‹ Mélanges Émile Le SenneChapitre 99 sur 186 · NN · texte numérisé non relu

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Une Lettre de l’'Architecte Fontaine

Cette lettre, qui se rattache à un fait intéressant surtout la Société historique du VIII arrondissement, nous avions l'intention de la remettre à Émile Le Senne, pour qu'il la publie, en l’annotant, dans le Bulletin de cette société. Émile Le Senne n’est plus, hélas! Puisqu'un hommage doit lui être rendu, en consacrant à sa mémoire un recueil d'articles sur des sujets qu'il aurait pu traiter, nous apportons notre modeste collaboration à cette publication, en produisant cette missive, avec quelques explications préliminaires.

Il s'agit, en cette occurence, des fouilles qui furent pratiquées dans le terrain de l’ancien ‘cimetière de la Madeleine, pour ÿ établir les fondations de la chapelle expiatoire.

Avant la construction de ce grand édifice religieux appelé La Madeleine, il existait une petite église sous le vocable de Sainte- Madeleine, dans le lieu dit de la Ville-l'Évêque!. Elle était située à l'emplacement actuel du coin dela rue de la Ville-l'Évêque et du

1. Voir l'étude de M. Léon Gruel sur L'ancienne église de la Madeleine, Bulletin de la Sociélé historique du VIIT, en 1900, tome II, p. 106.

boulevard Malesherbes, près de la maison portant le numéro 11 de ce boulevard. Un petit terrain attenant à cette église servait de cimetière. Ce terrain étant devenu trop exigu, en raison du nombre croissant des paroissiens, le cimetière fut transféré à la place actuelle du square Louis XVI.

M. Eugène Le Senne, père du regretté Secrétaire général de la Société historique du VII, a donné, au début de la Société, une notice complète sur ce dernier cimetière qui était entièrement clos de murs, et dont l'entrée se trouvait au n° 48 de la rue d'Anjou. Pendant quarante ans on n'y vit que les tômbes des habitants de cette paroisse, Mais en 1770, après le terrible accident qui suivit le feu d'artifice tiré à l’occasion du mariage du Dauphin et de Marie-Antoinette, on déposa dans ce cimetière 133 corps de gens qui avait péri, étouflés, place Louis XV et rue Royale. La Révolution vint y apporter de nombreuses victimes. Ce fut d’abord un millier de Suisses de ls Garde Royale tués dans la journée du 10 août 1792; puis une grande partie des condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire, exécutés du 26 août 1792 jusqu'au 13 juin 1794. D'après M. Desclozeaux, on y avait inhumé 1 343 corps de ces victimes de la Terreur. M. Le Senne a relevé, sur la liste, les noms de personnages les plus connus, parmi lesquels il y a les députés Girondins, Charlotte Corday, Philippe-Egalité, Bailly, Barnave, M** du Barry, Hébert dit le père Duchesne, Danton, Camille Desmoulins, et enfin Louis XVI et Marie-Antoinette.

« Après la Terreur, dit M. Eugène Le Senne, les terrains du cimetière furent désaffectés, mis en vente par lots, et adjugés pour la majeure partie au sieur Ollivier Desclozeaux, ancien magistrat qui, gardant à la famille royale un culte religieux, avait trouvé ce moyen de sauvegarder les tombes du roi et de la reine. Sur leur emplacement, qui lui était bien connu, car il avait assisté aux inhumations, il fit planter un petit jardin carré qu'il entoura de charmilles et décora de quelques arbustes, notamment de deux saules pleureurs.

« M. Desclozeaux, qui s'était également rendu acquéreur de la maison attenante, rue d'Anjou, 48, vint l’habiter et se constituer le gardien vigilant des tombes royales. Il fit même restaurer et exhausser, pour plus de sûreté, les murs du cimetière qui étaient en mauvaisétat...

« Mais il eut à souffrir du voisinage des autres adjudicataires

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