BRIZEUX
d'entreprendre un pèlerinage à la tombe de Brizeux. Vous ledirai-je? J'eus quelque peine à me la faire indiquer, et nous la trouvâmes (car nous étions <leux) un peu envahie par les ronces et les herbes l'olles qui poussent vite en bonne terre, et qui tentiiient l'assaut du granit. Les tombes aussi ont grand besoin qu'on leur fasse leur toilette. Emus, nous nous chargeâmes de ce soin, en l'absence du jardinier, et il nous semblait que le poète, un i»eu délaissé, savait gré à ces visiteurs inconnus, penchés pieusement vei's la grille pour ce défrichement improvisé ! '
Pouvais-je me douter alors (jue, non content d'assister à la glorification du poète endormi, il me serait donné un jour de saluer solennellement son réveil? Brizeux lui-même, modeste dans la mort comme dans la vie, aurait-il osé espérer que la réparation — car c'en est une — s'accomplirait si éclatante, et que sa statue n'attendrait pas trop longtemps pour se dresser sur une des places de sa ville natale, comme celle de l'héroïque marin '^ ou du musicien populaire ^ ?
Remercions-en ce comité bien inspiré et bien dirigé, dont l'initiative ne saurait être trop louée ; remercions-en la ville et la municipalité de Loinent, et cet éminent artiste '' dont le ciseau, par une divination spéciale, a si bien rendu cette poétique figure et traduit la pensée commune ! Le frère même
1. Le souvenir de voyage que rappelle Ici Eugène Manuel lui avait inspiré, des 1878, la pièce intitulée ; Ln Tombe de Brizeux (En roi/af/e, xxix.)