‹ Mélanges en proseChapitre 43 sur 106 · Ernest Renan et Jules Simon · texte numérisé non relu

Ernest Renan et Jules Simon

2. MM. François Coppée, Léon Duroclier, >'. Ouellien, Le MouëL Adolphe Paban, Raoul Bonnery.

JOSKPHIN SOIJLARY*

Messieurs,

(^uanJ je lus pour la première l'ois, il y a bien des années, avec un ravissement juvénile, les sonnets récemment imbliés de .Toséphin Soulary ; ([uand, à la suite des juges les plus délicats et les plus difficiles, j'admirai, pom^ les graver dans ni;i mémoire. Rêves ambitieux et Les Deux Cor'tèges. charmé, sans en être surpris, que la Province pùl envoyer à Paris des œuvres si exquises ; quand, longtemps après, je m'assis, un jour, à une table amie, entre Soulary et Ghenavard, — double deuil ' !

— quand il nVarriva enlin de gravir les pentes de la Groix-Rousse, et de franchir le modeste seuil des Gloriettes^, pour y serrer la main du bon solitaire:

— qui m'eût dit que je serais appelé à l'honneuiinespéré de présider la cérémonie d'aujourd'hui, d'y prendre la parole devant un tel auditoire et de rendre un public hommage au poète dont vous ])erpétuez le souvenir?...

Un monument à Soulary ! Il en avait déjà un. qui aura aussi sa durée : c'est le livre consacré à sa mé-

1. Discours prononcé pour rinuufj;uratioii du monuraenl élevé ;i .loséphin Soulary (Lyon, 27 octobre 1895). Eugène Manuel aAait acceplé de présider celte cér.'nionie. Soulary est mort en 181(1. à soixanle-sei/e ans.

2. Le peintre lyonnais Clienavaid. né en 1807, venail dimourir le 12 avril IH'Jo.

•i. Celte maison où Soulary a longtemps liabité et oii il est mort est située prés de la place Saiut-Glair, où s'élève le nionnmenl.

JOSEPIIIN SOULAUY,

moire ' . el dont Tingénieuse idée est née le jour même «le ses oljsèques. Lui, qui n'était jamais plus heureux que lorsqu'il voyait ses vers imprimés comme on imprime à Lyon, aurait applaudi à ce rare volume, où la pi'ose, la poésie et le crayon ont faitiuerveille. où des discours éloquents et une Ijiographie magistrale font revivre la figure du poète en traits également ineffaçables. Le livre a précédé le marbre et le Ijronze ; mais le marbre et le bronze devaient avoir leur tour. Le livre consacrait déjà la renommée de Soulary :mais c'est aujourd'hui. Messieurs, grâce au concours de tant de talents et de bonnes volontés, c'est aujourd'hui la prise de possession véritable, et l'entrée dans la gloire !

La vie de Soulary n'est plus à faire, après le parfait narrateui" que vous nommez tous -. Vous savez qu'elle fut simple, dillicile, longtemps obscure et retirée, souvent triste au foyer, marquée au dehors ]>ar jdus d'un mécompte. Mais elle a dû pourtant j>rocurer des joies intenses et d'intimes compensations à celui qui voyait ses pensées, ses sentiments, les mille caprices de l'imagination la plus heureuse et la plus souple prendre corps sous sa plume et s'animer à son souille ! Quand sa timidité inquiète comptait sur les bibliophiles et sur l'art du bon imprimeur Perrin pour faire accepter ses vers, il ne pouvait méconnaître, un fond de sa conscience d'artiste, que seuls les vrais joyaux sont

1. A la Mémoire de Josephin Soulary, recueil de [noces inédiles. <le souvenirs divers et d'éloges funèbres, publié par A. Slorck. imprimeur k Lyon.

2. M. Aimé Yingtrinier, bibliolliécaire en chef de la ville de «le Lyon. Son abondante biographie de Joséphin Soulary ouvre lo recueil que nous venons de ciloi-.

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mis on valeur par la monture et que les plus belles impressions du monde ne sauvent pas do l'oubli les œuvres médiocres. Il n'était pas homme à s'ignorer lui-même. La nouveauté, l'originalité de son talent, qui pourrait les mettre en doute? L'histoire littéraire dédaigne troj) la chronologie ; on ne remet pas assez à leur rang, en leur temps, ù leur date, bien des écrivains débordés par la Ibule des imitateurs. Il n'est pas inutile d«> rappeler que, dès iHij, Soulary publiait en brochures ses sonnets de jeune homme * ; que son premier recueil est de 1H47 ', à la veille de la Révolution de février ; qu'en un genre où il a excellé, il a précédé ceux dont on le lait disciple ; qu'il a été le contemporain de Gauliei*. de Banville, de Baudelaire ; quant à certaines nouveautés du Parnasse, la filiation doit être renversée à son profit, et la priorité ne saurait lui être disputée sans injustice. Il ne se piquait ]>as, d'ailleurs, comme d'autres, d'être impassible ; et cette science du vers, si rafiînée chez lui, s'allie aux émotions les plus pénétrantes comuu> à la plus siibtile philosophie.

Mais, dit-on, la forme adoptée par lui est presque uniquement celle du sonnet! Oui. du sonnet ressuscité par Sainte-Beuve aux beaux jours du romantisme, du sonnet dont quelques poètes — et des plus grands — ont fait le moule préféré de leurs rêveries poétiques, sans se croire diminués par la dure convention d'un genre où ils ont eu pour ancêtres Dante et Pétrarque, Shakespeare et Milton. L'étreinte et la tyrannie dont il s'est joué lui-même

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