MUSIQUE KT MUSICIENS
livait (l'im coui) do jduiiic spirituel. On accoi-dii le vioux piano l'èlé. lig-nea inities, anuinr l'un de nous. t|ui on rougit onooro. l'avait ap|tol(''. dans un«' })ioco. t\o vor.s latins sur nos cfuicorts. i-omiso au torril)le latinisto INI. Gibon*. « G"osl d'inio Inu-lio (pu' vous parlez? » dit-il do co ton dr railloi'io l'roido (|uinous déconcertait; et il ajoutait : « (Test peut-être une voie do bois ? » Poui'iju«)i ces vieilles histoires ino reviennont-olles ? Jeunes gens, vousaui'o/. les v<">ti'os aussi, qui peut-être ne vaudront ji^uère mieux !
Les ré[)étitions allèrent bon train dès la roiitré<\ lloulé se multipliait. Ducliesne répélail son solo de llùte ; Boissier. qui no ménag-eail ni son activité ni sa belle humour, d'une voix Iraicho et agile dont on retrouverait mieux que les restes, après bieiil<">l un demi-siècle, chantait la sérénade i\c Don Pasqiiale: « Nuit étoilée, astre aux rayons (t'argent ! » et la baUado de Zarnpa: « Belle coininc à s'eiz" ans. Alice (tans Florence... » Une auti'o lois, c'était le grand air do Josepli, ou le dm» i\r La Facorifc avec Hatzleld. Ce dernier trionq>hait dans le récitatif et le chant de guerre do Judas MacchaJ>éc : « Chantons idctoire ! » que reprenai(M«t on chœur Duvoi'noy. Tivior. Tremblay, Guignault. lîressant. Houël. Lanzi '. et j'en passe ! La i>rièro de Moïse et colle {\i' La Muette étaient aussi hu-t ap[>réciées. On reconnaît à tous ces choix le rép(M't(»ire oi-dinaii'o de
1. Ancien élève (promotion ilc ISKli el inaitrc de coMtérences h IKcoJc Normale. Mort en iSo'.t.
2. Sur Lanzi, voir page 201, iiolo i. Duvcrnoy promotion de 18ii) est mort en 190i, prolessour lionoiaire ilii lycée de Nancy. Guignault (iSii) est mort peu di- temps apiès sa sortie de IM-lcole Normale, membre de l'Kcole française d'Alliènes, m iy.'i2. Dressant {1843), professeur au lycée Louis-le-fîrand. est mort eu 1880; Houël, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, en 1880
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r époque et le goût du temps. La Marseillaise n'était pas de mode.
Par un samedi brumeux de novembre. — je n'en ai pas retrouvé la date. — le premier concert de l'année eut lieu avec une certaine solennité. C'était au fond de la longue cour, aurez-de-chaussée, dans la salle des conférences de la seconde année, dont on avait déplacé les tables et rangé les bancs. On avait attaché au plafond tous les quinquets disponibles. Devant le piano, des chaises avaient été disposées pour les autorités invitées. M. Dubois, notre directeur, n'avait pu venir cette fois ; mais tous nos maîtres surveillants étaient là, Hébert. Alluard.Waddington-Kastus. Cartelier^; et lorsque entra dans la salle notre excellent directeur des études. M. Vacherot, qui. Dieu merci, peut s'en souvenir encore 2. tout le chœur entonna : « Oii peuton être mieux quau sein de sa famille? » Et M. Vacherot. souriant, mais sincèrement ému. répondait : « Merci, mes amis, merci ! C'est très bien... c'est très bien!... » Et tout cela, je vous l'assure, n'était nullement plaisant ni ridicule, mais très simpk^. très naïf et très bon enfant.
Après le chonir, et quand cliacun eut pris sa place, le brave Lanzi, notre im[)resario. en tenue de sortie. s'avança devant le piano, nu papier à la main.
1. Sur Dubois, voir page 210, noto 1. Hébert (promotion île 1833), membre tle l'Académie des seieuccs, est mort en 1890. Cartelier (1832) est mort en 18."J.">, professeur au lycée Henri IV. M. Alluard (183<)) est doyen bonoraire de la Faculté des sciences <le ClermontiM. Waddington-tiastus (1838), professeur honoraire lie philosophie à la Sorhonne, est membre de l'Académie des sciences morales et politiques.
