‹ Mélanges en proseChapitre 29 sur 106 · INTRODUCTION. XXXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXIX

(ji'aïul, Charlemagne et Fontanes), le caractère de l'ensei- ;^nement et le choix des devoirs ont sensiblement changé dans ces classes. Le discours latin et surtout le disrours français ont été remplacés par des lettres, ou, en tout cas, les sujets d'tùstoire littéraire et de critique littéraire se sont peu à peu substitués aux grands sujets historiques et politiques, qui pouvaient déplaire sous l'Empire; pour éviter les lieux communs de la politique et les déclamations creuses (ce qui était, en effet, un péril), on u fini même par sacrifier et par éliminer tout ce qui intéresse les idées générales, les émotions et les devoirs de la vie publique, les intérêts généraux d'un pays, les grandes figures de l'histoire ; on a craint de former des citoyens : on forme péniblement des critiques, de beaux esprits, des raffinés, des littérateurs, des dilettantes. J'ai vu, par un relevé des cahiers de devoirs, que telle est, depuis dix ans et plus, la tendance des maîtres. Le concours général y a contribué en préférant ces sortes de sujets. On fait beaucoup trop parler, en rhétorique, Boileau, Racine, Horace, et des personnages plus minces ; on néglige, je ne dirai pas les rois et les princes, mais les ministres, les orateurs véritables, les citoyens, et, avec eux, les questions vitales qui intéressent un pays libre. Eu faisant autrement, on serait peut-être moins préparé pour l'Ecole Normale, mais plus apte à tenir une place dans une démocratie à qui manquent les guides et les modèles. La province, qui n'a pas en vue les concours ni surtout l'École Normale, suit pourtant Paris en cela, parce que tous les textes de devoirs viennent de Paris avec les normaliens. Quand on ne se préoccupe pas uniquement de faire des bacheliers, on forme des critiques, parce que les maîtres feront toujours les écoliers à leur image. Ainsi finit par manquer à la France une catégorie d'esprits fermes et solides, plus pratiques que littérateurs, et mieux exercés à Iraiter les questions d'affaires que les questions de golit.

Nous avons cité huit de ces fragments ; nous en aurions pu citer cinquante, dont la doctrine peut-être paraîtrait à quelques-uns çà et là discutable, mais qui témoigneraient tous du même souci du bien public, de la même intelligence des nécessités contemporaines, du

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