‹ Mélanges et lettre avec une introduction (volume 2)Chapitre 6 sur 41 · III · texte numérisé non relu

III

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Avez-vou8 reçu le ballot littéraire? l'autre ballot littéraire, car il me paraît que je viens d'en faire un aussi. Âvez-vous reçu Michelet, Fauriel, les Niebelungen^ sir Samuel Romilly, l'atlas , la lampe, le loto, les cartes? De toute cette littéra* ture, la lampe me paraît ce qui met le plus Tes* prit en mouvement. Quand la nuit vient, qu'il fait triste au dedans et au dehors et qu'on ap« porte la lampe, le cercle d'or qu'elle dessine sur la table ranime les pensées. Tous les temps qui ne sont plus, toutes les soirées qui ont disparu, semblent passer tristement, mais doucement, sous vos yeu}( dans l'éclat de la lumière. Malheureusement, je tourne à avoir mal aux yeux, et c'est un livre que je ne pourrai bientôt plus lire que les souvenirs du passé dans les rayons d'une lampe.

A LA MÉBCB.

Paris, 18 décembre isio.

Paris est sans aucun intérêt à présent, s'il y a jamais de l'intérêt à Paris. Les combats de l'Adresse sont finis et Napoléon est de nouveau ren« tré dans son repos. La cérémonie a été froide, au

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propre et au figuré, au dedans et au dehors. Je ne suis pas de ceux qui trouvent que cette absence d'enthousiasme est naturelle et de bon augure, n est vrai que le luxe de papier doré qui a été déployé dans cette pompe ne parlait pas fortement aux imaginations. Vous avez vu que Victor Hugo n*a rien trouvé à dire que deux ou trois ^ers mélancoliques sur trois ou quatre cents mauvais vers :

Et la Diane, hélas 1 cette voix de l'aurore, Ne le réveille pas I

On n'a eu des yeux que pour deux objets dans

toat le cortège, le cercueil et le prince de Join*

ville. L'eiir hardi de Téquipage de la Belle-Poule

et la simplicité militaire de leur costume un peu

soxnbre allait mieux dans ces funérailles que

toixtes les aigles en papier doré qui s'envolaient

dô toutes les colonnes en carton. On dit, mais je

n© l'ai pas vu, qu'au moment où on allait débar-

qtier le cercueil sur le bord de la Seine, à Cour-

l^voie, M. le maréchal Soull est allé sur le bâti-

n^eut, qu'il s'est agenouillé auprès du corps de

^u ancien général et qu'il a fondu en larmes.

Pourquoi en serait-il autrement? Il a beau êtr^)

préoccupé des intérêts d'aujourd'hui, l'imagina-

^oa prend le dessus de temps en temps sur tous

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les hommes. La tête appuyée sur le drap funéraire, il aura rêvé à la mort qu'ils avaient vu, Tun et Tautre, passer si souvent d'un pas rapide auprès d'eux. Les souvenirs de la jeunesse ébranlent déjà beaucoup dans une vie ordinaire ; comment ne feraient-ils rien pour ceux qui étaient jeunes en Italie et en Moravie, dans les plus beaux jours d'une grande histoire?Qui sait sur quels détails fugitifs de cette première jeunesse s'arrêtait alors la mémoire du vieillard à genoux? Pendant que les déclamateurs répétaient alors les noms de Lodi et de Rivoli, une parole d'affection qui lui sera revenue à la pensée, quelque circonstance insignifiante, en apparence, de leur vie commune aura détendu cette âme rude. Au fond de tous les grands drames, les émotions vraies partent de quelque source inconnue, et, dans les récits qui font pleurer les soldats d'Âusterlitz, on s'étonnerait bien de ce qui émeut chacun dans le secret de son imagination.