2. Vacherot (promotion de 1827), membre de l'Académie des sciences morales et politiques, deAait mourir deux ans après les fêtes du centenaire de l'École, en IS97.
ML'SI(,>LK KT .MUSICIENS. 'llij)
Cï'étuit un Prologue «l'ouverture, écrit en v<'rs qui portaient bien leur dale. et que l'auteur (à quoi bon le nommer ?) n'avait [)as eu le courage de débiter lui-même. Dissimulé dcM-rière un pilier, comme un coupable, il regrettait son audace, et en redoutait les ellets. Cette impi-ovisation [)lus ou moins poéti- ([ue. griflonnée de la v<Mlle, et dont notr<' camarade ne garda point copie. Ijersot en retrouva le manuscrit, après 18-0. un jour qu'il renmail. comme directeur de l'Ecole '. de vieilles pa|)erasses, autrement dit Archives, et il eut l'idée d'en donner communication à l'auteur, à titre de curiosité rétrospective : assurément c'en est une. même ])our celui (fui en avait perdu le souvenir !
Je vois encore Lanzi ; je l'entends, de sa voix chaude de Corse, un peu voilée, dire, en apaisant du geste un murmure approbateur :
Messieurs, deux mots ! De grâce, un instant de silence I Leur voix, après la mienne, aura plus de douceur, •le désire avec vous, avant qu'on ne commence, Causer — comme un ami, non comme un régisseur. L'an passé (pour nous tous ce souvenir est triste), — Les vieux murs de l'École, égayés autrefois. Faute d'un violon, d'un chanteur, d'un artiste, D'un Riquier, d'un Monvel, d'un lligault, de tous trois, Ont dormi trop longtemps sans échos et sans voix. Et nous le regrettions ! Car c'est chose divine Quand l'art prend sa revanche en ce grave séjour. Il est si bon, après le long travail du jour,
D'entonner à pleine poitrine Quelque beau chant d'église, ou de guerre, ou d'amour, De bercer son loisir dans un rêve souDre, De faire succéder, durant les froids hivers,
1. Mort à ri\cole en is.sd. Mcinlwe de rAcadéniic des sciences morales et politiques.
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A Virgile si doux Mozarl plus doux encore, Et la Muse des chants à la Muse des vers ! Aussi par des cliansons brusquement suspendues Que de fois en riant nous ])ravions le devoir ! Et, dès qu'avec la nuit sur ce bâtiment noir
Les ombres s'étaient répandues, Ou surprenait dans l'air mille notes perdues, Concerts disséminés à tous les vents du soirl Ici plus de remords : cette fête est légale ; Rt, sous Vœ'û paternel qui sourit à nos jeux, Nous pouvons, à loisir, de l'onde musicale
Épancher les flots orageux !
Chantons, amis, chantons ! Tout, tout est harmonie, Depuis le faible son qui bégaie en mes vers Jusqu'à cette musique éternelle, infinie, Qui roule avec l'étoile au train de l'Univers I Chantons ! Le monde entier qu'elle emplit et pénètre. Soumis à l'harmonie, a ,reconnu sa loi ; Elle unit l'âme à l'âme, elle joint l'être à l'être, Et la terre et le ciel s'accordent à sa voix. Elle trace aux soleils les routes qu'ils [vont prendre, Quand Dieu les a lancés de sa puissante main ; Aux mystiques accords que l'éther fait entendre. Les mondes égarés retrouvent leur chemin. C'est elle dans les bois qui gémit et soupire, Elle qui dans les airs mugit avec les vents, Qui coule avec les flots, chante avec le zéphyre. Pleure avec les vieillards, rit avec les enfants !
Amis, vous m'arrêtez !... Après cette préface,
Ne faut-il pas ravir vos sens f Pythagore lui-même, ému de nos accents
Aurait-il béni notre audace Et protégé là-haut nos concerts renaissants ? Hélas ! Détrompez-vous : nous sommes peu de chose. Et je devrais parler sur un ton moins altier :
Le moins novice à ce métier
Succombe au fardeau qu'il s'impose ; « Chacun en a sa part, et tous l'ont tout entier ! » Nos chanteurs inquiets n'ont qu'un faible murmure;
Ils pratiquent en étrangers
La roulade et la fioriture :
MUSM.)UE ET Ml SKIE.NS. ÏU
Uarylniis ou lénors légers -Ne doivent rien à l'art. - t;t guère ù la nature ! Sans peine vous sauriez où diriger vos coups : Nous le savons, et inienx (jue vous !
