Histoire de l'École d'Alexandrie (18'i4-18iu
2. L'Union française pour le Sauvetage de l'enfance, loïKli-e en 1888. Celte société, dont le président est aujourd'liui M. l'îial Deschanel.fut présidée à s;i fondation par .Iules Simon.
.IULES SIMON. Io5
(le force persuasive, exempte de vulgarité, de violence et d'outrages. Instruit, et lisant toujours, étudiant, observant toujours, il employait pour des improvisations d'une perfection de forme sans égale les trésors de sa mémoire et de sa science. Pour s'en faire ime idée, il faut l'avoir entendu à l'Institut, à l'Ecole Normale, aux cent associations dont il était membre, trouvant partout et toujours, pour charmer ou émouvoir, des trésors de grâce et de délicatesse ou des effets d'une incomparable puissance.
Il n'est plus ! Qui représentera désormais, au même degré, avec la môme noblesse de pensée et la même fascination de parole, cette haute et sereine philosophie spiritualiste, autrement vivante et réconfortante que le flottant scepticisme dont notre temps s'amuse et meurt? Qui personnifiera, comme lui, la liberté véritable sans excès ni reculs, le progrès sans les utopies qui le compromettent, l'éternelle aspiration vers la justice sans les revendications haineuses, sans les menaces, sans les retours inquiets de la penr vers la sécurité du despotisme ? Qui embrassera dans une conception plus large et plus féconde toutes les œuvres d'assistance et de prévoyance, dont la charité n'est que l'incomplet et impuissant auxiliaire ? Qui aura traversé avec une probité plus intacte, un plus absolu désintéressement, une médiocrité de fortune plus dignement acceptée, au sortir des plus hauts postes, l'époque d'ardentes jouissances où nous summes, avec ses promiscuités suspectes, ses gains rapides, ses accommodements sans scrupules ?
Chez Jules Simon (l'œuvre considérable qu'il a laissée le prouve suffisamment), le philosophe n'a jamais pu céder complètement la place à l'homme
loO MÉLANGES EN PROSE.
< faction : cest là sa physionomie propre et liien originale, qui le distingue des plus importants personnages de notre époque, et le met peut-être audessus d'eux tous. Sa philosophie a gène sa politique. Il a pu croire les hommes meilleurs qu'ils n'étaient et plus accessibles à la vérité absolue. Nul plus que lui, avant 1870, n'avait travaillé au triomphe de la république, mais d'une république idéale, pure d'excès, ouvei'te à tous, fidèle en tout à ses principes, même contre ses apparents intérêts, toujours conforme aux écrits, aux discours qu'elle lui inspirait. Ni la guerre, ni la Commune, après l'Empire, ne l'avaient découragé. Immuable dans l'idéal, quand le réel modifiait les situations respectives, il a paru changer et se contredire, alors que le changement se faisait chez les autres. Ceux qui marchent toujours du même pas sont en avant ou en arrière, selon que leurs compagnons s'attardent ou se pressent. C'est autour de Jules Simon qu'était la mobilité ; et les passions des partis n'ont pas su le reconnaître. Il n'a donc goûté la popularité qu'avant d'avoir connu le pouvoir; et il n'a connu le pouvoir que pour en éprouver, comme Lamartine et d'autres, les retours injustes et les désillusions.
Cette finesse, cette souplesse d'esprit prodigieuses, qui en eussent fait un politique si habile et si avisé, s'il avait fait bon marché de ses principes, lui ont servi dans le détail de la vie, dans les relations sociales, pour son plaisir personnel et le charme des autres, mais non dans le maniement des affaires, ni pour ruser avec elles. Ses fautes politiques, s'il en a commis, sont l'honneur de son caractère et la révolte de son honnêteté.