XXII INTRODUCTION
senlinienl et ce sentiment, c'est, de son vrai nom, le sentiment religieux.
Pour tout dire, — et la véritable nature de Manuel se retrouve à ce trait, — c'est ce sentiment qui dominait l'œuvre tout entière et à l'expression duquel elle aboutissait. Il n'est guère possible de reconstituer les péripéties à travers lesquelles devait se dérouler le drame. Mais une note nous renseigne sur la scène qui devait en être la conclusion. L'auteur avait d'abord songé pour son héros au suicide. Dubius se tuait, après avoir composé son épilaphe sur le mode ironique. Puis, il semble que Manuel ait renoncé à ce dénouement : c'est de sa mort naturelle qu'il faisait mourir Dubius, à moitié converti par la douce et religieuse parole d'une humble garde-malade. Et le dernier mot était le jugement d'un sage sur ce sceptique : « Il était honnête, il était bon, au fond peut-être étaitil religieux, car quel homme ne l'est pas? Mais il abusait de sa pensée. »
Avouons-le pourtant. Avec (juelque sympathie que nous envisagions cette ébauche, le drame de Dubius, qui, par la forme de certaines scènes, semble rappeler Faust ou Manfred, nous laisse très loin de la profonde et complexe philosophie de l'un, ou du lyrisme désespéré de l'autre. Et Manuel eut bien le sentiment qu'il y avait quelque disproportion entre la grandeur de l'effort tenté et la médiocre originalité de la doctrine, puisque enfin ilVenonça à son dessein. Il eut peur aussi par avance de la déclamation, qui est l'écueil des conceptions de ce genre, et, de tous les défauts littéraires, la déclamation est peut-être celui qu'a le plus redouté cet esprit généreux, mais mesuré et sincère.
La sincérité ! ce sera assurément, aux yeux des critiques à venir, l'un des traits essentiels du talent de