C. — DES APTITUDES gÉ.VÉRALES DE l'eSPRIT
des femmes et du niveau nécessaire du concours d'agrégation
Nul doute que l'instruction générale ne doive et ne puisse être, surtout parmi les femmes de la classe moyenne, plus développée qu'elle ne la été jusqu'ici. Il faut fortifier les facultés supérieures de l'esprit.
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au lieu de flatter, avec une complaisance trop exclusive, les goûts subalternes. On ne contestera pas. en tout cas, que les femmes professeurs, dont il s'agit de former le personnel, ne soient tenues de dépasser enfin le niveau placé trop bas par les préjugés ou l'usage. Elles ont prouvé déjà qu'elles étaient très capables d'y réussir, et leurs dispositions surprenantes pour certaines études, comme leur insuffisance relative pour d'autres matières, nous avertissent à la fois, et des qualités qu'il n'est besoin que de cultiver, et des lacunes qu'il est temps de combler.
Ce qui est indéniable chez elles, c'est, avec une volonté que le but surexcite, un rare talent d'assimilation, que les idées abstraites n'effraient pas, et une mémoire qui semble avoir gardé comme des réserves d'intensité. Cette facilité à tout retenir aurait des inconvénients s'il s'agissait de provoquer aux créalions de l'esprit; mais elle se tourne en avantage si 1 on ne considère que la sûreté et la probité des connaissances. Nos aspirantes ne paraissent pas en état de concevoir des doctrines ni de combiner des systèmes; mais nous n'envoyons pas la nécessité, et nous n'en provoquerons pas l'efTort. Il suffit qu'elles puissent devenir d'habiles interprètes de doctrines compriseset d'idées acquises. Ajoutons que cet esprit d'assimilation prend chez elles un caractère spécial, déjà remarqué par les meilleurs observateurs. Elles penseront en femmes les pensées des hommes les plus éminents; elles enseigneront en femmes les doctrines les plus nobles; elles exposeront en femmes les faits d'où les hommes font sortir les grandes vérités générales; elles donneront un sexe aux analyses morales, plus fines et plus ingénieuses : et ce
LENSKIGNEMKNT SECONDAIRK DKS JEUNES l-ILLES. l'OJ
sera là l'originalité et la nouveauté de leur enseignement.
Professer n'est pas créer, cl la valeur des idées qu'on enseigne ne ticnl \y.\s à n^ quelles sont personnelles. Combien de nos maîtres les plus estimables, dans l'Université, ont tiré leur enseignement d'eux-niC'mes? (Combien en peut-on citer qui aient fait autre chose que de bien comnnmiquer les <q)inions reçues et les connaissances admises, de mesurer et d'approprier la science courante à l'inlelligenee de leurs auditeurs? Ce n'est pas dans une chaire de lycée, c'est ailleurs que l'on cherche et que l'on invente; et ce qu'on fait passer pour un état d'infériorité chez la femme n'est pas une exception chez l'honmie même. Trouverdans un enseignement la marque personnelle sera toujours i-are des deux côtés. L'essentiel n'est pas de beaucoup inventer, mais de bien choisir. Quant à la personnalité, c'est dans la méthode, dans la mise en anu re, dans la conviction qui s'impose, enfin dans le ton et dans la parole expressive, c'est-à-dire en somme dans le talent professionnel, qu'on la retrouvera. Il ne faut donc pas s'inquiéter d'un progrès où tout maintiendra les femmes dans les conditions modestes du professorat. On ne doit voir ici qu'une nouvelle et utile carrière ouverte aux plus intclligentts, aux plus laborieuses et aux plus distinguées.
Nous avons encon; entendu exprimer deux craintes : en premier lieu, que nos concours ne fissent, disons le mot. des pédantes; en second lieu, qu'un niveau d'études et d'épreuves trop uniforme ne fit lort aux qualités natives de nos agrégées, en les façonnant toutes sur un même patron.
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par (les procrdés semblables et des programmes identiques.
Si le pédant pénétré de son importance est une espèce à peu près perdue de|)uis que les maîtres de lajemiesse. déplus en plus nombreux, sont plus mêlés à la vie extérieure et aussi plus réellement instruits, il ne paraît pas que le i)éilanlisine tende à passer du côté des femmes. Ni ces jeunes lîlles, d'une tenue si discrète, ni ces institutrices si convaincues, mais d'un tour d'esprit si naturel, ne nous ont inspiré la moindre apprélicnsion à cet 'égard. La prétention de savoir ne survit guère aujourd'hui au découragement de ne pas savoir davantage et à la certitude qu'on ignorera toujours beaucoup de choses. Si le danger devait se produire, nous y veillerions de notre mieux.