Quoiqu'on disent les journaux, il y a eu peu décris contre M. Guizot dans le cortège. Dans chaque légion , quelque cinquantaine de per-^ sonnes criaient nonchalamment :i4 bas rhomme de GandI C'était plutôt une plaisanterie de mau* veiis ton qu'un dessein de lui faire un mauvais parti. On aveiit eu quelques inquiétudes pour les

hôtels d'Angleterre et de Russie, mais on avait sagement placé des bataillons d'infanterie à portée. Au fait, il n'y a eu aucune tentative d'insulte. Quand une grande cérémonie se prépare, il n'y a rien de triste comme l'intérieur des coulisses. •• On s'est indigné beaucoup de ce que parmi les statues qui faisaient la haie devant le cercueil de l'Empereur on ait placé celle du grand Condé, à cause de la condamnation du lue d'Enghien, et^ en effet, on avait donné l'air tout désolé au vainqueur de Rocroy attendant là, au passage, le vainqueur d'Iéna.

Vous ai-je dit que les trois volumes de M. de Lamennais n'avaient pas le sens commun?

Ni moi non plus.

A. M. A. W. SCULBGBL.

Paris, 12 janvier 1841.

Cher Monsieur,

Vous êtes bien bon de vous apercevoir de mon silence. Il est malheureusement déterminé, à mon grand regret, par une atonie notable de l'intelligence, laquelle résulted'une petite névralgie obstinée dans la tête. Vous comprenez que

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me sentant stupide, je deviens encore beaucoup plus timide à vous fatiguer de moi; mais, puisque vous voulez bien me supporter tel quel Je me propose d'abuser à l'avenir de votre permission. Je vous envoie aujourd'hui, sous bande, l'exemplaire de ^a comparaison entre les deux Phèdres. Je ne puis pas vous déguiser qu'après l'avoir relu j'ai entretenu la mauvaise pensée de nier le dépôt et de me l'approprier, par la raison, tirée des règles les plus sévères de l'éthique, que les exemplaires de cet ouvrage sont devenus fort rares, et que c'est la faute de l'auteur s'il n'a pas été souvent réimprimé. Mais comme il faut se défendre de la logique des passants, j'ai honnêtement décidé que j'étais tenu à restitution, et le principe moral qui m'a déterminé, c'est qu'après la réimpression vous seriez assez bon pour m*en donner une copie.

En voyant nommer M. Victor Hugo de TAcadémie française, vous aurez été ramené à penser que vous n'aviez pas la conscience bien nette sur tous les écarts de son imagination et je dois vous avertir qu'il faut le traiter avec quelques égards puisqu'après tout, c'est vous qui avez tnené à mal toute la génération romantique. C'est un très-grand péché, mais je reconnais que vous pouvez plaider des circonstances atténuantes, à

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peu près comme Mirabeau pourrait plaider devant la postérité qu'il n'avait pas fait les violences absurdes de la Révolution.Toutef ois,quand on a imprimé à son temps un grand mouvement, on est responsable, je dois vous le redire, de tout ce qui se passe dans le monde en vertu de ce mouvement. Pardon d'inquiéter si vivement votre conscience. Vous n'aviez peut-être pas pensé qu'un jour viendrait où l'on vous demanderait compte à'Hemani et de Lucrèce Borgia^ mais il faut y regarder à deux fois avant de faire de grandes révolutions. Vous êtes dans le monde une demi-douzaine de révolutionnaires qui serez un peu embarrassés de vos descendants devant l'avenir. Bacon a fait tous les petits observateurs crottés qui trottent par le monde avec des monographies sur ceci et sur cela ; Descartes, avec sa Méthode y a émancipé une foule de beaux esprits qu'il valait mieux laisser sous le joug de l'autorité; je ne voudrais pas être à votre place, malgré la gloire qui vous reviendra d'être la cause première de toutes les énormités littéraires de notre temps.

Tous les problèmes littéraires que vous nous envoyez de temps à autre sont très-bien accueillis. Nous nous flattons d'en avoir résolu quelques uns. Albert doit vous l'avoir dit. J'imaginais que

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lo dernier été ne se passerait pas sans que vous fissiez une petite excursion en Normandie ou en Suisse ; mais on me dit que vous entretenez d'autres desseins et que vous méditez un voyage à Berlin. Ce n*est pas le compte de tous vos amii qui voudraient vous voir au milieu d'eux, mais ils fmiront, j'en suis sûr, par aller à Bonn vous chercher, puisque vous ne voulez pas de Tair de France, qui n'est pas si malsain que vous croyez, pourtant.

