‹ Mélanges et fragmentsChapitre 14 sur 23 · A LA FACULTE DES LETTRES · texte numérisé non relu

A LA FACULTE DES LETTRES

(Note publiée dans le Journal des Débats, le 17 mai 1850.'

Les amis de la bonne et saine littérature ont en , mardi 14 mai, une véritable joie. M. Patina rouvert son cours de poésie latine; ce cours , fait avec la sagacité de critique, l'érudition consciencieuse et sûre, le charme de parole que Ton sait, et si modestement l'ait qu'il y a toujours une personne, mais une seule, à ces leçons , qui semble n'en savoir qu'à demi toute la valeur, celui-là même qui les fait. On n'avait encore entendu qu'une fois , cette année, à l'Académie française, cette parole discrète et judicieuse , élégante et solide, où tant de choses plaisent , mais où rien ne plaît sans instruire en même temps. On se souvient de cette appréciation si heureuse de M. de Chateaubriand, de ce morceau de critique achevé où l'éloge était si bien mesuré et la réserve si délicate, où l'analyse des qualités et des défauts était si pénétrante et si fine, la vue littéraire si haute et si éten-

due. On est heureux de retrouver ces leçons, pleines de science et dégoût, qu'animent un charme simple et vrai avant tout, mais vif et soutenu, et une bonté murale partout répandue qui fait aimer à la fois la littérature et le maître.

M. Patin, s'il nous en souvient bien, au bruit de la révolution de février , traitait des Géorgiques de Virgile. Une autre révolution viendrait, et pire que celle-là, elle laisserait encore, nous en sommes sûrs, M. Patin, tel que ses Tuiditeurs le connaissent et l'aiment, cultivant les lettres et les professant avec la même gravité douce , le même calme d'étude et de raison, les pratiquant pour elles-mêmes, pour tout ce qu'elles donnent à l'esprit, pour l'instruction morale surtout qu'il y sait si bien recueillir à son profit et au profit de ceux qui l'écoutent. Il convenait bien à cet esprit plein de sens et de bonne philosophie, de mesure et de sagesse, de s'arrêter, comme il l'a fait, sur Horace, avec une longue complaisance, qu'il confesse volontiers , dit-il, mais sans s'en repentir beaucoup. C'est encore d'Horace qu'il traitera cette année. Mais il abandonne le poète lyrique, la satirique, le moraliste quoique, et il l'a dit lui-même, on ne quitte jamais tout à fait le moraliste dans Horace), pour s'occuper plus spécialement du critique, de ses belles et célèbres Épîtres du second livre, et de son Art poétique, auquel doit tant notre Art poétique français. Le sujet, nous n'en doutons pas, aura encore dans ses leçons de. la jeunesse et de la non-

veauté. Son érudition, ingénieuse et variée, tient en réserve de quoi le féconder. Il est certaines mains dans lesquelles les grands sujets ne vieillissent pas. Dans cette leçon d'ouverture , où la science était à la fois, pour les érudits , complète, exacte, minutieuse même, pour les autres, pleine d'agrément et de piquante instruction, M. Patin a traité rapidement un sujet sur lequel un livre excellent, auquel il a rendu le plus délicat hommage ', a jeté récemment de vives lumières : il a parlé des origines de la critique littéraire , l'a montrée successivement à Athènes, à Alexandrie, à Rome, dans Euripide et clans Aristophane, grave ou mordante , didactique ou bouffonne, se développant enfin dans la vieille poésie romaine , avant de prendre dans Horace les proportions d'une grande composition, le charme d'une œuvre exquise de poésie et de raison , l'intérêt d'une impérissable législation du goût. M. Patin commence sur cet ouvrage l'étude qu'il a faite sur toutes les œuvres d'Horace , étude consciencieuse et qui n'omet rien, qui n'effleure pas les sujets par leurs côtés les plus brillants, mais les approfondit avec scrupule, où cependant la philologie même n'est plus aride, l'érudition est attrayante et bien choisie , où une raison aimable et une critique élégante relèvent une parole pleine de sens et de choses.

Page 1