Celle de Du Vair, publiée en
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pour les exercices de piété de son royal disciple de tendres et touchantes oraisons, tantôt déplorant, dans une élégie latine, faible de versification et de style, mais d'un accent vrai et pathétique , sa mort prématurée et les douleurs, les angoisses de cette agonie , troublée par le remords , à laquelle il a dû apporter les consolations chrétiennes.
M. de Blignières fait connaître, par des analyses et des extraits mêlés d'ingénieux développements, une production moins ignorée. Imprimée pour la première fois en 4805, elle a été assez récemment reproduite par la presse * : c'est le Projet de l'éloquence royale , sorte de rhétorique rédigée d'après les anciens, avec savoir et discernement, par Amyot, pour l'usage de son autre disciple Henri III. Ce prince, qui , dans la vie que l'on sait, si mêlée d'autres soins, trouvait des loisirs pour les belles-lettres , et même aussi, selon les épigrammes du temps, pour la grammaire, qui avait commandé à Henri Estienne sa Prccellence du langage franrois, à Vauquelin de La Fresnaie son Art poétique françois*, avait aussi voulu que son ancien précepteur Amyot l'entretint des études oratoires et de l'éloquence convenables au roi de France. Il eût pu , en un pareil temps , se mettre en peine de conseils d'une utilité plus pressante. Peut-être eût-il ouvert les États de Blois par une harangue moins applaudie, mais il n'y eût point frappé ce coup qui précipita sa ruine et celle de la France.
Il n'y a dans le volume de M. de Blignières d'absolument inédit, sauf quelques phrases, que deux lettres écrites en 1 589 par l'évêque d'Auxerre au duc de Nivernais s. Elles sont touchantes, elles attendrissent sur les calamités qui sont venues troubler, aux jours de l'extrême vieillesse, une vie jusque-là prospère : elles nous montrent Amyot, rentré à grand'peine et rentré absolument ruiné dans son évéché
1. Dans la liililiothèque choisie du journal le Constitutionnel.
2. Voyez, sur cet ouvrage , le Journal des Savants, cahier de janvier 18*3 , p. Il el suiv.
:j. L< s manuscrits originaux sont à la Bibliotliètjue nationale, fonds de Béthune, a" 8923 , p. 129 et 132.
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d'où l'avait chassé la Ligue, réduit à réclamer humblement près d'un ambitieux voisin , qui va profiter de sa détresse et l'aggraver, pour l'intégrité de son diocèse et le maintien d'une partie notable de ses droits seigneuriaux ; n'osant, en présence d'une population où Jacques Clément a des approbateurs, pleurer le roi qui lui est enlevé; ne pouvant non plus se résoudre, dans ses scrupules de catholique, à embrasser le parti de son successeur huguenot ; incertain , désespéré , sans prévision des temps meilleurs qui allaient venir et qu'il ne devait pas voir.
Parmi les écrits originaux de l'habile traducteur, écrits où se reproduisent, avec quelque infériorité, il est vrai, les mérites de son excellent style, il en est auxquels M. de Blignières donne une juste attention : ce sont les préfaces de Plutarque , et particulièrement celle qui précède les Vies des hommes illustres. Amyot y développe avec gravité, avec élévation , sur l'utilité des enseignements de l'histoire, des idées exposées en ce siècle par d'autres traducteurs des historiens anciens , et que devait reprendre avec génie , dans le siècle suivant, un autre précepteur de prince, Bossuet. Ce n'est pas un petit honneur pour Amyot d'avoir été en quelque chose, M. deBlignières l'établit par de curieux rapprochements, le précurseur de l'auteur sublime du Discours sur V histoire universelle.
Les citations d'Amyot et des traducteurs ses contemporains abondent dans le volume de M. de Blignières; mais elles ne s'y offrent jamais au lecteur sans être accompagnées de notes philologiques , où sont expliqués les mots et les tours particuliers au xvie siècle. Ces notes , qu'une table à part permet de rassembler, de coordonner, forment une sorte de traité sur la langue que parlaient les contemporains d'Amyot , et qu'il a si heureusement enrichie et développée.
Tel est, en substance , car nous avons dû courir sur bien des sujets divers, un livre qui, sous des formes pleines d'élégance et d'agrément, présente une très-solidi' instruction. Il a déjà pris sa place , une place fort honorable , auprès de quelques productions distinguées , consacrées dans ces der-
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nières années à l'histoire de notre langue1. Combien on doit regretter les écrits qu'annonçait un tel début , et que déjà , en 1849, le secrétaire perpétuel dé l'Académie française8, avec l'autorité qui lui appartient , promettait à l'avenir de l'auteur.
PATIN, de l'Académie française.
1. Telles sont, entre autres, les Variations du langage français, par M. Génin ; les Études de MM. Feugère , Sappey, Moncourt, B. Julien, sur La Boëtie , Estienne Pasquier, Henri Estienne , Du Yair, Vaugelas , Dangeau.
2 M. Villemain, Rapport sur les concours de 1849.