‹ Mélanges en proseChapitre 78 sur 106 · I.KS MAITRES RKPKTITEUllS. l · texte numérisé non relu

I.KS MAITRES RKPKTITEUllS. l

iu>inluii(es. ('cliaii^rcs entre les chefs (rétablissemeul pour assurei" le reeruleinenl des niaitrcs, les reciuèlesetles sollicitations «le ces jeunes gens, les variations «le l'onVe et «le la «lemande. les Iroissemenls <*t les c«)nflits, les congt's signiru''s sans un sullisanl conti'«)I«'. sans un arbitrage venu «h' plus haut, tout <"ontribuail. nialgrt'; le zèle et lu prudence des chels. à «lonner à cette organisation un caractère fâcheux d'instabilitt'' «'l «l'appaiMMit arbitraire, où la bonne reMoninu''e des proviseurs avait parfois à souffrir ïnitant que la «lignite des jeunes maîtres.

Vous vei-rez. Mt'ssieurs. av<'c cpielle attenti«)n «'I ■iiu moyen iW. quelles mesures nous avons modifii'cet «Hat de choses et fait souvent d'un emploi aléat«)ire une fonction d«*finitive. Les proviseurs et les principaux, «pii éprouvaient tant d'eud^arras à se pourv«>ir ou d'hésitation à choisir, et dont les rapports avec les maîtres étaient si délicats, se sentiront «léchar^^és d'une grave responsabilité : alors peut-être leur rondra-t-on plus de justice.

Là où les maîtres étaient surtout obligés de compter avec les bonnes dispositions personnelles de U'urs chefs, ils seront désormais, selon leurs titres, leurs grades, leurs services, sous l'autorité du Recteur ou du Ministre; ils ne serontnommés, déplacés, suspendus, révoqués «[u'avec toutes les garanti«'s administratives, y compris, au sommet. Messieurs. votr«î haute juridiction. C'est un décret vraiment protecteur «[ui vous est soumis, avec i-es «Iroits et ses pi'ivilèges, mais aussi av«'c ses charités, ses obligations, ses pénalités, «lont l'échelle, graduée d'après les i)récédents or«linaires. est comme la marque mènu! de cette oi'ganisation nouvelle : si les mauvais luaili'es peuvent s'inquiéter de toutes ces

l46 MKLANtiKS KN PUOSK.

mesures, les bons. (|ui sont, en (liUinitive. la très «çi'ande majorité, y reconnaîtront ce: qu'on leur restitue véritablenuMit. la dignité <>t la sécui-ité.

Ce ne sei'a plus le hasard des eori'espondances privées, ni le libre «lioix des chefs, ni l'urgence qui décideront de la situation des maîtres répétiteurs. Un registre ouvei'tau chef-lieu de l'Académie sera la pièce essentielle du recrutement des maîtres; il servira d'intermédiaire olliciel entre eux et leurs chefs immédiats; il fournira sur les postulants tous les renseignements utiles; et ces notes leur serviront pour tous les [lostes qu'ils seront appelés à occuper. Un stage renouvelable permettra de juger les jeunes maîtres au début de leur carrière, et les empêchera de faire fausse voie. Une fois titulaires, leur situation bien assise n'aura l'ien à envier à celle des maîtres mêmes de l'enseignement.

Pour compléter ce relèvement de fonctions dont on peut se faire honneur. vX préparer les maîtres répétiteurs à une situation différente dans l'avenir, on les admet, par une innovation qu'ils saui-ont apprécier, dans l'assemblée des professeurs ; ils y prendront part à la confection des tableaux d'honneur et à la préparation des notes trimestrielles ; ils auront des délégués au Conseil de renseignement.

Nous passons maintenant, Messiem^s, à un autre ordre d'idées. Il est permis peut-être de regretteique les fonctions de maître répétiteur ne soient pas plus souvent une carrière durable, disons le mot. une vocation. Il s'est trouvé, il se trouve encore des maîtres très estimables, qui ont passé de longues années dans des postes dilliciles et peu écla-

LES MAITUKS KKI'KUTKUH.S. l^'j

taiils, moins encoro par l'impossibilité d'ai river aux grades cpii leur ouvriraient les poi-tcs de l'enseignenumt que par goût poui- les devoirs très élevés de la surveillance cl pai- une l'éelle inclination pour l(i rôle d'éducateur, souvent jusliliée. Kn tout cas, il est bien j>ermis d'imaginei- une classe de maîtres simples et modestes, d'instruction médiocre, mais de juscement sur: aimant la jeunesse, la comi)rcnant, mènu' dans ses écai'ls; ayant le sentiment du devoir et sachant l'éveiller dans les jeunes âmes; maintenant dans une maison, au uiilieu du changement des chefs, les tra<litions d'ordre qui en font la prospérité; cai)al)les de devenir, par \v. choix claii'voyant de l'adniinistration supérieure, des censcuirs, des proviseurs, des chefs d'étahlissement, je dis des meilleurs. De tels maîtres répétiteurs ne rappellent en rien ceux qui jadis vieillissaient, sans ressort, dans une [)aresse à peine occupée, el déconsidi-raient le coi']>s entier par leur tenue et leur iiuapacité irrémédiable.

