A M. LE DUC V. DE BROOLIB
Paris, mardi 9 novembre 1847.
Voilà bien des tristes événements qui se succèdent cette année. On prendrait, dans des temps de superstition, tant de calamités privées pour les signes de quelque grande catastrophe publique, pour les sinistres avant -coureurs de quelque effroyable révolution; mais le train général du monde se poursuit avec rudesse et régularité et le nombre de passagers qui tombent à la mer ne présage rien sur la marche du vaisseau.
Il n'est arrivé rien ici sur les affaires de Suisse que vous ne sachiez comme nous. Les Suisses qui sont ici conservent encore quelqu'incertitude sur la question de savoir si on en viendra aux mains. Cette incertitude me semble peu fondée. Il arrive un moment où personne ne peut plus reculer, comme une heure où l'exécution d'un crime est une fatalité. C'est même cette fatalité
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des derniers jours qui donne, en morale, tant de gravité aux pensées et aux résolutions qui amènent au bord de ces pentes où les lois de l'équilibre sont rompues. Je ne sais si les radicaux se casseront le cou sur les pentes qui tombent dans la Sarine. Vous souvenez-vous d'un jour passé à l'hôtel Zeringhem, devant le pont de Fribourg? Il y a bien loin de là à ce temps présent. Le père Gérard n'avait pas peur alors des radicaux. Quand on compte les hommes et les canon? de ces àb" surdes enragés et les hommes et les canons des pauvres petits cantons, il demeure bien probable que *** va acquérir une grande gloire. Il va se faire à bon marché l'etTet d'une sorte xie César ou de Marius. Je voudrais savoir pourquoi la Providence a laissé aux actions violentes un certain air de grandeur parfaitement faux, mais quia séduit sans doute un grand nombre de perturbateurs et de voleurs de grand chemin dans ce monde-ci. Le docteur Chalmers n'a pas expliqué cela dans l'histoire des adaptions de l'âme des hommes à l'ordre régulier et honnête des socié* tés. Si la violence injuste avait le mauvais air de l'escroquerie, bien des gens n'auraient pas osé verser le sang avec un air capable et décidé? Quand je créerai un monde, je changerai sur ce point l'esthétique de mes créatures. Après ces
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paroles peu philosophiques et peu sensées, j'ai mauvaise grâce à vous parler de philosophie et de bon sens.
J'ai lu ici une partie du quatrième volume de M. Merle d'Âubigné et, en particulier, la mission de Farel en Suisse. Il semble que le talent a diminué, mais la vivacité un peu aveugle est restée la même. Cela est maintenant décousu et pas-' sionné, et métne un peu terne et déclamatoire tout ensemble.
J'espère que ma pauvre lettre d'aujourd'hui ne vous arrivera pas comme celle de l'autre mardi avec l'appareil d'un courrier et au milieu de tout le beau monde de l'Angleterre. Je ne ëaid Où cellelà aura été se cacher à la vue de toute cette gfàn^ deur.
A M. d'hAUSSONVILLB.
Paris, f> novembre 1847.
Êtes-vous parvenu à dîner, à faîf e uii petit somme, à écrire une lettre entre six heures et six heures cinq minutes, et la malle-poste était-elle encore là quand vous êtes arrivé d'uii air calme et comme un homme accoutumé à faire attendre
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engagée. Je n*aimerais pas non plus à servir cette famille de Modène, mais le Congrès de Vienne a réglé les choses dans sa sagesse, il y a longtemps. Je voudrais être à Rome afin de ne pas dire de sottises sur des événements que je ne vois que de loin. Je vous assure que j*y voudrais être pour d'autres motifs encore. Je ne vous vois pas du tout dans votre maison du Corso. Je m'étsds fait une idée exacte de la villa Âldobrandini et du grand jardin et de la grande vue; je me perds aigourd'hui sur le Corso. Continuez-vous THistoire de Fleury, au milieu du bruit des duchés et des archiduchés qui orcuiuent ea Italie? Il est bien bonde suivre tous les jours le fil des idées qui ne changent pas , afin de ne point se perdre dans les tourbillons de chaque jour. Jlgnore si le Pape lui-même a le temps de se livrer à la contemplation de Fimmuable.