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Ah ! sans tloutr, de iiièinc que le toiiips où nons soimnes a des besoins plus variés. (|u'il cxijçc des connaissances plus spéciales ou mieux réparties tiuauli'efois, el (pie des nécessités iuiiu-i'icuses font hrèche dans les traditions et les prograinnu's, île même les notions de lliygiène plus répandues, les lois du progrès ou de la dégénérescence pliysitpie mieux connues et leurs prescriptions mieux a[»|)Ii- »|uées exigent que l'on fortifie les corps et que l'on réforme dans nos habitudes scolaires, dans la iliscipliue même et le régime intérieur de nos collèges, ce^ qui peut contrarier le développement normal de la jeunesse. On y a pourvu déjà, et il est bon d'y pourvoir encore, mais à la condition fpie ion n'affaiblisse pas, en même temps, les énergies intimes de l'àme, que l'on ne relâche pas les ressorts de l'activité intellectuelle, qui est la première et la source des autres ; à la condition que l'on n'enseigne pas à la jeunesse française, pour lui doinier plus de muscles et de sang, — à quoi nous applaudirons de tout cieur. — l'inertie raisonnée de l'esprit et rindilî'érence systématique, ou même le dédain des exercices supérieurs qui l'assouplissent le mieux ; à la condition enfin que nos élèves ne désaprennent pas l'effort par excellence. celui de la pensée, et qu'on ne multiplie pas pour eux, sans nécessité, les siestes de l'attention et les vacances de la volonté.
Sans rechercher si la nature a toujours voulu associer la vigueur physique à la puissance do l'esprit, nos enfants ont droit à la santé. Rendonsles donc plus robustes : mais n'oublions pas que la force des caractères n'est pas toujours en raison directe du développement physique, et que ces « impuissants » et ces <( dégénérés ». dont vous
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parlait si éloquemment, l'an passé, lun de vos jeunes maîtres, et que la lutte vitale « élimine », peuvent être des âmes viles et faites pour la servitude dans des corps .dathlètes. Croyez-vous que les Arabes ne soient pas vigoureux, agiles quand ils veulent, dans leurs fantasias folles, enfin jiropres à la fatigue et taillés pour l'action ? Mais quand Tespril refuse de fonctionner, à quoi sert le reste ? Ménageons l'enfant, mais pour que l'homme ait le droit et les moyens de se ménager moins. En cherchant à trop alléger la tâche de l'écolier, c'est l'homme que l'on rend moins apte au travail, c'est sa volonté qu'on émousse.
Cette grande question de l'éducation physique a deux faces. Le surmenage — puisque ce mot a pris une place démesurée dans les préoccupations de ce temps — est un danger, sans doute, pour l'enfant et l)our le jeune homme, mais il est presque une obligation pour l'homme digne de ce nom. Dans la lutte de la vie, il est la condition même du combat. L'histoire ne se souvient que des nations qni se surmènent; elle oublie dédaigneusement celles qui abdiquent et se reposent. Ils se sont surmenés, ces Grecs à qui nous devons les plus pures étales plus délicates jouissances de l'art, comme les plus nobles conceptions de la raison ! Ils se sont surmenés, tant qu'ils ne demandaient pas du pain et des jeux, ces Romains qui ont méthodiquement conquis et colonisé le monde ancien, en donnant les plus fameux exemples de force morale ! Et les individus aussi, comme les peuples, ne font de belles ou d'utiles choses qu'en dépassant la mesure ordinaire de l'activité et de l'effort. Les négociants se surmènent à leur banque, les administrateurs à leur cabinet, les savants dans
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leur lal)oratoire. les hommes d'Ktat dans la vie publique, les généraux sur les champs de manœuvre, — en attendant les champs de bataille ! Et môme les maîtres qui se préoccupent de vous ménager <piel([uc relâche se surmènent à votre profit!
(^e qui lait souvent tort à la jeimesse, ce n'est pas tant l'abus du travail que la façon de travailler, et, sur i)lus d'un point, l'eflort stérile, disproportionné iivecson objet. Mais, osons le reconnaître, c'est aussi une dissipation plus grande de l'esprit, le frivole souci des choses étrangères à la vie scolaire, l'attrait malsain de certaines lectui-es et de certains spectacles, un retard trop fréquent pour la préparation des connaissances nécessaires, et une avance prématurée pour les autres. Si, dans ces conditions, on accordait à nos élèves tontes les libertés qti'ils espèrent encore, je ne passais trop qaels avantages ils en tireraient, mais je sais bien ce que la France y perdrait demain!
Non, jeunes gens, à la veille d'un siècle nouveau, en présence de ces prodiges que l'homme n'a pu concevoir et exécuter que par la plus grande somme de travail, quand la rivalité des peuples est plus acharnée en raison même de leur puissance, on serait mal venu de se re[)oser, de désarmer sur aucun point, et, par une interprétation inexacte des l)lus légitimes réformes, de croire que le travail modifié est du travail supprimé, et qu'on vous veut, à un degré quelconque, moins instruits, moins réfléchis, moins propres à bien raisonner comme à bien agir.