Mais si l'on doit souhaiter la f(U'malion ou l'accroissement de cette catégorie de précieux siu'veillants, il faut bien constater que la très grande majorité de nos maîtres répétiteurs se propose un autre objet; et ni la Section ])ermanente, ni votre commission n'ont cru devoir raisonner sur ce (pii reste; encore une exception. La vérité est ([ue 1«' corps des maîtres répétiteurs est surtont mie [)récieuse péi)inièi'e jtour l'enseignement. De là sortent chaque année (je laisse à part les futurs médecins et les futurs avocats) bon nombie de licenciés es lettres et es sciences, de i)rofesseurs de collèges et de lycées, ou bien encoi-e d'excellents agents des services économiques ou académi(pu's. (/est sur-

1^8 >IKLANGKS EN PHOSK.

tout iino carrière transitoire, qui retient quelque temps tous ces jeunes gens, aux prises avec les premières difficultés de la vie, et leur offre, au prix de quelques ennuis et de quelques sujétions, auxquels se résignent les plus courageux et les plus sages, l'avantage considérable davoir le vivre et le couvert, avec les moyens de s'instruire et d'arriver, s'ils le veident fermement, aux grades qui les émancipent.

C'est avec cette préoccupation, et en considérant surtout comme un jtassage ou ime première station cette fonction des maîtres réi)étitcurs que le décret insiste, plus encore qu'on ne l'avait fait dans le passé , sur les facilités ([ui leur seront accordées dans leur travail : usage de la bibliothèque, salle d'étude en commun, chambre poiu* les besoins du travail qui veut s'isoler, commodité pour suivre les cours ])ublics, conférences organisées à l'intérieur des établissements. Tout cela n'est pas nouveau, je me hàtc de le dire, et il serait souverainement injuste de nous en faiie ti-op d'honneur: mais là encore, comme sur d'auti-es points, la pratique na l)as toujours pu répondi'e aux prescriptions de principe ; peut-être aussi la volonté et la persévérance (mt- elles plus d'une fois manqué aux maîtres : en négligeant de tirer profit des i-essom-ces. mêmi^ incom])lètcs, qu'on mettait à leur disposition, ils couraient risque de décourager le bon vouloir des administrations locales ou de l'autorité supérieure. Le travail qu'on leur ic^commande ne peut ([n'ajouter à leur autorité morale et faciliter leur tâche : qui ne sait que les écoliers ont d'autant plus le déférence pour un surveillant qu'ils le savent phis hdjorieux, qu'ils le trouvent [)lus instruit et

l.KS MAITKES UÉPKTITEUKS. l4<)

déjà plus l'apin-oché" (U^ Icui-s proit'ssciirs onlinaircs? Le joui- oii les élèves sei'onl bien convaincus que leurs maîtres répétiteurs daujourd liui peuvent être leui's professeurs de demain, un grand i)as aura été fait dans la voie où nous désirons (engager les maîtres. L'aflection des élèves ne [)eut venii' ((ue de la considération ipie les maîtres inspirent, et cette considération est l'effet assuré de la ca[)acité plus grande, presque toujours associée à une tenue meilleure, à plus de tact, et. j'ajoute, à plus de moralité . . .

En résumé, Messieurs, si nous regardons l'état antérieur des maitres répétiteurs, ils n'étaient pas sérieusement considérés comme des fonctionnaires de l'enseignement public, ils n'en avaient pas les garanties essentielles : on les leur donne.

On les tenait peut-être trop éloignés, moralement. <lu corps même des professeurs, au recrutement duquel ils sont appelés à contribuer pour une si large part: on les admet dans l'assemblée des professeurs, on leur accorde des délégués au Conseil d'enseignement des lycées. Et, d'autre part, on autorise les professeurs à participer, s'ils le demandent, aux devoirs de la surveillance : ils ne croiront pas déchoir en les recherchant.

On n'avait pas toujours pu tenir la main à ce que les moyens et les instruments de travail fussent mis à la i)ortée des maitres avec la préparation aux examens et aux concours. Toutes les mesures seront prises pour ôter à leurs plaintes tout prétexte à ce sujet, et leur assurer de plus longs et de plus fructueux loisirs.

