‹ Mélanges en proseChapitre 95 sur 106 · MUSIQUE ET MUSICIENS · texte numérisé non relu

MUSIQUE ET MUSICIENS

SOUVKMIJS DK LA VIKII.LE ÉCOLE NORMALE*

Il ne sagit pas ici des beaux concerts destinés longtemps à alimenter la Caisse de secours et de bienfaisance de l'Ecole, et qui i)i'écédèrent jusquen 1888, les bals si heureusement institués pour le même objet. Ces concerts, où les artistes les plus renommés, les comédiens les plus aimés du public tenaient à honneur de se l'aire entendre, appartiennent, comme nos bals, à l'histoire de la charité et de la solidarité à l'Ecole normale, et cette touchante histoire n'est pas près d'être close. Les souvenirs que je vais réveiller sont plus anciens et plus modestes. C'est une pagje oubliée de l'histoire anecdotique de l'Ecole que je voudrais essayer d'écrire, avec des notes bien incomplètes et des renseignements bien insuffisants, je l'avoue ; mais combien poui*raient parler.parmi noscamarades, deceux qui ont vu ces temps lointains où nous logions encore dans les vieux bâtiments de la rue Saint- Jacques ? Où sont-ils, pour la plupart, les témoins de ces âges préhistoriques? Combien survivent, de ceux qu'on pourrait utilement interroger? Laissez-moi vous entretenir, comme

I. On sait que l'École Normale, établie d'abord dans les bâtiments de l'ancien collège du l'iessis, qui dépendaient du collège Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques, ne fut transportée rue d Ulm qu'en 18 i7. L'article qu'on va lire a été écrit pour le recueil publi; par la librairie Hachette, en 189o, le Centenaire de l'École Vormale.

j<* ]>oui'i'ai. »lcs concerts intimes et domestiques qui eurent lieu, quelques années seulement, durant certains longs soirs d'hiver, et dont nos camarades musiciens faisaient seuls les irais, sans autres auditeurs que nous-mêmes, et quelquefois nos chefs, parinvitation spéciale. C'est de i843 à 1846 ou 1847 que ces concerts à huis clos eurent lieu, non pas même régulièrement, mais selon les ressources musicales que le personnel des élèves pouvait fournir. Avant comme après cett<* époque. l'Ecole a evi ses musiciens, ses virtuoses s<dit<iires ou groupés <h'u\ à deux, des instrumentistes surtout, amateurs passionnés, qui. dans l'École même ou au dehors, donnaient satisfaction à leur goût favori. Ils y consacraient leurs loisirs, ils y (Mn|)loyaient leurs économies. On avait, aux sorties du soir, les Italiens (quelles jouissances, aujotird'hui pei"dues') et, le dimanche, le Conservatoii-e ; à l'intérieur, un jàano, dissimulé dans le coin d'iuie étu<le. un violon ou une flûte au fond du dortoir : mais jKjint d'exécution d'ensemble. [)oint d'auditeurs convoqués, point de Société de concerts organis<''e ; des vocations isolées, s'exerçant aux jours de sortie ou aux récréations, et dont le souvenir presque légendaire s'est conservé chez les rares contemporains. Faut-il remonter jusqu'à Delcasso, bon musicien dès l'Ecole, en i8i5. et qui, devenu plus tard recteur à Strasbourg 1. publia, à l'usage des sociétés chorales, des chants populaires dont il adaptait la musique connue à des vers de lui, ce qui gâtait un peu sa louable tentative ? Louis Quicherat aussi, dès 1819. préludait à la critique musicale où il se lit remarquer.

J. I) <-st morl ca 1887.

MLSH^L'K ET MUSICIENS. ja ]

