‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 12 sur 81 · A M. LE DUC V. DE BROGLIE · texte numérisé non relu

A M. LE DUC V. DE BROGLIE

Paris, JO juillet £«47.

La plus grande nouvelle que je sache est qu'Albert vous est arrivé à Londres aujourd'hui, mais vous le savez encore mieux que moi, je pense. C'est dommage que la condition de temps soit nécessaire pour qu'un homme puisse être en deux endroits ; nous l'aurions gardé volontiers ici. Subjectives ou non, les conditions de l'espace et de la durée mises à tout, sont assez désagréables. Si jamais elles disparaissent dans une économie quelconque, c'est pour le coup qu'on ne se quittera plus, et que le mot : « Je

jji'ai pas le temps, » changera absolument de sinifîcation. Alors, je n'ai pas le temps ^ voudra ire : Prenoîts-en tout à îiotre aise. Ce sera toute ne langue à refaire, mais j'ignore si on pourra 'y accoutumer, l'habitude supposant la succesion, et la succession n'-étant pas très-intelligible ors du temps.

J'ai lu sans étonnement un article sur les viissitudes de la philosophie hégélienne en Alle- :xiiagne. Il paraît qu'on fait sortir aujourd'hui de £'idée pure l'athéisme, le matérialisme et l'égoïsme le plus brutal. Cette philosophie est d'une admirable fécondité ; j'en ai déjà vu découler le ^tholicisme, le calvinisme et les théories les plus nobles. C'est la grâce des systèmes absurdes qu'ils se prêtent à tout. Un habit mal fait va tellement quellement à toutes les tailles. J'ai vu, parmi les beaux habits rouges de votre livrée un habit sur le dos duquel était écrit : 2* valet, taille moyenne. Le premier venu mettra cet habitlà et pourra se présenter décemment partout. On fait des boîtes vides, qui représentent à peu près les contours de toutes les grandes difficultés des problèmes ; on nomme cela des principes et il n'est pas bien étonnant que ces prétendus principes s'appliquent à peu près au dos des difficultés ; mais il y a quelque exagération

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& donner à ce jargon le nom de solutions philosophiques. C'est plutôt une manière confuse d'exprimer son ignorance. Il faudrait mettre & la dernière page de cette métaphysique : « Voilà pourquoi la nature, cette sa>ur do l'homme, est muette. »

Le volume VII de M. Thiers vous est-il arrivé de quelque côté? On n'entend dans ce volume que le pas de charge d'un demi-million d'hommes et le bruit de douze cents pièces de canons. Mais cela vaut mieux que les petits airs mélancoliques que Robespierre joue sur sa musette dans les Girondins.

Puris, mardi il Juillet IMT.

Nous n'avons pas toutes ces magniflques cérémonies de l'Angleterre ni personne en état de les décrire avec cette vivacité et cet éclat. H est vrai qu'il pleut à torrents depuis deux fois vingtquatre heures, et que les harpes suspendues, s'il y a des harpes, doivent être extrêmement détendues. M. de Lamartine est allé jouer da la.

ne vers Mâcon. Les airs qu'il a chantés sont pr*e-'%7us par les lois de septembre, mais ce que xi*oxmt pas prévu les lois de septembre, c'est une cié€3l«mation si abondante et si vide. Dans l'ordre d^ 1«L déclamation, cet homme est le père des I^^UL^ves. Il a fait feu supérieur contre un orage Xivantable et une pluie diluvienne. Le tona dû se retirer tout mouillé et bien attrapé trouvé son maître. Il y a, dans les gênés qu'il a débitées, un fond de sottise natuqui doit être assez contagieux. Il donne son é au Roi, sans la moindre cérémonie, comme ferait à un domestique qui manque de probité sobriété. J'ignore si le Roi a fait son paquet l'est tenu pour dit. C'est beaucoup d'însopour une seule personne. Il se compare, façon, à Hérodote, et les habitants de Mâà la fleur des Grecs. Il est certainement le t^ ^^^^xnîer qui ait inventé que la pluie de Mftcon l^tit le soleil d'Olympie ; mais peut-être que n'avez pas lu M. de Lamartine? Gela Téton- ^^^mt, mais ne m'étonnerait pas du tout. Vous mieux à faire que d'apprendre que les étions $orU le recul des idées.

ïoi, nous ne voyons pas les merveilles d'une ^^^^uibre des pairs en robes rouges et en pantade toile à matelas. On ne parle plus de rien»

d'abord parce qu'il n'y a rien et ensuite parce qu'il n'y a plus personne pour en parler. M. Teste, M. de Cubières et M. Parmentier sont aussi oubliés que s'ils n'avaient jamais existé. La main retournée, la Chambre des pairs ne pense plus au coup qu'elle a frappé.

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