Ils étaient, par la force des choses, engagés, dé-

î:><) mklangks kn prose,

placés sans régules fixes ni sûretés suffisantes, et ce mode <le recrutement entrait pour beaucoup dans la tension si souvent signalée, même entre des cliels justement estimés et des maitres dont on eût pu faire d'excellents auxiliaires. Le mode de nomination est désormais déterminé ])ar des textes positifs, avec toutes les garanties qui en découlent, mais aussi avec toutes les obligations que ces garanties mêmes imposent. Les attributions sont plus nettement définies, les charges de la sui've illance sont allégées, les prérogatives du travail libre assurées dans la limite du possible : des points de contact plus étroits entre les maitres et les professeurs ou les chefs d'établissement permettront aux premiers de s'initier à bien des questions scolaires qu'ils trouveront profit à mieux comprendre, aux seconds de discerner les esprits les plus distingués, les plus pénétrants et les plus judicieux.

Tel est l'esprit général de ce décret, dont vous allez entendre le détail. Nous espérons avoir répondu, dans la mesure où nous le pouvions, à des réclamations, souvent très légitimes, toujours très dignes d'attention, et que nous ne saurions sans injustice confondre avec les utopies passionnées qu'on y a mêlées, quelquefois au grand désavantage d'une cause qui est bonne.

Peut-être fera-t-on mieux plus tard*. Vous estimerez qu'on a été aussi loin que le permettaient l'intérêt supérieur de nos établissements, celui de nos élèves, celui même des maitres répétiteurs.

1. La situation des répétiteurs a été détiniliveinent modifiée par les décrets des 28 et 29 août 1891.

L'ENSFJGiNEMENT SECONDAIRE DES JEUNES FILLES

EXTRAITS \)[ RAPPORT Sim LE CONCOURS D'ACRÉGATION DE 1885 '

A- A PKOPOS I) IN srjKT DE COMPOSITION LITTERAIRK

Le sujet, choisi cette année, était celui-ci :

Expliquez, et appliquez à la critique littéraire et à l'enseignement cette pensée de Vauvenargues : « Gest un grand signe de médiocrité de louer tau- Jours modérément. »

En donnant cette matière, le jury a voulu préniunir les aspirantes contre une disposition troj» coumnine à notre temps, même [)armi la jeunesse. On blâme \){us volontiers que Ton n'approuve. Poiu'

1. La série complète des rapports dKugène Manuel sur ce coucours comprend les années IS84-1892 et l'année 1900. Il y faut joindre son rapport sur les épreuves du certificat d'aptitude en 18R3 (voir V Introduction, page xi.ii-xli).

lie parler que des auteurs, on s'évertue à découvrir leurs défauts avant de songer à mettre en lumièrt^ leur mérite. Un esprit de sce]»tieisme littéraire, contre lequel il importe de protéger nos études, tend à dépraver le goût ou, tout au moins, à émousser le sens du beau et à paralyser la faculté (l'admirer. En même temps que les pires écrits, trouvent les lecteurs les j)lus nombreux, les chefsd'œuvre consaci'és excitent moins de transports. Dès qu'il faut employer les formules admiratives, on hésite, on entre en défiance; on a peur de passer pour naïf en s'abandonnant aux plus naturelles émotions; on ne veut paraître dupe ni de son esprit ni de son cœur. Pour n'être point accusés de superstition, des écrivains très distingués, à force de raffiner et de subtiliser, ont gâté leur plaisir et le nôtre. Tout ce qui est médiocre a suivi l'exemple, et ce qui n'était chez les premiers qu'une recherche savante ou un excès de délicatesse est devenu chez les autres une modération tournée en système, aussi pédantesque et insupportable que l'admiration irréfléchie.

Si cette disposition a des inconvénients pour la critique en général , elle est sui'tout regrettable dans l'enseignement. Qui ne sait qu'une observation sévère sur un auteur pousse, chez les jeunes gens, déplus i>rofondes racines ([u'un éloge? Un maître^ spirituellement imi»rudent a vite fait de discréditer le i)lus noble génie. On en arrive à se défendre de l'enthousiasme comme d'un ridicule, et il semble que l'intelligence, le savoir et le goût se mesurent à l'art même de critiquer avec plus de malice.