Quanta l'uniformité ([u'on redoute, qui aurait pu en trouver trace après avoir assisté à nos épreuves orales? Nous avons entendu une trentaine de concurrentes : nous n'en avons pas rencontré deux qui fussent semblables. La même culture avait produit des fruits très différents. Nous avons retrouvé, pour des exercices pareils, les naturels tristes ou gais, |)rompts ou lents, confiants ou timides, expansifs ou concentrés. Pour le fond des choses, mêmes différences : les nuances les plus variées de la parole correspondaient à des tours d'esprit qu'on ne i)ouvait confondre. Même l'Ecole de Sèvres, avec sa directi(m si égale et si méthodique, a pu fortifier les intelligences, mais n'a pas changé les tempéraments. C'est qu'il est plus difficile qu'on ne croit dappli- <|uer un niveau. Les bons esprits surtout ont une résistance et une élasticité propres dont l'instruction l'éducation ne triomphent aisément. Pour être
i/hnseignemenï secondairk des jeunes filles. ID9
mieux instruites. les leiniues ^ai-deront leur originalité et ne cesseront pas dètre diverses entre elles...
l^n résumé, ces examens, même avec l<Mn\s lacunes passaj^ères et les imperfections inhérentes à tous les ccmcours. ont inau<;iiré une chose j:frande et considérable. Kn fixant. [)ai- le prolessorat. le point culminant de la cidture intellectuelle et morale des femmes, on aura ori;anis('' une force édu«-ative de premier ordre, mieux déllnie. plus rijçoureusement contrôlée, qui les associei-a plus étroitement au proii^rès général et aux destinc'-es de la pairie. i)uip- (|u"elles développeront, à leni* tour, parmi les générations nouvelles, di's ipialités d'esprit qui n'étaiiMit que le privilège d'une minorité délite; l'homme, par la mère et la sœur, en aura le bénéfice final. Nous ne pensons pas èti*e trop ambitieux, en attribuant à nos concours, comme on la dit ailleurs * des lycées mC'mes de jeunes lilles. « cette portée sociale en même temps que cette valeur scolaire ».
i:\THA lïS Dr RAi»POHT Sim I.K CONCOURS D'ACiRECATION DE iS91
A. — A PROPOS UE l'explication des textes'
Depuis l'origine de nos concours, il n'est point d'épreuve où les progrès aient été plus marqués que dans l'explication des textes français.
1. M. Zévort, directeur (le renseignement secoiulaire, à l'inauguration (6 septembre 1885) du lycée de jeunes filles du HAvre.
2. Épreiive orale dont la durée est d'une deiiii-lienre pour chaque aspirante.
Khj mklangks kn prose.
Nous avons obtenu qu'on abordât directemenl les textes, au lieu de se jeter dabord à côté, sur l;i bioofra]»liie. sur l'histoire, sur les idées générales, comme pour échapper à la difficulté de comprendre et d'expliquer le morceau uu'me. ou pour en retarder l'obligation. Nous avons obtenu, d'autre part, qu'en abordant les textes mômes, on ne .s'en tint pas au mot. à l'étude stéril<> du vocabulaire, ou à la graunnaire et à la syntaxe : mais qu'on recherchai toujours les choses sous les mots ; qu'on s'empara l d'abord des idées, en les dégageant, en les rangeant, en les subordonnant les unes aux autres ; qu'on fit bien voir enfin que la jjensée. par rapport au style, est la sève même, devenant tige, feuilles, fleurs et fruits.
Nous voudrions qu'on allât plus loin. On saisi! assez bien les détails d'un texte ; on retrouve la suite des idées pai'ticulières : l'imsemble échapjte encore ; le jioint de départ, l'iilée génératrice, la source première du développement restent dans l'ombre. La logique des pensées et des sentiments n'est pas mise en suffisante lumière. Surtout, on ne paraît pas remarquer que cette production des idées varie selon les ouvrages et d'auteur à auteur, que les procédés, disons mieux, les opérations diilèrent chez le prosateur ou chez le poète, et que 1 on n"a bien pénétré dans le génie d'un écrivain i[ue lorsqu'on a su, à l'occasion d'un texte déterminé, arracher à l'artiste quelques-uns des secrets de son merveilleux travail.
Certains morceaux ont. d'autre part, pour obj(ît de nous faire apprécier surtout l'instruction grammaticale de nos aspirantes et la connaissance qu'elles ont de la langue française à ses diverses époques.