IV INTRODUCTION
Beaussire, près de la Bastille, et (|ui, nue ou deux fois par jour, emportait une trentaine de voyageurs vers les localités de la hnn lieue aujourd'hui desservie par la compagnie de Lyon.
Eugène Manuel gardait la vision très nette du Paris d'alors, du Paris qui ne connaissait ni les chemins de fer, ni l'éclairage au gaz. Il en a même esquissé le dessin en (pielques feuillets destinés peut-être dans sa pensée à ouvrir son \o\nme lie Souvenirs. Bien des figures aussi, croyons-nous, du village familier, le jardinier, le curé, le notaire, la châtelaine, bien des coins de la forêt de Sénart nous auraient été décrits, bien des anecdotes contées, relatives soit à l'ancienne histoire d" Verres, de son abbaye de bénédictines ou de l'abbaye voisine des camaldules de Grosbois, soit a des événements pins récents, à la Révolution de 1830, par exemple.
Mais de tous les tableaux de son enfance qu'eût évoqués Eugène Manuel, nul sans doute n'aurait été plus pittoresque que celui qu'il nous eût tracé du petit monde parisien au milieu duquel il avait grandi. Ici la perle est irréparable : personne ne rappellera plus, comme il eût su le faire, le souvenir de cette communaulé juive du Paris du temps de la Restauration et du début de la Monarchie de juillet.
C'était la première génération après celle qui avait directement bénéficié des conquêtes de la Révolution. Pour la première fois, des hommes nés dans le judaïsme étaient nés citoyens français. Us n'éprouvaient plus la surprise du bienfait; mais leurs pères en attestaient la grandeur, et leur attachement instinctif à la seule patrie qu'ils eussent jamais connue se fortifiait d'un sentiment de gratitude active, tout bouillonnant d'une sève trop longtemps comprimée. Ceux tiièmes