‹ Mélanges en proseChapitre 45 sur 106 · lUhex ambitieux t-l \*'-< Ih-n.r iurlfifs · texte numérisé non relu

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tatles, il a tout versé dans ces llacons d'un si transparent cristal, si artistenient taillés, remplis par lui des plus subtils parfums, des plus pénétrantes essences. Sainte-Beuve comparait déjà les Figulines aux merveilles que le musée Gampana exposait dans les vitrines du Louvre ; nous songeons, nous, aux délicates statuettes de Tanagra, aux coupes ciselées des orfèvres de la Renaissance, aux fines peintures des émaux cloisonnés, aux intailles et aux camées de l'art antique ; ou bien encore, pour les plus légères et les plus aisées de ces petites pièces, à des oisillons d'espèce la plus rare, gazouillant dans la cage dor du sonnet 1 Même après des essais de plus longue haleine, même après cette double tentative vers le théâtre dont on sait l'histoire, il revenait à ses sonnets aimés, comme il revenait à son petit nid au bord du Rhône : il ne pouvait renoncer à faire de ces courts poèmes les échos de ses joies et de ses douleurs ; et quand les papillons noirs voltigeaient par trop obstinément autour de sa pensée, la colombe d'Anacréon voletait vers lui, et lui arrachait les feuillets désespérés. Ce poète concentré en lui-même, étranger à la politique, en apparence indifférent aux intérêts qui se disputent le monde, était-ce un artiste à froid, un égoïste fermant les yeux aux misères d'autrui, samusant de son art merveilleux et glacé? Vous tous qui mécoutez. Messieurs, avec une si indulgente patience, vous savez bien le contraire ! Il a connu, il a traduit toutes les tristesses humaines. Ce qu'il a enserré dans les liens étroits de ses impeccables poèmes, ce sont, le plus souvent, les émotions d'une âme endolorie par le mal des autres : Hommes de tous les temps, je communie en vous 1

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dit-il; et ailleurs :

Je neveux point de ciel, s'il y manque un convive!

Faut-il rappeler les sonnets Au coin du feu, L'Ouvrière, Sur la montagne. Le vieux Pauvre et Le Cri, ces stances désolées d'une pitié si religieuse et si profonde ? Est-ce un pur pessimiste, celui qui a écrit ce beau vers :

T.a vie est un progrès en croissance divine ?

Même dans le volume des Rimes ironiques, où il semble qu'il ait voulu, sous d'autres formes, répandre toutes les amertumes de sa vieillesse, ne devine t-on pas dans chaque moquerie une larme, un regret, une tendresse de cœur qui se trahit en plein scepticisme ? Et quand la guerre éclata, trompant ses rêves utopiques. n'a-t-ilpas eu, comme Laprade, des accents d'un patriotisme exalté '? Et si sa plume s'est irritée souvent contre les hommes — et les femmes — s'il a jugé la vie souvent bien lourde et la lutte bien stérile, quelles contradictions consolantes dans ses actes ! Quelle charité discrète ! Comme il a menti à ses théories ! Tous les misérables, toutes les infidèles, comme sa haine les aimait ! Comme il plaignait, comme il servait tous ceux qu'il paraissait poursuivre de son dédain ! Ce railleur était bon, et les jeux de son esprit n'ont jamais fait tort à sa générosité native.

J'ai hâte. Messieurs, de finir ce portrait sur lequel mes souvenirs s'attardent. J'arrive aux dernières années de Soulary.

Il avait fini par occuper à Lyon une situation très honorable, et surtout conforme à ses goûts. Mais

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