<'t se invpaniit à l'aniitir «lu grand chanteur Nourrit •. en s'occupant. à TEcoU'. dv llu'-orics nnisicalcs rt en exécutant poui- quelques camarades les <puvres «les maitiH's «lalors. Notre vénéral>l<« M. AVallon pourrait nous rajipeler les duos (pfil exécutait, un jK'U plus lanl. avec le niatliématicien Aimé 3. pianist<* lialnle. tandis (pie lui-même montrait un tiilent «les plus distingués sur la hasse. J"en omets ou j'en ignore beaucoup tlautres : mais comment oublier Lort|uet. lancien secrétaire d«* la Faculté des lettres*, musicien ar«lent. pianiste endiablé, «'xécutant de première foi'ce. pour «lui Bach. Ila-ndel et Beethoven n'avaient «les loi'S j>oint de secrets, «'t dont le piano ébranlait les mui*s lézanléset h's planchei*s disjoints «lu bâtiment «le la rue Saint-Jaccpies ? Il avait découvert «lans l'Ecole un violon et un llùtiste. à qui l'on me colite qu'il i-'endait la vie tlui-e. En i835. c'était Daguin. le jdiysicien '. viohtniste exercé et. comme (^uicheral. théoricien savant de la musique, dans une voie où Vincent les avait tous deux devancés^.

En m'excusant «h' ne ])as tout dire ou tout savoir, j'ai hâte d'arriver à l'âge héroïque où chaque section. lettres ou sciences, semblait compter autant d'amateurs fanatiques que «l'élèv«'s. et où les musiciens

1. Louis Unii-hcral. membre de l'Académie des Insciiptions et Belles-Lettres, est mort eii lS8i. Il avait, rntre autres travaux, [)ultlié, en 186". un<^ bio?:i"ai)hie d'Adolphe Nourrit.

i. Voir la note de la pape 2'V't.

3. Aimé, delà m<'me promoliori que Wallon il831), est mort en

i. Voir la noie de la page 2(J.'i.

.'». Daguin. «le la promotion lie ISCÎîi, professeur à la Faculté des sciences de Ti>ulous<', est mort en 1884.

6. Vincent, malliématicien ri savant musicographe, de la promotion de ISUi. mort i-n istis. II était membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-I.etires.

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cxéciitiints no se comptaient ])lus. C'était Jacques, Tall^ert, liarni. Despois, de Tastes. Bacli(!let. et bien (Vautres ; c'était Didier, d'une assez belle Ibrce sur le violon; c'était Rigault. Riquier,Verdet,I3eaujean'; je les cite un peu sans ordre. Plusieurs de ceux-là s'associèrent plus tard pour avoir, aux Italiens et au Conservatoire, leui- loge et leur enthousiasme à l'année. On m'a rapporté qu'à l'École même ils discutaient à perte de vue sur les musiques italienne, allemande, française et sur les mérites des incomparables chanteurs d'alors, Rubini. Lablache, Nourrit. Levasseur. Dupré. M"'^ Sontag, Grisi, Falcon. Damoreau. Avec quel l'eu Rigault m'en parlait encore, à l'époque où je l'ai le mieux connu! EtVerdet! quel appréciateur délicat des beautés musicales ! Avec quelle compétence il admirait les maîtres ! Croit-on qu'en ces matières il n'y ait de passion dépensée que dejmis Wagner ? Il est vrai qu'en ces temps oubliés on acce[)tait Auber. on exaltait Rossini, on adorait Mozart, on ne méprisait ni Halévy. ni Donizetti, on respectait Meyerbeer, et l'on com-

i. Sur Barni 'promotion de 18'J7), voir La note de la page 81. Jacques ipiomolion de 18 '2', ancien professeur de philosophie au lycée Louis-le-Grand et à l'École Normale, est mort directeur du collège de Buenos-Ayres en 1805. Talbert (1833), qui fut directeur du collège llollin, est mort en 1882 : Eugène Manuel lui a consacré une no ice dans lAnmiaire de t Association des anciens élèves de l'École \onnnle. Despois (1838 , l'édileur du Molière de la col-^ lection des Grands Ecrirains de la France, est mort en 18G7. De Tastes (1840/ est mort en 1886, professeur honoraire du lycée de Tours; Baclielet i I8'i0^ en 1870, professeur honoraire du lycée de Rouen. Didier rl83'.t) est mort en 1870, professeur de rhétorique au lycée Henri lY, lUgault il8il:i, le fin chroniqueur du Journal des Débats, en 1808. lliquier {1841/ est mort en 1887, proviseur lionoraire du lycée de Limoges; Verdel (18i2 , en 1860, maître de conférences de [ihysique à l'École Normale; Beaujean (1841), inspecteur d'Académie à Paris, en 1888.

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