XLVI INTRODUCTION
cience du peuple, cette abdication du sens critique, celte insouciance du droit, cette incroyable opposition qu'on prétendait établir entre l'idée de patrie et l'idée de justice, lui parurent renverser la logique même de l'histoire.
C'est sous l'empire de ces graves soucis ' (|u'il écrivit sa belle Lettre aux Instituteurs sur la tolérance ". Les Souvenirs l'eussent encadrée du récit de celte crise tragique, et c'eût été là le dernier épisode de ce livre « de bonne foi ».
Fut-ce l'influence persistante de ce drame national? fut-ce le pressentiment d'une fin prochaine? Ceux qui auraient eu la tâche d'ajouter au livre d'Eugène Manuel le post-scriptum suprême eussent peut-être remarqué que, sans que la douceur de son caractère en fût altérée, son esprit paraissait avoir, dans les derniers temps de sa vie, perdu quelque chose, non de sa délicatesse, mais de sa sérénité et de son optimisme. Les quelques notes qu'il rédigea pour lui-même et sur lui-même à cette époque sont d'une mélancolie un peu accusée. La mort de contemporains amis, de camarades des temps anciens, le laissait plus indifférent; il le remarquait, en s'étudiant lui-même, sans bien comprendre les raisons de cette espèce d'insensibilité dont il s'étonnait en la constatant.
Avec quel empressement cependant, quel renouveau de joie il accueillait toutes les occasions qui s'offraient à lui d'oublier les tristesses, de se faire serviable et souriant! Que de zèle, de cordialité, d'habileté dis-
1. On en trouvera également la trace dans quelques parties de l'étude sur Adolphe Franck (Voir ci-après, pages 78 et suivantes).