A M. ▲. DE BR06LIE
Paris, 27 juillet 1847.
Mon cher enfant, nous vivotons et nous grelottons. On n'entendait plus ces derniers jours que la voix de M. *** qui annonçait à la Chambre des pairs la bonne nouvelle du laissez faire et du laissez passer. Les gens timides, qui ont les oreilles fines, disent qu'on entend de sourdes rumeurs dans les bas-fonds de la société, que le mécontentement est grand et qu'un matin nous nous réveillerons en révolution. On fait remarquer que ces grandes secousses arrivent communément au moment qu'on s'y attend le moins et à ces signes je reconnais qu'en effet l'heure est venue. S'il arrive quelque chose à Rome un de ces matins, ce ne sera pas dans les mêmes cir-
co in. stances. Tout cela à Tair de se noircir beauc<=>xj. jp. Les histoires des journaux sont fausses et il X3 "* ^tait pas du tout question d'égorger tout le p^ -ïïsa. jple romain afin de l'empêcher à tout jamais d^ oi onner dans les erreurs criminelles du libérât lî^me. Il est venu des dépêches de M. Rossi qi^ i xectiflent tout cela. Il paraît que le vrai c'est q^^' il y avait une grande agitation et de grandes
ii^cj'^iiétudes dans les esprits de toutes les cou-
ie ta ii-'s sur ce qui arriverait le jour anniversaire de
^'^-ïxitnistie. Chaque parti se figurait que l'autre
"^^^vilait faire un mauvais coup. On a sagement
^^torminé les libéraux à demander qu'on s'abs-
ce jour-là de toutes fêtes et de toutes dé-
strations et, pour maintenir l'ordre, on a
é la garde nationale qui, dans cette journée
1 7, a occupé une vingtaine de corps de garde
les principaux points de la ville. Le rez-de-
^tizssée des grands palais, sur l'offre des pro-
ires, a servi de corps de garde. Tout s'est
^sé paisiblement, et, s'il y a eu quelques arres-
ions, elles n'ont été que momentanées et pour
sur place quelques commencements
trouble.
Malgré toutes ces atténuations, il me semble
^vie cette petite fièvre d'accès n'est pas de bon
^^gure. Si je sais des détails, je te les enverrai.
Avez-vous lu le discours de M. de Lamartine à ceux qui boivent et mangent dans la ville de Mâcon? Il a bien fait de dire, avant de débiter ces vieilleries paradoxales, qu'il n'était pas Hérodote ; mais je ne serais pas étonné que ce radotage enluminé ne fît du ravage parmi les sots. A présent qu'après de longues révolutions on a forcé les gouvernements à faire le moins mal possible les choses humaines données, on va leur demander de faire que les choses humaines aillent toujours parfaitement bien. On va frapper sur le dos des gouvernements pour les forcer à obtenir de Dieu qu'il retire du monde la part de mal qu'il a voulu y laisser. Il faut donc que M. Guizot et M. Duchâtel se mettent en prières, et plus lard, après avoir bien prié, et probablement prié en vain, il faudra livrer bataille aux communistes, socialistes, et tous les istes qui veulent que le monde aille mieux que la Providence ne l'entend.
XLiy.