A M. RAULIN

Paris, dimanche 29 août 1841.

Nous partons irrévocablement mardi matin^ et si vous gardez votre bonne volonté de Tautre jour, revenez. Si vous ne la gardez pas, revenez encore ; car, s'il arrivait que vous n'eussiez pas envie de voir les gens, les gens ont envie de vous voir. Il n'y a rien do nouveau ici qu'un peu de soleil et une grande poussière. On entend le murmure des eaux qui sortent des bornes fontaines au coin des rues :

Obliqua laborat Lympha fugax trepidare rivo.

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On entend aussi le murmure des conseils gé- * néraux qui approuvent de leur mieux le recensement ; mais cette belle habitude de délibérer pourra bien ne pas porter toujours des fruits aussi doux pour le gouvernement. Je vous prie de reréfléchir à l'emploi de vos vacances. On ne peut pas vous désirer nulle part plus qu'en Suisse. Ceux qui vous diront le contraire sont des flatteurs. C'est vraiment là, d'ailleurs, que vous pourrez esquisser votre article sur les arts d'imitation^ comme on nomme bêtement les ai*ts. Cest vraiment là que vous pourrez mettre la. dernière main à l'article sur l'administration ^o raaine que vous n'avez pas encore commencé. Dites-moi un peu pourquoi vous ne fcdtespas, psLXNÙ par-là, des morceaux détachés de vos articles? On commence par écrire sur les idées qui plaisent le plus ; on se livre successivement aux fantaisies et aux contradictions de son esprit; ^ est ainsi qu'on a vraiment de Tentrain, et puis, wns un dernier travail, on soumet toutes ces ^ntradictions à une sévère unité; car cette ^ vère unité est bonne enfant ; on y fait tout en- ^®r, le oui et le non. Ce n'est pas une malle de *>ois qui casse plutôt que de céder; c'est un sac dô nuit qui prête. Ceci sent bien l'homme qui ^oit faire des oaquets. Je vais même en faire

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moi-même et soumettre à Tunité d*un sac de nuit saint Augustin, un poignard, des chemises, ces deux volumes de M. Wiseman que je lis avec une indignation toujours croissante. Tenez, en fait d'unité, Tunité de TÉglise vous montrera comment vous pouvez faire avec des pensées détachées et contredres un long discours qui a tout Tair de se suivre dans toute la rigueur logique. Il ne faut que beaucoup de gravité dans le ton et, par-ci par-là, les mots or, doncj mais^ si, car. L'esprit a besoin de cette forme et il ne tient pas extrêmement au fond. Par moments, je crois que l'homme a besoin de paroles précises et de pensées vagues.

Je viens de soumettre cette idée à M. d'Haussonville^ qui n^e dicte les mots suivants : M. d'Haussonville, avec cette droiture d'esprit et cette hauteur de vues qui le caractérisent, partage complètement cette opinion. Bonjour, mon cher ami.

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A MADAMB d'hAUSSONYILLB.

Coppet, S8 septembre 1841.

Vous parlez donc très-mal de moi, de moi qui veux vous écrire tous les jours que Dieu fait, qui vous écris aujourd'hui, après avoir annoncé à votre mari que je vous écrirais demain ?

Vous êtes un ingrat , vous fûtes toujours,

i*ai rejeté au second vers les deux e muets nécessaires pour faire une ingrate.

