‹ Mélanges en proseChapitre 4 sur 106 · INTRODUCTION. V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. V

(|iie rinsiiffisancc de la culture maintenait aux rangs les plus ohscurs, asservissait aux tâches les plus humbles, faisaient le rêve de tous les pauvres gens qui sont en même temps d'honnêtes gens : ils espéraient pour leurs enfants une destinée meilleure, qui ferait d'eux des hommes plus heureux, des citoyens plus utiles, et leurs efforts pei'sévérants, leurs sacrifices méritoires secondaient leurs es|)érances. Quant aux coutumes l'eligieuses du vieil Israël, elles commençaient à s'effriter au contact de la société moderne. De jour en jour il paraissait plus difficile d'en concilier le respect avec les exigences de la vie commune. Dans cette lutte de l'esprit pratique et de l'esprit de tradition, on entend bien que ce n'est pas au dernier que la victoire devait rester. Toutefois ces liens séculaires ne se rompent pas si brusquement, et la maison de prières, la pauvre synagogue de la rue Sainte-Avoie, puis, à partir de 1822, le temple plus somptueux de la rue Notre-Dame-de-Nazareth restait comme le centre de ce petit monde, qui s'y trouvait encore attiré par les beaux chants d'Israël Lovy.

La poésie se dégage naturellement du souvenir des choses qui furent et qui ne seront plus, et l'évocation en est toujours attachante. De quelle émotion donc ces tableaux d'autrefois se fussent animés sous la plume de Manuel, qui ne parla jamais de cette époque de sa vie c(u'avec tendresse! On en retron^e la trace dans une lettre qu'il écrivait soixante ans plus tard à tin ami d'enfance pour lui rappeler les impressions qu'il avait gardées de sa première éducation.

Car il avait fallu, au milieu de toutes les pérégrinations du jeune ménage Manuel, songer à l'instruction du fils aîné.

C'est « sur les genoux », {)our reprendre sa propre

VI INTIIODUCTION.

expression, d'une institutrice excellente, d'une amie de la famille, c'est à la petite école de M""" Cahen, située rue des Marais-Saint-Martin, (|ue l'enfant avait appris il lire. De là il était passé à l'école du mari de M"*" Cahen, maître remarquable, (\m devait se distinguer en faisant paraître, quelques années après, une savante traduction de la Bible.

M. Cahen enseignait rue de Paradis. « Ah! l'affreuse maison et les pauvres ressources ! s'écrie Manuel lui-même. La porte cochère, ouvrant sur une cour étroite et obscure, me semblait un antre où venaient s'engouffrer des centaines d'enfants, se bousculant el se battant dans le roide escalier de l'école. De propreté, d'hygiène, d'ordre, ni la ni ailleurs, il n'en était encore question à celte époque... Quanta Samuel Cahen, je le revois, lui aussi, donnant son coup d'œil aux groupes d'enfants placés en demi-cercle pour l'enseignement mutuel. Sa petite taille, sa pétulance, ses regards qui étincelaient, son geste fréquent et rapide, sa voix aiguë, tout me revient à l'oreille; tout a survécu dans mon souvenir. Xous tremblions a son approche, et il m'a laissé l'idée d'un général passant devant le front de ses troupes. »

Quoi qu'il en soit, après le retour d'Yerres, en 1833 sans doute, l'enfant dut quitter l'école primaire pour commencer des études un peu plus élevées dans une petite pension de la rue Boucherai *, la pension Sarrazin,

Il s'y rendait de chez sa grand'mère, qui demeurait maintenant à l'entrée du faubourg du Temple; elle vivait la avec son fils, Jules Lovv, l'un des hommes

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