‹ Mélanges en proseChapitre 49 sur 106 · I.AURENT-FICIIAT · texte numérisé non relu

I.AURENT-FICIIAT

un dévouement si chevaleresque et si désintéressé. <|u'ii était impossible, malgré la fougue de sa pensée, de le confondre avec les sectaires de son parti.

Dans le même temps, il publiait une série de romans et de nouvelles, Caries sur Table (i8d5), La Païenne (1857), La Sibylle (1859), Gaston (1860), Les Commentaires fie la Vie (1S68), o'uvres étudiées, sincères, d'une forme laborieuse, savante et originale, où ses vues trop personnelles sur l'homme et la société se faisaient jour encoi-e, et qui méritaient La Sibylle surtout, ini succès que l'on ne marchande guère aujourd'hui à des études moins dignes d'attention.

La poésie non plus n'était pas négligée. En i85G, avec les Chroniques rimées, — trois ans avant la Légende des Siècles de Victor Hugo, — il introduisait les vieux récits et l'histoire dans une sorte «l'épopée poétique, dont la date n'a pas été assez remarquée, et qui renferme des beautés de premier ordre. De même qu'en i84>, les Libres Paroles préludaient à la révoluion de Février, en 1869, ^^ volume de vers Avant le Jour était comme une prophétique vision de 1870. Pour assurer à ces différents ouvrages une large popularité et les imposer au grand public, qu'aurait-il fallu à Laurent-Pichat? Quelques sacrifices de plus aux conventions légitimes de l'art, une condensation plus sévère, quelque chose de plus accessible et de moins abstrait dans les pensées ou dans la forme ; peut-être aussi une réserve moins modeste et moins fière, un moindre dédain de la publicité courante, moins d'indépendance et plus de besoins. Il songeait, avant tout, à se satisfaire lui-même, trop enclin à cacher dans un fourreau sombre inie lame de la plus pure trempe.

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Après le Sièf^c et la Commune, où su l)ien(*aisaiu(' et son dévouement lurent de tous les instants, tout le désignait à l'attention de ses amis, et même de ses adversaires politiques. 11 fut élu représentant de la Seine à l'Assemblée nationale le ti juillet 1871 , et sénateur inamovible en décembre i8~5. 11 siégeait à l'extrême gauche : mais il comptait des sympathies dans toutes les opinions, et il imposait à tous le l'espect parla sincérité de ses convictions et la loyauté impeccable de son caractère. Ses salons, dont il faisait les honneurs, avec son beau-frère et sa sœur, M. et M""' Beaujean ', en homme du monde accompli, furent des premiers ouverts, à la suite de nos deuils et de nos luttes civiles, comme un rendez-vons où menaient indistinctement se mêler la politique, les sciences, les arts et les lettres. On pouvait croire que la conciliation y serait toujours facile. On aimait sa personne, on était touché de ses inflexibles théories, même quand on ne les jiartageaitpas ; on voyait en lui connue un représentant de plus en plus rare de cette démocratie idéale, pour laquelle il avait combattu trente ans, et quïl persistait à concevoir comme possible, au milieu des dillicultés, des périls et des mécomptes de la réalité.

La lutte des partis, avec ses désaccords inévitables, finit par lattrister. Peu fait pour la parole publique, et trop longtemps tout d'une pièce pour se prêter, sur le tard, aux mouvements de la lutte journalière et aux compromis nécessaires de la [)olitique courante, il ne sut pas prendre l'inlluence décisive qui met les hommes en lumière et leur assure un rôle actif dans les affaires du pays. Ce poète délicat, ce polémiste ardent de la j)lume, ce

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