Vous êtes très-dure pour moi. Vous ne permettez pas à Albert de me montrer les écrits que vous lui communiquez. Il dit que c'est fort spirituel, mais qu'il n*est pas autorisé à le laisser lire et que je ne le lirai pas. Â la bonne heure ! Je vous réponds qu'à mon tour je ne vous montrerai rien non plus de ce que je compose. Il est vrai que je ne compose rien absolument. Les brises du lac ne me portent pas à écrire^ mais elles me donnent une extrême curiosité de ce que vous faites. Vous ^trouverez aisément des juges plus éclairés, mais point de mieux disposés à tout admirer. En attendant, je lis un peu du

voyage d'Addison en Italie. C'est un esprit moins brillant que le vôtre, mais il n'aurait pas refusé durement à ses amis de leur laisser lire quelques pages d'un manuscrit. Il faut qu'on n'ait ni mis ni ôté un clou en Italia depuis cent ans et qu'il ne soit venu une idée nouvelle à personne depuis cent ans, car il me semblait entendre tout ce que disent ceux qui ont vu Portici, Pouzzoles, Rome, Naples et Florence. Je savais bien, par expérience, que les idées des hommes ne se renouvellent pas souvent, mais je croyais que les monuments, et même la nature, se modifiaient davantage. Le président de Brosses, qui est un peu plus récent, a vu ce que vit Addison, et l'homme peut bien dire : tout change, hélas! dans la nature, mais mes idées ne changent pas.

Pourtant, si ce président de Brosses n'était pas si singulièrement mal élevé, je vous dirais du bien de lui, mais je suis bien certain que vous ne l'avez pas lu. Il est très-véhément contre toute école de peinture qui a précédé le Pérugin. J'ai envoyé soigneusement à M. Raulin un extrait des passages les plus injurieux contre les effrayantes figures d'Orcagna et de Cimabue. Il ne me répond pas et je crois bien qu'il en est malade. Il estimait fort le président de Brosses

comme ennemi de Voltaire et ce lui aura été un rude coup.

On dit que vos dernières pages ressemblent à de beaux châles de cachemire des Indes. Un tissu riche et des couleurs qui brillent comme d'un éclat un peu sombre. Quand vous déployez un beau châle, il vous passe devant les yeux quelque chose qui rappelle tout le luxe, tous les trésors, toutes les pofaipes de Golconde. La seule personne qui ait lu ici votre ouvrage paraît avoir reçu une impression semblable. Pour moi, j*aurais bien voulu regarder tout ce faste de l'Orient par le trou de la serrure, mais la moralité d'Albert se promène en sentinelle et m'a dit : « Passez au large ! )> Donc, je viens de me rabattre sur Y Histoire de l'Instinct des animaux par M. F. Cuvier. Vous voyez si je soigne les transitions. Je vis, comme Adam, au milieu des bêtes et j'étudie le jeu de leur intelligence. Qu'est-ce que vous avez dit de cet animal féroce qui a tiré sur le duc d'Aumale? Que dit-on de la date du procès? Je n'imagine pas qu'il commence avant l'ouverture de la session ; ce n'est pas une sinécure que d'être pair de France. Croyez-vous être député l'an prochain? J'avais envie défaire à votre usage, pour le temps des élections, un Art de flatter les électeurs. Règle générale, et quoi-

qu*on en dise, il faut parler charbon à un meunier et farine à un charbonnier. Cela flatte un meunier qu*on lui parle de charbon. Si vous lui jetez tout de suite sa farine à la tête, il voit que vous le flattez et que vous ne faites pas cas de son étendue d'esprit. — Deuxième règle, qui est une conséquence de la première, parlez aux électeurs de vos affaires et de vos sentiments et non pas de leurs affaires et de leurs sentiments. (Test un procédé qui n'a pas beaucoup de dignité, mais il a beaucoup d*efQcacité. Ditesleur : Albert est bon enfant, ou bien, il est difficile à vivre. — Ma tante a une grande fortune, ou une petite fortune. — Nous dépensons plus que notre revenu, moins que notre revenu. — J'aime le bleu et mon mari le rouge, etc., etc. Voilà qui gagne les cœurs ; mais d'aller, d'un air doucement hypocrite, dire à un charbonnier : Bonjour, monsieur le charbonnier ; votre femme se porte bien? Votre demoiselle va-t-elleaux Tuileries? Savez-vous lire? Savez-vous écrire? Allez-vous à la messe? — Cette condescendance le gêne et l'offense.