Pour donner aux études une dui'nble assise, c'est pai- le respect et l'admiration cpi'il faut coni-

l'enseignement secondaire des jeunes filles. i5'3

iiH'rifer. Ce sérail un malheur si cette fausse délicatesse s'introduisait dans l'enseignement des jeunes filles, et si elle gagnait les fennnes. Sans vouloir en aiu-une faeon les priver du gain des solides eonnaissanees, ni leur interdire re champ du raisonnement critique qui précisément a été trop fermé pour elles, nous aimons qu'elles aient le sentiment très vil et très ingénu des beautés littéraires. L'admiration est, dans l'éducation des enfants, un élément de premiei' ordre; il est bon, il est sage d'en confier la garde aux futures mères de famille. I^a morale y trouvera son compte, comme la littérature.

(î'estdans cette pensée que nous avions emprunté !<• mot connu de Yauvenargues.

B. m DÉBIT

C'est peut-être une nouveauté un peu inattendue dans un rapport sur un concours de cette importance, d'insister sur un point aussi spécial que le débit. Nous n'hésitons pourtant pas à revenir sur un sujet où s'est exercée la haute autorité d'un maître dans l'art d'écrire et de lire '. Mais nous ne songeons pas seulement à l'art de lire, où le progrès est notable : nousi'isons aussi l'art même de professer.

Il semble qu'on devrait parler encore mieux qu'on ne lit. et c'est le contraire qui nous a frappés. Les mêmes aspirantes qui lisent bien parlent encore médiocrement ; elles font bien valoir ce qu'elles

I. Ernest Legouvé, /'.I/7 de la lecture. Legouvé était alors direc- U'uv de l'École de Sèvres (voir Iniroduction, page xu).

154 MKLAN(.KS EN VUOSE.

lisent, et ne font pas assez valoir ce qu'elles disent. Le débit, lent et posé tant qu'il s'agit d'un texte, s'altère et se précipite dès que le commentaire commence. On dirait deux personnes, deux voix ditlérentes, dont Tune se possède et se règle, dont l'autre se trouble et s'abandonne. Cette rapidité du débit, toujours préjudiciable à l'intérêt des sujets qu'on traite, nous a paru sensible surtout dans quelques leçons d'histoire ou de morale, débitées sans alinéas, pour ainsi dire, et sans pauses. Tout prenait ainsi la même importance : presque aucun de ces arrêts qui avertissent l'attention ; point de ces répétitions volontaires et calculées, qui doublent la valeur des faits ou des réflexions. Quelques aspirantes, qui savent bien et qui parlent facilement s'expriment encore trop a ite. comme si elles craignaient que la matière de la leçon ne leur échappât. C'est le propre de la mémoire récemment charg'H* d'avoir de ces inquiétudes. 11 semble qu'on prenne, en se hâtant, des précautions contre la fuite des choses. Ce n'est plus une marche régulière, c'est une espèce de poursuite. Nous en arrivions à préférer la lenteur un peu pénible de certaines intelligences en travail, qui dénotait l'effort personnel. Ces esprits plus laborieux se cherchent, mais se trouvent ; cette parole hésitante devient presque un art, et l'emporte parfois sur ime célérité que rien ne d<''concerte.

A une égale distance de cette précipitation et de ce labeur, dans cette variété de voix, dont auelquesunes sont un peu sourdes et voilées, d'autres trop intenses et trop aiguës, d'autres ingrates, mais perfectibles, nous avons eu d'excellentes épreuves et entendu des voix heureusement exercées, du tim-

l'EXSKIONEMENT SECONDAIRK DKS JKUNES FILLES. l55

bre le plus agréable, vraiment conimunicatives. de celles qui saisissent l'attention et ne la laissent plus aller, (i'est un don. &ans doute, mais c'est aussi le produit d'une étude incessante et d'une application bien dirigée, que nous recoinnianderions volontiers à nos jeunes professeurs des lycées et collèges de garçons. On ne pourra jamais assez dire aux maîtres et aux maîtresses qui débutent dans l'enseignement — ou même qui n'en sont plus à leur début — quel rapport étroit lie les choses que l'on dit à la façon de les dire, et combien la parole non seulement importe à la bonne discipline dune classe, mais ajoute à l'intérêt de tout ce qu'on y enseigne. Il y a là des procédés qui varient avec chaque ordre d'enseignement : une leron d'histoire ou de géographie veut un autre ton qu'une leçon de littérature ou de morale ; un exposé suivi se fait autrement qu'un commentaire; il y a un accent pour les faits et les dates. un autre pour les idées et les sentiments. Les femmes ont une souplesse d'organe qui se prête à cette diversité; et plus elles approprieront leur débit aux matières dont elles parlent, plus elles échapperont aux dangers de la déclamation artificielle, contre laquelle nous ne saurions trop les prémunir, et que la plupart savent déjà éviter.

Page 1