I.KNSEIGNEMENT SKCONF>AIRK DIS .IKUNES IILI.KS. iGl
On a ])arrois aluisr »1«' la liii<;;iiistiqHO. et nous l'avons (Irplori'. Il y a là une ([uostion i\e mesure, (le taet et d'à proj)os. Néanmoins, la lanji^ue du xvr siècle, dont ])hisi(Mn's beaux moi-ceaux servaient tie iMatière à re\j)liration, ne nous a point jiai'u assez connue ; Ronsard. d'Auhij^né et Montaigne méritaient une étudeet une ppi'pai-ation plus ri<^ou reuses. On se tire assez bien de la laiii^uc du xvii'' et du xviir siècle ; celle du xix'' déconcerte encore. nu''me dans ses plus ji^randes beautés : on ne sent assez vivement ni ses liardiesses, ni son ori|^inalité j)ropre. Parler froidement ou avec «Mubai'i'as «l'Alfred <le Vijjfiiy. de Lamartin»' ou de \'ictor Hugo est déjà un tort ; c'en est ini plus grave de ne pas comprendre leiu" originalité et de se tromper sur la «pialité de leur style.
Nous ne permettons pas <pu' les digressions de l'histoire littéraire se substituent à l'examen des textes : mais nous ne songeons pas à suppi'imer les comparaisons et les souvenii's. Or. ce cpii laisse peut-être le plus à désirer, c'est la jirésence d'esprit, servie par d'hem-euses lectures et une mémoire bien meublée, qui permettrait aux aspirantes de rappeler quelquefois, à l'occasion d'un texte, les passages d'auteurs propres à intéresser les élèves et à étendre leur intelligence. Il y a des beautés oratoires ou poétiques, des œuvi-es même tout entières qui ont leui" filiation et leur histoire. (Certains textes en réveillent d'autres ; il y a. dans la littérature, des reflets, des échos. Il n'est ])as i)ermis d'ignorer les parentés illusti'cs. lesrappoi'ts |>rochains ou éloignés, les origines...
Uneaspirante avaitàcomnu'nter. dans Télérnaque. une page admirable, mais toute grecque, du récit de
l&J. MKLANGKS KN PKOSE
PhiloctMe. Elle n';i pas eu un souvenir [xmr le Fhiloctèle de Soi»hock'. soit qu'elle i*ijnoi*àt ce que Fénelon devait à l'antique tragédie, soit <[ue l'idé»' ne lui soit pas venue d"en parler : l'un ne serait i-uère plus excusable que lautre.
N'exagérons rien : ces rapprochements ne sont pas indispensables à l'étude ei-itique d'un texte. On peuf nu)nti'er d'autres qualités, et qui priment la mémoire. Mais autant il serait i)arl*ois puéril, insupportable, et même injuste, de se ])réoecuper sans cesse des choses déjà dites et de voir })artout des imitateurs ou des plagiaires, autant ilim]»orte à la juste appréciation des œuvres de lesprit de remonter, s'il y a lieu, le cours des âges et de signalei" les fécondes et h<Mireuses transmissions de la pensée ou du sentijuent. qui. en éclairant les lois de l'esprit, consacrent limité du génie humain. C'est toujours le (lambeau de Lucrèce : il ne laut pas c[u'on l'éteigne.
B. — A PROPOS DK l'épkelvj-; ok moralk*
Le résultat auquel nous visons ici est si important et si malaisé peut-être à définir, qu'on nous pardonnera d'y insister. Il ue manque pas de maîtres autorisés en ces matières qui préféreraient à nos questions, présentées sous la forme de problèmes qu'il faut résoudre, et qu'ils estiment trop vagues ou
l. Épieuvp orale. Elle consiste eu une leçon d'une deniiliuure environ. — Il importe de dire que, pour rédiger le déve loppement qu'on va lire, Eugène Manuel, président du jury, a dû s'inspirer du rapport particulier de celui de ses collaltorateurs (jui était jdus spécialement cliargé de juger l'épreuve de morale. C'était, en I8'.H. M. Darln. aujourd'hui inspecteur général de riiislrui-fioii |)uhlique.
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trop profondes, de simples questions de cours, traitées dans tous les précis de philosophie et de morale, et que l'aspirante se serait exercée d'avance à exposer couramment, comme on récite une leçon bien apprise. C'est cela même que nous redoutons le plus. Nous n'avons pas à nous préoccuper de savoir si le sujet donné surprend le théoricien attaché à ses cadres et à ses formules, le spécialiste fidèle à la technique de sa science, et, si nos aspirantes nous venaient dire : « On ne nous a pas appris ces choses, ou, du moins, nous ne les reconnaissons pas sous cette forme », nous aurions précisément atteint notre but.
Car enfin, ce que nous souhaitons par-dessus tout dans un concours de cet ordre, ce n'est pas qu'une écolière intelligente et alerte fasse preuve de mémoire, mais que le sujet donne à penser à une femme, — professeur ou femme du monde. — pour peu qu'elle eiit la sérieuse curiosité des grands problèmes de la vie morale, qui ne se sont jamais plus impérieusement posés que de nos jours. Nous voulons savoir si les idées qu'éveillent ces problèmes trouvent un écho dans le cœur de l'institutrice chargée de parler elle-même à des jeunes filles du monde ; nous voulons savoir si la culture morale qu'elle a cherchée dans de longues études est autre chose qu'un vernis léger de science philosophique, et si, en lui livrant l'àme de nos filles, nous ne les accoutumons pas à un pur verbiage, à moins de les exposeï* à de dangereuses expériences. Le plus grave effet de ces préparations tout en surface ou de ces solutions de hasard, c'est que les femmes manipulent les idées avec imprudence et témérité, comme si on les laissait à ellesmêmes dans un laboratoire de chimie : on craint les
îiccidents. Nous ne prétendons pas obtenir l'orig-inalité. la personnalité véritable • de combien de professeurs de philosophie hommes oserions-nous Tespérer? II y faut, d'ailleurs, l'â^^e, la pratique de la vie, l'expérience, dont nous reconnaissons les effets chez quelques-unes de nos aspirantes, qui ont pour elles la maturité ; mais nous avons le droit de nous assurer toujours, par les moyens que nous jug^eons les meilleurs, que l'on comprend bien ce dont ou parle, qu'il y a eu assimilation réelle, et non apparente, et nous attendons l'accent personnel dans Timpersonnalité de la doctrine. C'est là que les problèmes posés par nous sont d'un bien autre secours que ne seraient des ([uestions découpées dans un précis et empruntées même à un excellent maître.
Prenons quelques-uns de nos textes pour exemples.
G est d'abord un mot de Pascal : « Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie. » En demandant à laspiranle de commenter ces paroles, nous ne voulions point savoir si elle connaissait la vie de Pascal, ou l'histoire des Pensées, ou la doctrine de la Grâce, mais si elle est sensible à ce gémissement d'une àme inquiète, si elle a rêvé quelquefois elle-même à la destinée de la créature humaine sous les profondeurs de ce ciel étoile où la science a fait le vide; si elle a compris ce que signifiait cet effroi de Pascal devant le silence infini de l'univers, et qu'il faut rentrer en soi-même pour y trouver, dans ces autres profondeurs de la conscience, ce que le monde muet ne donne pas, ce que l'âme lui voudrait arracher eu vain dans sa détresse.
Et maintenant si, à propos d'une autre question, on veut nous parler de la doctrine de la Grâce, nous