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habitude de l'analyse pour se rendre compte de ce que supprime l'absence de tout un ordre de sensations, et de la place (pie chaque sens occupe dans l'ensemble des relations journalières avec le monde extérieur. L'idée de leur infirmité ne me quittait pas.
Notre professeur de philosophie, au collège Gharlemagne. était alors M. Adolphe Franck *, qui est devenu depuis un maître et uu moraliste renommé, et qu'il nous est donné d'entendre encore aujourd'hui, car il ne ménage pas plus qu'alors les beaux sentiments et les vérités éloquentes. Je crois même qu'il s'est occupé des sourds-muets, et qu'il a été naguère membre du conseil dadmmistration de l'Institution de la rue Saint-Jacques. Mais à l'époque dont je parle il nous enseignait modestement une bonne et saine philosophie spiritualiste, qui, sans prétendre tout résoudre, faisait mieux les affaires de notre conscience que le pessimisme aujourd hui à la mode.
Nous en étions précisément à la Logique et aux lois du langage, et ce ménage de sourds-muets semblait être venu à point pour commenter l'obscur problème qui, les circonstances aidant, me passionnait. Je dissertais à perte de vue sur le langage naturel et le langage artificiel, sur les signes et la diversité des langues, sur les rapports de la parole et de la pensée, enfin sur cette question de l'origine du langage, qui en est restée pour moi — et peut-être pour d'autres — à peu près au point où ma jeunesse l'avait laissée.
Mais ce n'est pas là l'objet de mon récit, et je continue.