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2. Léon Bourgeois : Lettre ouvertf. 11" du 29 janvier 189S (Xole d'Eugène Manuel.
SUR LA TOLÉKANCI':. 3|I
nécessaires, par lescpiels. à travers la diversité des races, les violences du [jassé. les luttes sanglantes des nations el dvs cultes s'est faite peu à 2>ou. sur tous les points du monde civilise, l'unité de la conscience humaine... C'est là 1<' véritable lien social qui subsiste invariablement sous la variété des opinions et des croyances. » Ce lien social ne saurait subsister sans lesti'ois mots de notre devise républicaine : sans la liberté, protectrice des opinions et des croyances; sans légalité, àme de la loi ; sans la fraternité, accord des sentiments entre «les créatures faites ])our s'aimer.
Malheui'eusement. cette haute conception du droit modei'ue. outre quelle n'a pas triomphé partout eu Eui'ope. lutte encore en France contre des préjugés in\ étéi'és.
La libei'té de conscience, celle qui assure l'inviolabilité des Ames et permet à chacun, dans l'obscur ])i-oblcme d<* la destinée humaine, de choisii" ses convictions, sa foi. sa prici'c. son espérance ; cette liberté, vraiment sacrée, qui est la condititm de toutes les autres, ètes-vous bien sin-s. en dé[)it (ra]i])arences rassurantes, qu'elle ne subisse aujourd'hui ancune grave atteinte ? Ne voit-on pas. en ce moment même, dans des milieux très «liderents. également respectables, au nom d'intérêts matériels ou moraux que rien ne menace, ou d'un ])atriotisme exalté, qui n'est pas en péril, se trahir des haines sans nom, s'agiter des brutalités furieuses ? N'a-t-on pas lu des excitations, entendu «les cris «pii retardaient de six siècles? Et n'a-t-il pas fallu toute l'aul«)rité (h's pouvoirs publics, toute la sagesse de la très grantle majoi'ité «les citoyens, jointe heureusesement à un«' ««'i-tainc «htuceur «le mteurs «pii n«'
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permet plus si aisément aux passions d'aller jusc[u'au bout (le leur élan, pour empi'clier les pires excès? Il y a là des restes d'une intolérance séculaire, diflîciles à déraciner même en ])leine civilisali<m moderne.
Combien de villajjjes, de bourgs, peut-être même de ])etites villes où lonna jamais vu deprotesiants. ni surtout de juifs, où Ton se fait de ces derniers — je parle des milieux les plus incultes — une idée saugrenue. |)arfois grotesque ! Sait-on bien sur quel ensemble d'erreurs, de superstions légendaires, se fonde Y antisémitisme, quand il n'est pas inspiré par l'esprit de ])arti. ou simplement par l'intérêt et la mauvaise foi ? C'est un champ où la sottise humaine en piend à son aise, j'en pourrais conter de bien étranges exem})les..
Il va sans dire que l'État n'est en rien complice de ces aberrations ou de ces mensonges. Il les répudie hautement, puisque, depuis un siècle. il y a des protestants et des juifs dans toutes les carrières publiques, jadis fermées pour eux ; quelques-uns se sont illustrés dans les plus hauts postes ou par les ])lus lionorables travaux. Les Israélites français . depuis qu'ils jouissent de l'égalité absolue devant la loi, ont poussé un grand soupir de délivrance. Comme on ne les a plus contraints à s'occu})cr uniquement de négoce et de banque, de commerce aléatoire et de colportage, ils se sont redressés tout à coup et tournés avec toute la fougue de leur liberté nouvelle vers les professions libérales. Peut-on le leur reprocher ? C'est là le signe mèine.et le plus manifeste, de leur émancipation, le témoignage éclatant de leur reconnaissance ! La magistrature et le baiTeau, la philosophie, les