INTRODUCTION. XXXI
(le faire parlie du « conseil de famille » do la compap;nie de la garde nationale dans laquelle il avait été incorporé. Il s'intéressa vivement aussi aux œuvres d'assistance et de philanthropie par l'école auxquelles- M'"' Eugène Manuel avait été gagnée par M"« Jules Simon, et quel commentaire c'eût été à la pièce sur Henri Regnault, par exemple, que le récit de cette vente de charité organisée en faveur d'une de ces (l'uvres dans les salons du ministère de l'Instruction publique, à la veille de Buzenval, et où le jeune et hrillant artiste parut quelques instants pour saluer sa liancée ! Et que d'autres pages eussent suggérées les souvenirs plus intimes, les privations, les absences, les deuils, les appréhensions !
Peut-être Manuel eut-il dès ce moment même l'idée de recueillir ses ^oi/uenirs, car il avait réuni et conservé de cette époque tragique des documents en assez grand nombre. Mais d'autres soins allaient réclamer presque toute son activité. Jules Simon, nommé par Thiers ministre de l'Instruction publique, l'avait choisi (Manuel était alors professeur de rhétorique au lycée Henri IVj comme chef de cabinet. En 1872. il était nommé inspecteur d'académie en résidence à Paris et^ en 1878, inspecteur général.
Si nous faisions une biographie de Manuel, nous essaierions de montrer ici jusqu'à quel pointa la situation l'homme sûrement allait convenir.
Non seulement il avait |)our lui l'expérience professionnelle, non seulement il était, nous le savons, de ces maîtres qui ont longuement réfléchi sur leurs devoirs d'éducateurs; mais depuis longtemps on pouvait le deviner gagné par avance à la cause de la réforme de
XXXIl INTRODUCTION.
l'enseignement secondaire qui commençnil à triompher avec le ministère Jules Simon. Il y avait six ans déjà qu'on avait |)u lire sa profession de foi pour ainsi dire publique dans le recueil des Pages intimes :
Aux clioses du passé ma foi n'est point servile;
.1 entends les bruits prochains qui font vibrer la ville:
Je n'ai point rattaché lliomme et tout son destin
Aux superstitions du grec et du latin :
Pour moi lantiqultc n'a que son droit d'aînesse.
Mais il y a plus à dire : ce goiit des choses modernes chez ce lettré, si respectueux pourtant et si épris des grandes traditions de l'antiquité {Trois peuples mont donné ce qu^il tne faut pour vivre ), n'était pas seulement le résultat de ses méditations théoriques. Il était né dans un milieu tout à fait étranger à l'esprit et à l'éducation universitaires. Un journaliste avait été le premier en date et le plus ain)é de ses maîtres, son premier guide et son soutien constant. Plus récemment, ses succès poétiques et dramatiques avaient étendu ses relations : il comptait parmi ses amis, avec des professeurs ou des administrateurs de rUniversité, des écrivains et des artistes, des savants et des industriels, des hommes politiques et des gens d'affaires. Si donc il est vrai que la question de l'éducation de la jeunesse met trop souvent aux prises les hommes du monde et les universitaires, qui se reprochent réciproquement leur incompétence ou leurs préjugés, nu' mieux que Manuel ne semblait capable de concilier ce qu'il y a de légitime ii la fois dans l'ardeur novatrice des uns et dans la circonspection des autres. Avec plus d'autorité que personne, il pouvait redresseien matière pédagogique les jugements intempérants des gens du monde ; plus finement qu'aucun homme de métier, il avait le sentiment de ce qui manquait peut-