L'ANNEE DU CENTENAIRE
Cliers élèves,
Votre maître - — est-ce un orateur, est-ce un poète, ami des poètes ? — a^ fini de parler, et je l'écoute encore ! Le rêve qu'il nous raconte ^ continue (le me charmer. Comme vous tous, je me sens entraîné dans le tourbillon de ces magiques souvenirs, et j'ai peine à m'en détacher. Vous vous persuadez souvent que cest vous seuls qui rêvez, que c'est un privilège heureux de la jeunesse de laisser à l'imagination son li])re cours et de se bercer, tout à loisir, au mouvement des choses. Pour nous, on nous suppose aiisorlx-s par les soins de l'heure présente, on nous croit prisonniers de la réalité, peu disposés à sortir de nous-mêmes, et donnant à notre égoïsme attristé le beau nom d'expérience, pour en masquer les traits véritables !
Laissez-moi vous détromper, jeunes gens : nous rêvons plus que vous, parce que nous rêvons, à la fois, à ce que nous avons été et à ce que vous serez ; parce que, si nous vivons beaucoup dans le passé, qui se voile toujoxu's davantage, et semble lui-même
1. Discours prononcé à la distribution des prix du lycée Louisle-Grand, le 30 juillet 18S'J.