I. Voir Introdurtion, paf^es xi xii
Ce soir-là, bien avant dans la veillée, on disenta longuement, et les noms finalement choisis — huit, pas davantage — furent ceux de Lamartine, de Chateaubriand, de Béranger, de Lamennais, de Victor Hugo. deThiers,de Miclielet. de Quinet. Je rappelle que nous étions à la fin de i845.
Restait à savoir qui porterait les cartes de l'École. On s'en rapportait au sort, à raison de deux élèves pour chaque carte. Par une laveur dont je suis encore reconnaissant envers le hasard, ce fut Chateaubriand qui m'échut. C'était alors mettre dans le mille. Mon camarade Henri Tremblay ^ m'était adjoint. J'oublie de dire que si. le plus souvent, on se contentait d'aller déposer le bout de carton aux mains d'un domestique ou d'une servante, sans oser dépasser le vestibule, il y avait des hardis et des téméraires, qui comptaient bien aller plus loin. Ou demanderait à être reçu, on verrait peut-être, on entendrait le grand homme ou l'écrivain populaire, on aurait pour plus tard un précieux souvenir. Chaque année, quelques-uns de nos camarades risquaient une de ces expéditions, et notre curiosité, au retour, ne les tenait quittes d'aucun détail. C'était l'entretien de toute une semaine. « Michelet nous a gardés près d'une heui-e et nous a parlé des jésuites. » — « Cousin nous a emmenés au Luxembourg, où nous avons eu peine à suivre ses grandes enjambées. » — «Béranger nous a parlé de la jeunesse de i83o et des fautes de ses amis au pouvoir. » Nos aines nous rappelaient que Victor Hugo était venu lid-mêrae. quelques années auparavant, rendre sa visite à l'École, et que ceux qui s'empressaient autour de
1. Mort en 1800, prolesseui' de jluHorique au lycée ilOrléans.