M. Samuel Roclieblave
3. L'orateur av.'iit retracé, sous la forme d'un rêve une sorte lie tableau du siècle (1789-18S9|.
LANNKK l)L CENTENAIRK, lUl
«loveiiir un vèw, nous nous demandons ce que sera pour nous, el pour vous surtout, ce lendemain qu»; couvre un voile hien autrement épais!
Cette histoire du siècle qu'on vient de dérouler devant vous dans la plus éclatante des visions, comme la peinture l'a fait ailleurs *, lait songer au siècle qui va suivre. Quand on a fait tout bas un retour sur soi-même, qu'on a replacé sa petite histoire à l'omljre de la grande, qu'on s'est rappelé les révolutions qu'on a vues (mettons trois ou quatre), {(u'on a évoqué tant d'événements oubliés, tant de visages disparus ; (pion a repassé ses espérances et ses mécomptes, mis en regard les gains et les pertes de la vie, et comparé aux efforts dépensés les résultats acquis : — alors, jeunes gens, on se retourne vers vous, on interroge l'horizon du côté du Levant: votre vue éveille un monde de pensées souriantes ; vos succès, nous remplissent de confiance: et la vision du dix-neuvième siècle fait place à celle du vingtième, dont les savants, les historiens ou les poètes sont peut être cachés parmi vous, en attendant la gloire.
Vous voyez dans quel abîme de rêveries je me perdrais, à la suite du discours que vous venez d'applaudir, si je n'étais tenu d'en faire un moimême .
Je suis loin de m'en plaindre, Messieurs : j'en suis un peu troublé. Je songe aux parfaits orateurs qui. dans ces dernières années, vous ont enchantés ici même, à Janet, à Ludovic Halévy, à Deschanel"!
1. Panornina du siècle, peiiil par Gervex et .Mfred Slevens. el .iloi-s inslallt- dans le jardiu des Tuileries.
1. Emile Descliaiiel. ))rofesseiu* au coUèfre de France, sénateur inamovihle, mort eu l'.lUi; Paul .lauet. mort eu IS'.KI. membre de
1212 MELANGES l:N PROSE.
Peut-on avoir plusderaison.de sciitiiucutet trespril? Je nie dis aussi que je n"ai pas eu l'avantage d'être élève de Louis-le-Grand, bien que j'aie habité trois ans la vieille masure de la rue Saint-Jacques, oîi s'abritait alors l'Ecole normale *. Je n'ai pas eu non plus la satisfaction d'être professeur dans ce glorieux lycée : c'est un honneur qui manque à ma longue carrière ; et je ne me console de n être pas le collègue des maîtres incomparables que j'aperçois à mes côtés, qu'en vous disant, chers élèves, que je suis leur ami. C'est aussi la précieuse amitié de voti'e éminent proviseur ■ qui m'a désigné, j'allais dire dénoncé au Ministre de l'Instruction publique pour la présidence de cette fête. C'est sur cette sympathie collective, dont je me sens si chaudement enveloppé, que je compte i)our me faire écouterd'un tel auditoire.
Et, puisque nous sortons d'un rêve, c'est dans le pays des rêves que je vais vous transporter, à mon tour, pour en tirer la leçon irusage.
J'arrive de l'Afrique, — et l'Afrique, avec un peu de bonne volonté, c'est presque l'Orient. Lorsqu'on s'est réveillé à Alger, à ïlemcen, à Biskra ou à Tunis, on peut se persuader, par moments, qu'on a feuilleté les Mille et une Nuits et qu'on a trouvé dans sa valise la lampe d'Aladin !
Je laisse de côté, quelque intérêt de curiosité que vous y puissiez prendre, ce que j'ai vu dans des
l'.Vcailéinic des sciences morales et politiques, i)i'ofessciu" Iiouoraire de piiilosophie à la Sorbonne ; .M Ludovic Ilalévy est membre di l'Académie irauçaise.
\. Voir page 221, noie I.