XVIII INTRODUCTION
tendu. L'auteur de ces articles a un peu trop l'air de les avoir écrits comme on faisait alors la classe, en costume officiel, — et nous ne portons plus la loge. Manuel aurait d'ailleurs, le premier et avec bonne grâce, reconnu le changement heureux qui s'était accompli dans l'allure des professeurs de l'Université depuis le temps lointain de ses débuts. Il n'en est pas moins vrai que ces articles d'un pédagogue qui est essentiellement un moraliste, et d'un professeur qui veut être essentiellement un éducateur étaient tout à fait capables d'honorer, aux yeux des plus prévenus, l'enseignement universitaire.
Plus intéressante encore est La France, si l'on rapproche d'une autre tentative de Manuel ce travail qui paraît conçu surtout en vue d'un enseignement populaire élevé. C'est, on s'en souvient, par son père, médecin de pauvres gens, que le poète futur des Ouvriers avait connu les besoins moraux des pauvres, non moins pressants que leurs besoins matériels. Dès son retour à Paris, il avait prêté son concours à une société d'apprentissage qui venait de fonder des cours du soir. C'est ainsi qu'il fut amené à faire toutes les semaines, pendant plusieurs années, à partir de 1858, un « cours de français, » dans une école du Marais, à des apprentis et à des ouvriers. Le programme des leçons était de tout point excellent. On y faisait une part tout à la fois aux exercices pratiques et aux divertissements intelligents. On y éveillait le goût, mais pour y affiner en même temps le sens moral, et, par les études les plus humbles, comme par les conférences el les lectures, on se proposait de travailler à atténuer, à effacer (j'emploie les termes mêmes du rapporteur de la société) « certaines différences trop sensibles el trop choquantes entre les diverses classes sociales ».