Et c'est pourquoi je vous demande (Tant notre défiance est grande) D'être Ifénins, d'être indulgents A tous ces braves jeunes gens.
Kxcusez-nous, Messieurs, mais vous surtout, n .Maîtres, Oui pourriez nous juger itnperfinents et traîtres, De travestir ainsi, sans liontc; ni remords !
Au nom de la méloinanie.
Vos chants harmonieux, miracles du génie. Qui jusqu'en leurs lotnbeaux ranimeraient les morts! Rossini. Meyerbeer. Ilérold, chantres sublimes, Kubini, Malibran, gosiers mélodieux, Oignes .seuls de parler la langue de ces dieux. De vos temples et de aos cimes, D'où vous rayonnez triomphants.
Pardonnez à ces grands enfants, Plus imprudents que les Pygmées, De toucher à vos renommées !
Oui, bien présomptueux, dans ce réduit obscur D'ensevelir ces chants nés pour le clair azur ! Pourtant nous les sentons, et c'est là notre excuse : Car nous savons vouer un culte à toute Muse Kt nos cœurs, je le jure, ont souvent palpité
A vos accents où court la flamme !
La voix nous manque, et non pas l'àme, Kt l'on a bien compris, quand on a mal chanté. Nos instincts sont profonds, si nos forces sont nulles : ^'ous souffrons toutes vos douleurs.
Et nos voix, même ridicules, Voudraient pleurer aussi, quand vos chants ont des pleurs. Aussi vous le voyez. Messieurs, la tâche est rude : Vyez pour nos efforts quelque sollicitude ; Nous semons au hasard dans le champ musical ;
Montrez le sourire amical :
Et que ces murs fumeux, ces piliers, cette voûte, Dans un an pour toujours abandonnés sans doute, Avant de faire place à des hôtes nouveaux. Retentissent encor de complaisants bravos !
Les applaudissements ne manquèrent point à de si modestes aveux, non plus qu'à cette poésie démodée ; et toutes les parties du pro<çramme allèrent aux nues. Le succès se renouvela quelques semaines après, quand M. Dubois voulut assistei' au concert, et dérida pour nous son visage léonin.
Ce fut à peu près la tin. L'année suivante on émigra vers la rue d'Ulm. Il y eut bien encore, avec l'arrivée des promotions nouvelles et le retour de Beaujean. surveillant <^t premier violon, quelques soirées agréables, où Beulé fit goûter son jeu brillant, où Dhugues se montra baryton remarquable et musicien exercé, où Yierne égaya longtemjjs l'auditoire par ses parodies de l'Enéide en pot-pourri sur des airs connus i. Mais 1848 éclatant tout à coup détourna les esprits de ces divertissements amis du calme. Les concerts disparurent : la direction de M.Michellen'y encourageait guère : et l'on ne revit plus que des groupements isolés de musiciens plus ou moins bien doués, se livrant entre eux à leur goût préféré. Taine. dont l'organisation musicale était remarqual)le et qui déchiffrait sans j^eine les compositions les plus difficiles, jouait avec Fernet des morceaux à quatre mains, ou des trios de maîtres, avec Riedei". violon et mon vieil ami Quinot violoncelle''. Plus tard. — car je n"ai j)as la ]»rétenti<>n de tout dire et de connaître
1. Dhugues (promotiou de 18itij f?l uiorl i-n i'JO'I, professeur honoraire de la Faculté des lettres de Dijon. Yierne était de hi iQêiiie promotion.
2. Michelle fut nommr par le ministre De Falloux, en iS'JO, directeur de l'École eu remplncement de Dubois. Cette direction dura jusquen 18.")7.
;{. Rieder est morl <ii l.slKi, direcleur honoraire de rKcolc alsafienne: Ouinnt, eu l',M>3. pmlVsseur lioiioraire du Ivi-ée Condorcet : ils appartenaient Tun et l'autre à la promotion de \H\0.