‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 88 sur 186 · SPECTACLE DE MONSIEUR D’ARGENTAL · texte numérisé non relu

SPECTACLE DE MONSIEUR D’ARGENTAL

On y jouait du Voltaire, du La Harpe : et sur cette petite scène furent données les premières de la plupart des comédies de Florian, Florian lui-même tenant l'un des rôles.

Sur la fin de sa vie, d'Argental reçut fréquemment dans son hôtel du quai d'Orsay deux hommes qui devaient tenir une place importante dans l'histoire révolutionnaire : Boissy d’Anglas et Rabaud Saint-Étienne. |

D'Argental avait une vive passion pour le théâtre. Il protégea la Clairon, et Le Kain à ses débuts. Ces deux grands artistes plaçaient en son Jugement la plus grande confiance et le consultaient en tout, comme le faisait Voltaire. | Une tragédie de Marmontel, Denys le Tyran, était en répétition à la Comédie-Française; mais le quatrième acte en paraissait « hasardeux ». La Clairon lui dit : « Venez lire votre œuvre chez moi à des hommes d'un goût sûr et qui vous en diront leur sentiment. » Ces hommes d'un goût sûr étaient d’Argental, l'abbé de Chauvelin, le comte de Praslin et le marquis de Thibouville.

« La lecture terminée ce fut à d’Argental que l’on déféra la parole. On sait comment il opinait, dit Marmontel : des demi-mots, des réticences, des phrases indécises, du vague et de l'obscurité. En bâillant comme une carpe, il prononça enfin qu'il fallait voir comment tout cela serait pris. »

De la façon dont le comte d’Argental prononçait ses jugements littéraires, Marmontel a donné, dans son amusante Parodie de Cinna, écrite en collaboration avec son ami Gury, intendant des menusplaisirs, une plaisante satire. Cette pièce de vers, dirigée principalement contre le duc d'Aumont, gentilhomme de la Chambre, valut à l’auteur les honneurs de la Bastille. La pièce débute ainsi :

Page 1