Voilà ce que peut un pauvre misérable professeur d'esprit pour le succès de votre prochaine élection. Si vous suivez mes conseils et que vous ne réussissiez pas, vous aurez du moins la con-

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solation d*ayoir tout fait, et d'avoir sacrifié toute dignité personnelle pour réussir. C'est là ce qu*on appelle aujourd'hui avoir de la force de caractère.

Adieu, madame, j'aurais bien voulu lire votre roman, ou votre dissertation, car je ne sais pas même exactement le sujet de ces œuvres que je ne puis pas lire.

A MABAMB LA BARONHB DB LASCOURS.

Goppet, 6 novembre 1841.

Chère madame^ je vous avoue que j'ai pris le commandement de M. de Lascours à Lyon par le côté triste; je ne suis donc pas en train de félici* tations. Je crains que tout ce train de monde à recevoir ne vous fatigue extrêmement. Bien que vous ne puissiez vous faire à Vidée de tenir quelque place quelque part, je suis persuadé que Lyon se résignera facilement à vous voir tenir cette place avec votre bonne grâce habituelle, mais, quand vous aurez exercé cette bienveillance spirituelle qui ranime et met à l'aise les pauvres gens qui entraient tristement et timidement dans un salon, vous en serez récompensée par

une grande fatigue jointe au sentiment d'un devoir bien rempli ; c'est peu, mais il est vrai que c'est le train de la vie dans ses rapports avec la société.

Il est probable que nous quitterons Coppet entre le 20 et le 25. Il n*y a plus rien ici qui ressemble à vos collines couvertes de thym et de romarin. Les arbres commencent à devenir tout rouges et les eaux du lac toutes noires. Je ne trouvais rien autrefois de plus gai que ces premiers jours d'hiver, mais, en vieillissant, on perd cette impression^ et j'aimerais assez à faire comme les hirondelles, qui s'arrangent pour n'avoir pas d'hiver. Il est assez désagréable de retourner à Paris pour entendre six mois durant glousser sur la politique toutes les fortes têtes, et il vaut encore mieux lire les Tusculanes et le De officiis que des brochures politiques. J'ai vu avec plaisir que vous aviez pris un peu de goût à cette morale de Gicéron, quand ce ne serait que par le côté de l'harmonie. Ne trouvez-vous pas que cela est grave, tranquille et calme comme une belle soirée d'été? Tous ces entretiens sur Dieu, sur le juste, sur le mal, ont Tair de se passer dans quelques-uns des beaux paysages de Claude Lorrain. Pour le stoïcisme, ça été un goût de ma nremière ieunesse, mais

jo n*aîme pas cette prison, — grande et noble prison, prison pourtant. Puisque nous choisissons dans le paganisme, j'aime mieux l'état d'esprit de Cicéron ; une volonté droite et une intelligence qui s'ouvre sur tous les points de Fhorizon. La doctrine des stoïciens est comme une épée froide et aiguë avec laquelle se tranchent toutes les questions ; c'est une sentinelle sous les armes et ne pensant qu'à sa consigne, n'aimant point la conversation et criant : « Passez au large ! » à quiconque viendrait parler de toutes les grandes incertitudes qu'il peut être inutile de résoudre, mais qui agitent incessamment son esprit; dès qu'il a un quart d'heure de liberté, il y revient toujours. Vous conviendrez, chère madame, que vous n'auriez pas voulu^ sous ce rapport, être stoïcienne. Erreur pour erreur, il vaut mieux regarder un grand horizon d'un large balcon que de n'avoir qu'une petite lucarne sur le monde, ou, pour mieux dire, un petit jour de souffrance; et, pour vous, il n'est pas vrai du tout que vous haïssiez la liberté de l'esprit. Vous avez placé vos croyances comme on bâtissait autrefois les couvents. Ceux .qui ne sortaient pas du cloître regardaient, cependant, avec plaisir, des hauteurs où étaient leurs retraites, les bois, les eaux, les prairies, et, au

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