Nous serions trop tristes, nous ((ui vieillissons, nous qui avons espéré et désespéré, souri et pleuré, nous qui avons porté, tour à tour, le deuil de la liberté et celui de la patrie, ah ! nous serions trop tristes, si nous n'avions pas le spectacle de votre
jeunesse toujours jirdente et rcspérance de vos succès toujours fidèles !
Un jour — car ces souvenirs me poursuivent ! — presque aux confins du désert, dans un villaije arabe, l'après-midi, sous un soleil flamboyant qui calcinait toutes les terrasses, à l'heure où le sommeil semblait avoir touché ces demeures silencieuses, comme je me glissais, pour rentrer, le Jong du mur d'une ruelle que coupaient par le milieu l'ombre et la lumière, j'entendis un léger bourdonnement d'abeilles sortir de la porte à demi close d'une bâtisse moderne. C'étaient des voix d'enfants, dominées par la voix grave du maître. Je poussai la porte, sans trop de scrupules : j'étais dans l'école francoarabe. Je vous ai dit qu'il y en a bien peu encore dans ce vaste pays, et quelles ont bien peu d'élèves. Ceux-ci lisaient du français, et l'expliquaient sans peine ; quelques-uns, penchés sur un cahier, écrivaient en s'appliquant, et copiaient une ligne d'écriture que l'instituteur avait tracée lui-même au haut de la page. Or, cette ligne, mes amis, voici ce qu'elle disait : « Le travail est un honneur. »
Je compris, ce jour-là, que l'école serait le salut de ce peuple, puisque le réveil commençait par l'enfant, à qui l'on apprenait, pour la première fois, la loi du travail et la dignité de l'eflbrt.
Et vous aussi, jeunes gens, si favorisés et si bien partagés, vous comprendrez mieux, en songeant à ces petits Arabes, que l'avenir est aux travailleurs obstinés, et que l'exercice de la volonté reste, pour vous également, le plus sacré des devoirs. La République du XX' siècle aura besoin d'hommes : vous n'avez pas à vous réveiller, jeunes gens ; mais il ne faut pas vous endormir !
colli-:g^: ciiaiilemag.ne vers 1840
Mes chers Camarades,
Après avoir remercié d'abord le Ministre -, — un des nôtres, — qui a bien voulu me désigner pour présider cette fétc. et le proviseur du lycée Charleraagne ^. — un des nôtres aussi. — qui s'est souvenu de son vieil ami pour le dénoncer au choix du Ministre, je veux vous dire pourquoi les présidents annuels de ces rendez-vous scolaires sont heureux d'être à cette place. Pour qui songe à ceux qui l'ont successivement occupée, Ihonneur est grand, sans doute, et je le ressens pour ma part, plus vivement que personne. Mais noire satisfaction intime, sachez-le, est dun tout autre ordre, et ce qui nous plaît surtout de cet honneur, c'est le charme et l'enivrement des souvenirs qui s'éveillent en nous, et la mélanioi-phose trop passagère qui nous rajeunit. Aussi, pas un de nous ne manque de rappeler, avec plus de regret pour le passé que d'orgueil pour le présent, qu'il était, lui aussi, fiévreux comme vous sur CCS bancs, impatient comme vous, comme vous a[)i»lau(lissant aux discom'S,
(I, Discoiirs proiinnci' ;i la cli>tiiliMlinii des prix du lycée Cliarlomagnc, le 31 juillet l.syi.
cl) M. Léon Ilourgeni».
(Il) M. Fallex.
l'J2 MÉLANGES EN PROSE.
parce qu'ils sont finis, et aux promesses de cette journée, parce qu'elles glorifient vos efforts, mieux récompensés cette année ! Ce retour vers les époques lointaines est plus doux, malgré bien des heures attristées, à mesure que les tempes grisonnent, que la voix faiblit et que la vie hâte ses comptes !
Combien doit être plus ému celui que vous écoutez eu ce moment, mes amis ! Il a été, dans ce lycée, élève, puis maître ; ce qu'il est, il le doit à cette bonne et honnête maison; et c'est la première fois quil prend ici la parole parmi ses camarades d'aujourd'hui, la mémoire pleine de ceux d'autrefois ! Oui, tout me transporte dans ces temps qui ne sont plus : cent visages connus semblent me saluer et me sourire ; un terrible poids de cinquante ans tombe de mes épaules; tout s'est transformé en moi, et j'ai quinze ans, — et Fallex.qui me regarde, les a aussi ! . . .
En 1840, j'étais élève de seconde, et, si je vais droit à cette année-là, c'est que je fus couronné, embrassé — permettez-moi de m'en souvenir — par le philosophe Jouflroy, le jour où il prononça ce mémorable discours * qui fut le testament découragé de cette grande âme, ])lus malade que le corps amaigri qui la retenait à peine. Ce qu'il nous disait de sa voix grave et gutturale, que je crois entendre encore, nous ne l'avons bien compris que plus tard, et nous n'étions guère disposés alors à lui faire abandon de nos espérances, ni à porter sitôt le deuil de nos illusions !
Quel temps que ces années fécondes qui vont, pour ceux de mon âge. de i836 à i843 ! quels maîtres aimés et respectés ! quels joyeux compagnons
1. Il a élé inséré dans les .Xoiircanx Mi-langes philosophiques (Flacliolle ot C", éditeurs).