‹ Mélanges et fragmentsChapitre 13 sur 23 · VERS A M. LABBÉ DE LLTHO · texte numérisé non relu

VERS A M. LABBÉ DE LLTHO

Ils vous diront, en vous quiérant congé , Que vers le mieux tout doulcement j'avance,

N'ayant mon mal poinct encore délogé ,

Dans mon mestier trouvant grande plaisance1.

Au départir leur donne advis exprès Qu'en vous voyant, de vous faire ils aient garde Souhaits amis (vœux que pour vous je fais), Et Dieu vous ait en sa bien doulce garde.

\. Depuis trois mois Auguste de Blignières occupait au collège Stanislas une chaire de rhétorique.

A EUGENE MEIGNEUX,

AU NOM DE TOL'S SF.s AMI>.

Paroles prononcées aux obsèques de M. Eugène Meigneux, professeur au collège Stanislas, le 5 juin 1849.

Nous vous devons, pauvre ami que nous venons de perdre, avant la séparation suprême, quelques mots d'adieu, simples et courts, vous les auriez voulus tels, mais sincères, comme votre amitié L'était , vrai langage du cœur : avec vous on n'en parlait pas d'autre. « Mourir n'a rien qui m'effraye, » disiezvous il y a quelques jours à votre ami , avec une sérénité d'âme qu'il vous enviait; «une seule pensée m'inquiète dans la mort, c'est celle de la douleur que je causerais à mes amis. » Ali ! quoi que vous ayez pu prévoir de l'amertume de nos regrets, je vous l'affirme, et tous sont prêts à le redire avec moi, vous n'en aviez pu rien préjuger de tropj mais la Providence nous réservait-elle donc d'éprouver si cruellement et sitôt que vous nous aviez bien connus, nous, dont je ne sais par quel pressentiment secret, vous plaigniez à l'avance la vive et poignante émo-

A EUGÈNE MEIGNEl'X. 211

lion, nous de qui vous attendiez la pieuse fidélité d'un ineffaçable souvenir!

C'est qu'en effet, simple et bon, loyal et franc , sans amour-propre, sans artifice , vous aviez su voua entourer d'amis qui vous rendaient tout ce qu'ils reœ\ aient de vous de vrai dévouement et de cordiale affection; nouvelles amitiés, devenues pour vous comme des amitiés de famille, et qu'on sait toujours multiplier autour de soi, quand, comme, vous, fidèle d'abord au foyer domestique , on n'en dédaigne aucune joie, on n'en décline aucun devoir.

C'est à de tels amis que vous êtes enlevé ! Fils de vos œuvres, vous poursuiviez laborieusement une studieuse carrière , dont vous ne connaissiez encore que le rude dévouement qu'elle impose , et les modestes services qu'on y peut rendre. La Providence ne choisit donc pas, et elle rappelle, avant leur heure les plus jeunes, les plus laborieux , les plus aimés 1 Ah ! c'est que sans doute elle ne veut pas nous laisser croire que son heure, c'est la nôtre, et, pour que l'avertissement soit plus sévère, elle nous frappe sans nous donner le temps de réduire nos calculs d'avenir à la mesure marquée par sa justice.

Dans la force de la santé et de l'âge , vous avez passé, pauvre ami, du soir au matin, et ceux qui n'avaient pu veiller au chevet de votre lit de mort apprirent que vous aviez succombé, avant d'apprendre que vous étiez atteint. Vous qu'ils avaient quitté la veille confiant et plein de vie, vous que votre amitié

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leur rendait nécessaire, ils apprirent ([n'en quelques heures vous aviez cessé de vivre, et que Dieu, en vous rappelant à lui, n'avait pas même laissé à ceoi qui vous aimaient le temps de lui adresser une prière pour vous.

Qui saura vous dire assez, cher ami, ce que nous avons ressenti d'accablante douleur et d'inexprimables regrets? Mais surtout qui nous consolera de -\otre perte? Une seule pensée , messieurs , celle que j'emprunte à la foi de mon ami, c'est qu'il me semble qu'en le frappant , même sans l'avertir, Dieu l'a dû trouver prêt. Espérons beaucoup de sa piété, tolérante et douce, vous le savez tous, mais profonde et sincère : à qui la dissimulait-il? Adoucissons donc nos regrets en songeant que si, privés de lui , nous ne pouvons sans doute penser au vide qu'il laisse sans larmes et sans regrets, nous pouvons, je l'espère, penser au sort qui L'attend sans inquiétude et sans crainte. C'est à cette pensée qu'il nous rappellerait tous assurément , si Dieu nous eût donné un autre que lui à pleurer, et nous l'eût laissé pour partager toutes nos douleurs comme il partageait toutes nos joies. Et il me semble que je remplirai son vœu le plus cher, que je m'acquitterai d'un devoir sacré ci n ers lui , si , pour dernière parole, je supplie en son nom , sa pieuse mère et ses amis de songer à la destinée qu'il espérait , et de prier pour qu'il puisse \ ciller sur nous pendant que nous pleurons sur lui.

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