Sur Beaujean, voir page 222, fin de la note
LAUUENT IMCIIAT. ^J
noble et discret travailleur, ce citoyen irrcproclialile, assistait avec une amertume mal (lissiniuléc. et comme un l'cveur ()c<u et dcsarmc, à ces assauts «lu pouvoir, si ilillcrenls «les abstractions généreuses dont il avait vécu I
Un jour — avec quelle «bjuleur ! — n«»us a[»prîmes «|iie la maladie avait ii'réuiédia])Iciiient l'rappé ce «orps robuste, cette belle àme. Que de dévouements l'entourèrent pendant de lonjfs mois ! Que de tristesse alors «lans cette double laïuille. où tant de joies intimes avaient successiveuient ravi, Ibrtilié, console le frèi'C et le père î Nous étions absents alors, «'t c'est au loin que nous arriva la nouvelle soudaine «le sa mort, \c 12 juin iSSfî. Il n'avait pas soixantetrois ans.
Tous les partis se retrouvèrent à ses funérailles, tous les amis, les plus anciens comme les plus nouveaux, étaient là : ce fut, pour jibis d'un, un retomnu'lancolique vers les années de jeunesse, v ers les hasards et les épreuves de la vie, vers les espérances passées et le spectacle changeant des choses. Les éloquents discours ne manquèrent point: citons ceux de M. Humbert, qui parla au nom du Sénat, «lont il était vice-président: de M. «le Mahy, son ancien collègue à l'Assendjlée nationale et son ami parti<'ulier, qui fut l'interprète de la famille; d<^ M. l)eschamj)s, vice-pr«''sident du Conseil municipal: de M. Henri dé Lapommeraye, au nom «le l'Association polytechnicjue, «lont J^aurent-Pichat avait été trois ans président. Pantin, un inconnu, un «le ces hundjies qui gardaient à leur bienfaiteur une reconnaissante pensée, pronon«;a simplement quel- <|ues paroles d'adieu «pii ne furent pas les moins louchantes. Ce jour là. ce qu'on loua surtout, ce fut
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le citoyen et la droiture de son caractère. Plus tard, quand se sera calmée cette vie de fièvre qui ne laisse le loisir de s'attarder sur rien, on l'eprendra les œuvres de Laurent-Pichat, on les lira, on les étudiera, on y trouvera les marques d'un rare talent, trop peu apprécié, et d'une pensée vraiment puissante, qui n'a pas eu le temps de trouver sa dernière expression : car ainsi qu'un publiciste éminent l'a écrit : « Il était d'un esprit supérieur à ses livres, comme ses livres sont supérieurs à leur réputation. » On' fera sa place non-seulement au poète original, mais au romancier, au critique d'art, au publiciste sincère. Que de preuves nous pourrions donner nous-même de la supériorité et de la diversité de cet esprit charmant, si ces confidences de l'amitié n'étaient pas ici hors de leur place et si notre douleur nous permettait même de nous y arrêter !
LE GENERAL IMTTIE
Erancis-Gabriel Pittié est né à Nevers, le 4 j^ii^ vier 1829; il avait donc, le "5 décembre 1886, jour de sa mort, cinquante-huil ans. C'est bien prématurément, en pleine force, qu'il nous a été enlevé et qu'il a été ravi à l'anection de sa digne femme, de son lils aîné et de ses deux jeunes enfants, qui auraient eu encore tant besoin de son affection et de son appui. Douz*» jours auparavant, il expédiait les atfaires de la Présidence, et c'est à peine s'il a gardé le lit six jours, sous l'action presque foudroyante d'une méningite aiguë.
11 était lils d'un instituteur île la Nièvre, dont l'instruction était très supérieure à sa condition, et qui était doué lui-même pour la poésie. Il envoya son fils à Paris et le plaça à l'institution Vei'dot, dont les élèves suivaient les cours du lycée Charlemagne. Le jeune Pittié s'y prépara à Saint-Cyr. où il entra à dix-huit ans, à la première tentative. Il obéissait a une vocation irrésistible.
Sous-lieutenant en 1849, lieutenant en i854, il prenait part à la campagne de Grimée, comme officier d'ordonnance du général Le vaillant. Une bombe le frappait de deux blessures, au déijut du siège de Sébastopol. Il refusa de rentrer en France, et, à peine guéri, reparut au danger. Le jour de l'assaut, un biscaïen lui fracassa le pied gauche. Il y gagnait d'ctre capitaine, à vingt-six ans. avec la croix.
Kn 1859, il prit part à la guerre d'Italie. Il s'était
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marié dans l'intci'valle, et, en devenant le gendre de notre ancien maître, M. Bétolaud, dont l'enseignement au lycée Cliarlemagne a laissé de si durables souvenirs S il se trouvait comme une seconde l'ois l'un des nôtres. Mais il n'était pas homme h se dérober au devoir, et. au premier appel, il rejoignit son corps eu Lombardic. Une balle qui lui traversa l'épaule, à Solférino, le contraignit à prendre enfin un repos mérité, à Brescia d'abord, où il l'ut soigne pendant deux mois de sa blessure, puis en France, auprès des siens. Il était revenu de Grimée avec la médaille anglaise et l'ordre du Medjidié; il rapportait, cette fois, les médailles d'Italie et de la Valeur Militaire de Sardaigne.
Quand éclata la guerre d'Allemagne, il élait à la tête d'un bataillon du 46' ^le ligne. Il demanda au!=sitôt du service dans un bataillon de marche, et prit part à toutes les opérations de l'armée de Metz, non sans gémir impatiemment des lenteurs d'une défense qu'il jugeait avec sévérité. Plutôt que de subir la honte de la capitulation, il s'évada, traversa les lignes prussiennes, métamorphosé en journaliste, échappa par miracle à mille dangers qui mirent à l'épreuve son esprit et son sang-froid en même temps que sa bravoure, et parvint à rejoindre le général Faidherbe, à l'armée du Nord. Nommé lieutenant-colonel, et chargé d'organiser le G8'' l'égiment de marche, il prit aussitôt part aux opérations, fut promu colonel le -'20 décembre et nommé commandant de la 2"= brigade de la i"^" division du aa"* corps, Il se battit à Amiens, à Bapaume, à Pont- Noyelles, où il fut blessé, en sauvant la situation.