Pendant Vlnvasion. poèmes patriotiques, Lyon
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le poète, toujours jiniue. s'attristait de vieillir: il souiTrait d'avoir « la neige au front et le printemps dans rànie. » Pourquoi eut-il un instant, lui aussi, son «< rêve ambitieux » ? On l'y poussait imprudemment. Ce farouche, cet isolé, cet indépendant songea donc à l'Académie française. Il eut la vision de cette coupole qui en a fasciné d'autres. Il lit à Lyon une courte inlitlélité, et vint à Paris. Il vous revint mécontent, découragé, blessé dans sa fiertéet dans ses chimériques espérances. Il n'était pas assez Parisien pour savoir ce que tout le monde sait à Paris, ni assez philosophe pour prendre son parti, sans aigreur, sur une déception qui ne surprit que lui.
Pour se consoler de n'être point de l'Académie française, il aurait pu, du reste, se dire que si les «ontemporains oublient vite qu'un auteur a failli ^n être, la génération (|ui suit oublie aussi vite qu'il n'en a pas été. 11 trouva dans l'antique Académie de Lyon des sympathies et une estime qui auraient dû atténuer sa déception. Il eut une autre douleur, encore plus vive : il connut, en vieillissant, les rigueurs inattendues de la critique ; et comme il avait, à la fois, la sensibilité morbide et irritable du poète un peu oublié, et cette inquiétude toujours latente chez les esprits les plus distingués, qui se demandent tout bas s'ils ont vraiment fait une œuvre durable. Soulary. après avoir douté de trop de choses, se prit à douter de lui-même, ce qui est pour le talent ou le génie la pire souffrance.
Je ne prétends pas reprocher à la critique son droit de contrôle; mais combien sa tâche est plus liante lorsqu'elle admire les qualités d'un écrivain que lorsqu'elle y veut découvrir des faiblesses ! Le
JOSÉIMIIN SOI r.AKV. U)
silence vaudrait mit'iix qu'un mot cruel, qui peut blesser irréparablement. Je connais des écrivains qui se sont abstenus de prendre la plume du critique pour n'avoir point à se reprocher, je ne dis pas une condamnation capitale, mais l'application môme d'une jjcine un peu sévci'e pour délit de mé- «liocrité. L'âme du grand cnl'ant que l'ut Soulary éprouva donc, à la tin de sa vie, de cuisantes tristesses, en môme temps «jue le corps s'affaiblissait sous les atteintes d'un mal incurable. Le voyage en Algérie, les soins dévoués d'une compagne qui rajeunissait son vieux foyer, les affections les plus tendres et les plus touchantes (je vois ici des regards qui les rappellent), rien ne put le sauver.
Ily acinq ans. le 28 mars 1890, vous l'avez i)erd\i, au moment où l'Académie lui accordait un de ses plus beaux prix. Vous lui avez fait d'éclatantes funérailles, et vous lui assurez, par ce monument dressé pour le pèlerinage des poètes, ce qu'on appelle la gloire. Parmi tant de fils illustres que vous avez donnés à la France, Soulary est bien à vous ; ce Lyonnais n'a aimé que Lyon, n"a goûté qu'à Lyon ses joies les plus douces, ses amours et ses amitiés les plus vives, ses succès les plus complets. Il laisse après lui l'image charmante d'une inspiration toujours sincère, d'une probité littéraire sans tache, d'un talent aussi original que délicat, hardi sans vulgarité, mordant sans cruauté, toujours épris de la perfection, et qui l'a trouvée presque toujours !
Froment * a bien rendu l'image qu'il faut garder de cette poésie, lorsqu'en tète du volume dont j'ai l)arlé il a dessiné cette muse ailée, fine et d'une