I.K COLLKCIE CIIAULEMAC.NK VKIîS
«l'études ! Sans l'aire tort au présent, qui a l)ien son mérite, la physionomie de ce lycée était alors très particulière, comme ce quartier même était bien <liirérenl de ce cpTil est. Dans l'étroite et noire avenue,— toujours la même, celle là, pareille au chemin de ronde d'une prison, — je vois encore se suivre les longues files «l'écoliei-s, portant les noms de leurs institutions, alors célèbres, disparues maintenant. C'étaient Jaufl'ret et Verdot, obstruant, quatre fois par jour, toute la rue Culture-Sainte- Catherine; c'était l'interminable Massin, débouchant de la rue des Minimes ; Favart, maître du trottoir de la rue Saint-Antoine ; Petit, avançant par la rue de Jouy: Coûtant, plus modeste, dont les élèves s'éparpillaient dans la rue du Roi-de-Sicile ; Boin*don, sorti de la rue Payenne ; et j'en oublie ! Autant «.le ruches envoyant ici leurs abeilles, avec quelques frelons. Les externes étaient rares alors, et se faufilaient dans les rangs. Nos maîtres — et je voudrais les citer tous — s'appelaient Adolphe Franck et Paul Mesnard, à qui je puis rendre encore mes respectueux devoirs; Barni, qui connut lexil; Régnier, Berger, guides si sûrs ; Bétolaud, qui nous apprit le grec ; Toussenel, dont la science pénétrante s'égayait d'ironie; Achille Comte, létincelant causeur ! Notre proviseur était Poirson, l'historien d'Henri IV, auquel il ne se piquait guère d'emprunter un sourire, loin de nous donner l'ample rire du bon Broca ! *
1. Sur Franck, voir pages 78 et suiv. ; sur firtnii, page 81, hoIp 1. M. Faul Mflstiard esl r(''(liteiir du Racine et d'une partie du Molière iliin^l&Cotlfclion des r/rnnds écrivains de lu France, qui fut fondée et dirigée par Régnier I80i-188ii; Berger fut plus lard j)rofesseur déloquence latine à la 8orboMne:il est mort en isi;'). Itélolaud, Toussenel, lun comme helléniste, l'autre comme professeur d'his-
I 34 MKLANGES KN PROSE.
Quel mystère, mes amis, dans la floraison des jeunes ! « L'avenir ! l'avenir ! » comme a dit le poète. Ah! si quelque voix prophétique, dominant le bourdonnement qui sort des rangs pressés de ces philosophes, de ces mathématiciens, de ces élèves de rhétorique ou de seconde, de tous ces écoliers, grands et petits, mes contemporains, avait tout-àcoup parlé ainsi : « Toi. comme Jurien de la Gravière, ton aîné sur ces hancs. tu seras amiral un jour! » Et c'était le vaillant Courbet, qui sentait battre en l'ji l'àme de la France. « Toi parmi les grands élèves, et toi parmi les plus petits, vous serez l'honneur de l'armée ! Et c'étaient le général Rousseau et le général Pittié ' '. Ces deux écoliers taillés en colosse, — la pension Bourdon n'en avait que de pareils, — ils se nomment Buffet et Alphand-: l'un sera l'homme d'État éloquent que vous savez, l'autre, le magicien de nos parcs et de nos promenades. Je les vois passer, leurs livres sous le bras, je les vois gravir d'un pas rapide les degrés de la vieille voûte, ou se grouper dans la cour, au sortir des classes, ces savants futurs, ces historiens, ces diplomates, ces médecins, ces universitaires de marque, — on ne les compte pas ceux-là ! — c'est Zeller, Geffroy, Fustel de Coulanges ; c'est Saint-
toire. ont laissé des manuels scolaires estimés. I/historienPoirson i"9d-1871i, fut proviseur tlu lycèo Chailemagne de 1837 à 1853, Broca'mort eu 1S87), de 187^ à 1S7S.
1. .lurieu de la Gravière. devait mourir laiinée suivante, à i|uatrevingts ans: Courhet était moi-l en 18813. Le général Rousseau devait mourir en 18%. Sur Fitli ', voir p. 4'J.
2. Ingénieur en ctief des ponts et cliaussées. directeur des travaux de Paris. Alpliand est mort cette même année 1891. Buffet M818-1898 .fut plusieurs fois ministre, sons la présidence de Louis- -Napoléon, sous le second Emplie, sims la présidence du maréclial de .Mac Malion.