement de l'Arc de Triomphe de l'Étoile