‹ Mélanges en proseChapitre 41 sur 106 · Victor Massé · texte numérisé non relu

Victor Massé

i. Le sculpteur Ogé.

•2!\ mi:la.nges kn puosk.

(le lirizeux, que nous sommes heureux de voir ici. en rendrait témoignage.

C'est un beau jour, Messieurs, pour la Jiretagne et pour la poésie: et l'Etat, sous une République amie des arts et des lettres, au nom d'un ministre qui saurait en bien i)arler ', ne peut pas se désintéresser d'une manifestation si patriotique. Oui. les statues semblent sortir de terre ; oui, elles forment tout un peuple de bronze et de marbre, sur les places de nos villes : n'allons pas nous en plaindre ! Tout ce qui honore le passé, pour l'exemple de l'avenir, tout ce qui consacre les grands services, les inven tions fécondes, les actes généreux ou les belles œuvres, tout ce qui entretient ou éveille le respect qu'on oublie ou l'admiration dont on se désaccoutume, mérite qu'on l'approuve et qu'on l'encourage. Nous avons grand besoin de compter toutes nos gloires pour nous consoler de tous nos revers.

Et, puisque cette fête est toute littéraire, n'allons pas, en un temps où la querelle des anciens et des modernes reparaît sous une forme nouvelle, marchander la renommée à ceux qui seront les classiques de l'avenir. J'en aperçois à mes côtés qui assistent comme à une répétition de leur propre apothéose, visible déjà dans un lointain que nos vo'ux prolongent! Parmi tant de populai-ités surfaites, n'est-ce pas un spectacle réconfortant et rassurant que cette statue élevée à ce noble rêveur, à ce chercheur d'idéal, à ce timide et un peu farouche génie ? Trente ans ont suffi pour le remettre en pleine lumière, tout surpris d'avoir sitôt raison de l'indif-

Page 1