LA JEUNESSE — LECOLE NORMALE
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Peu d'hommes, s'ils en av;iient le loisir et le g'oftt, auraient autant à raconter que les médecins. C'est dans leurs récits qu'on retrouverait, à côté de quel- <jues joies vives, les plus grandes tristesses de la vie, puisque ce sont trop souvent ou les tristesses mêmes de la mort, ou les angoisses de la maladie. Tout le reste est peu de chose auprès de l'éternel mystère. Le médecin est le romancier de l'irréparable.
Qui saura jamais les scènes auxquelles il assiste, les confidences qu'il reçoit ou les secrets qu'il devine ? L'homme de loi ne pénètre pas plus avant dans la conscience des familles. La loi de notre destinée est la plus dure de toutes. Elle a d inexplicables injustices, dont le juge lui-même est déconcerté. Seul, le
1. Rente de famille. 1" (lécenil)re isss. I^ugène Manuel avait fai( précéder ce titre, /p Ménmje f.niirrnt (riiii antre titre plus général. .Souvenirs d'un médecin. FI pnrait eu effet certain, comme il le (lit lui-môiue dans son piéamljule, qu'il mettait en scène, dans celte toui-liaule nouvelle, une histoire qu'il tenait de son père. Dans quelle mesure y a-t-il ajouté ou en a-t-il modifié les <létails? Nous ne sommes pas en état »le le dire.
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prêtre, quand il est de la maison ou qu'on l'y appelle, est un confident plus intime et plus impérieux. Mais que d'âmes lui échappent, et des plus troublées ! Et combien sa clairvoyance peut être en défaut ! D'ailleurs, le prêtre se tait
Dans bien des cas, le médecin est tenu au même silence. Cependant cette discrétion professionnelle ne s'impose pas toujours : on peut ouvrir le livre à bien des pages. Tout n'est pas drame intime ni secrète douleur. Observateur et moraliste, peintre à sa manière, le médecin devient aisément un conteur souriant ou grave, capable de nous distraire sans scandale, et de nous émouvoir sans horreur. On le verra bien par le récit que je vais faire.
Mais jaurais dû commencer par vous dire que mon père était médecin à Paris, et attaché à un comité de bienfaisance. Il visitait surtout les pauvres : c'état le plus clair de sa clientèle. Nous habitions, au Marais, la rue Gulture-Sainte-Gatherine, dont on a du changer le nom ^ . Ceux qui survivent de mes amis de jeunesse s'en souviennent peut-être encore.
Bien que l'excellent homme fut taciturne d'ordinaire, et volontiers confiné en lui-même, n'aimant pas à entretenir sa femme et ses enfants de tant de préoccupations journalières, qui, de bonne heure, avaient blanchi sa tête, il lui arrivait pourtant de rompre ce silence sous le coup d'une impression vive, de nous conduire où il avait été, de nous dire ce qu'il avait vu, d'esquisser pour nous de vivants portraits, de nous raconter quelques histoires II en est plusieurs qui m'ont laissé leur durable souvenir.
l. KUe s'appelle aujourd'hui rue Sévigné.