‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 19 sur 81 · II · texte numérisé non relu

II

lâO LilTiafiS.

AU M&MB

Paris, 6 février i:-iS.

Nous n'avons pas beaucoup de choses à vous mander de ce côté des Alpes. Nous ne sommes point en révolution. Nous avons discuté TafTaîre Petit comme si c'était une affaire d'État, et nous traitons les affaires d'État avec une vivacité négligente et étourdie. C'est ainsi que nous sommes dans l'opposition; pourvu que M. Guizot tombe, nous prenons peu de souci que les principes vivent. M. Thiers ne vous a-t-il pas édifié par la fermeté avec laquelle il parle dans ses dépêches de 1836 aux radicaux de Suisse? Il aime et il a aimé l'esprit de révolution et, comme dans les grandes passions, il parait bien qu'il y a eu des moments où il le détestait cordialement : La révolution est terrassée partout et n'ose plus lever la tète! Cela est vif et d'une vivacité naturelle ù M. Thiers. Tout cela prouve en sa faveur, et qu'il est sensé quand il a intérêt à l'être. Reste à savoir combien de fois, selon la loi des partis, le même homme peut avoir dit le oui et le non avec emportement et garder autorité sur les autres.

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Je crois qu'il se peut septanto-sept fois sept fois, ot cela suffit dans une longue vie publique. L'inoonséquence peut être un prétexte aux taquineries, mais elle n'use pas beaucoup les hommes. Xl y a toujours entre une année et l'autre assez cl ^ diflérence pour qu'en passant hardiment du I anc au noir on puisse dire résolument : Au^ àiriTkui cesi un autre jour! Même d'un peu loin pour des gens bienveillants, cette succession mouvements contraires donne un assez bon r* de souplesse et d'entente de la variété infinie fi choses humaines.

JTI faudra que le roi de Naples ait quelque sou* ï> 1 ^sse d'esprit pour dormir dorénavant à son aise ^^^ï^tr^e deux constitutions. Après avoir dormi sur l^s i*oses du pouvoir absolu, il est désagréable ^ô t.x*ouver dans son lit ces deux fagots d'épines, la ol^arte de Sicile et la charte du royaume de ^^I>l68;..Sile feu ne prend pas aux poudres dans * Elo^i^ope, d'ici à un an ou deux, je regarderai ^^vi3c qui tiennent l'univers dans leurs petites ^^aixM comme des gens très-adroits, surtout ^^ctixd l'un d^eux se promène partout avec ^n.e chandelle allumée, qu'il met sur des tonïiôa.ixx de poudre... Toutes les eaux du Tibre suf- ^^^nt-elles pour éteindre ce feu qui a pris à toutes les étoupes ecclésiastiques? Sans compter

les raisons tirées de la foi catholique, je ne crois pas que la puissance papale soit en vrai péril, mais c'est parce que je lui crois, même humainement, la vie extrêmement dure. Quand la liberté entre pour la première fois dans une maison, elle y met le désordre le plus effroyfid)le. Il lui faut des habitudes pour être aimable et paisible. Ses laquais sont d'ailleurs , en tout temps et en tout lieu, la race la plus insolente et la plus bête qu'il y ait sous le ciel. Elle en a quelques-uns à notre Chambre des députés qui sont les plus mal appris et les plus grossiers des hommes; mais cette pauvre liberté prend ses gens un peu de toutes mains et sans y regarder; il est clair que sa cour se compose de l'élite et de la lie de l'espèce humaine.

Ceci a l'air d'une épître aux Romains. Je ne crois pas qu'il la faille imprimer ni garder chez soi en temps de révolution et de visites domiciliaires.

Bonjour, mon cher ami. Malgré tes injustices, je voudrais que le joli mois d'avril fût à sa fin, pour voir arriver une aimable personne qui ressemble au mois d'avril, et deux petits enfants nés sous la République romaine^ et toi-même par-dessus le marché.

LBTTBBS. 153

AU Mi^ME.

Paris, 17 février 1848.

Comment se porte le roi de Naples? Restera-t-il

^ans les limites de son empire? Les Siciliens

Prendront-ils pour leur roi un des fils de lord

Palmerston? La race normande a déjà régné sur

^ôs côtes. Nous sommes, dit-on, menacés ici

^'ixixe émeute le jour où M. Duvergieret ses amis

^ou dront faire leur petit goûter, mais je ne crois

P^s à cette émeute. Il faudrait être encore plus

fc^Xis que ne le sont les nouveaux membres de

^^ Imposition pour laisser faire une telle énormité

^^^vir de telles misères. Je sais bien qu'un chef

^^ parti, dans le radicalisme, est un homme qui

ce qui plaît aux autres, et qui le fait avec le

du commandement, mais, cette agitation

^O-ut factice, il semble que ceux qui se sont

^^^xiné beaucoup de peine pour la produire,

"pourraient encore en retenir les conséquences.

^^fin, s'ils veulent absolument goûter et se

^>HUre, ils ne goûteront pas et seront battus,

Wiais l'infinie probabilité est qu'il n'y aura rien

Au tout. Les meneurs modérés ne demandent

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qu'une grâce au gouvernement, c*est de faire juger par les tribunaux si, oui ou non, Dieu et la loi veulent que M. Ledru -RoUin puisse monter sur les tables après son dîner et dire, à peu près ouvertement, que le roi est un drôle, les Chambres un ramas d'escrocs, et Danton le plus aimable et le plus doux et le plus humain des législateurs. Or, pour les traduire devant les tribunaux, le gouvernement le veut bien, mais il ne veut pas leur donner l'occasion de commettre le délit nécessaire ; eux insistent et promettant de ne faire le délit que le plus petit possible, un petit crime de deux sons, quoi! juste ce qu'il en faut pour aller en police correctionnelle ! C'est une chose admirable que ce désir qu'a le parti d'aller en police correctionnelle, et je crois bien que c'est la vocation de la plupart de ceux qui n'en ont pas une plus haute, parmi ces doux panégyristes de 1793 et 1794. — Tout le monde ne peut pas prétendre à la cour d'assises, malgré l'égalité fondamentale et primordiale des hommes entre eux..,

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AU MÊME

Paris, 18 avril 1848.

[on cher ami, les journaux vont encore vous p<:> j[:*ter des nouvelles d'agitation à Paris durant lai. j ournée du dimanche. Comme il est naturel pomir ceux qui sont loin, elles vous donneront pi la s d'anxiété que nous n'en avons eue et que ixo^xs n*en avons aujourd'hui. Il y avait déjà qiielques jours que l'on parlait vaguement de p PoJ etg de violence soit sur tout ou sur une partie du. gouvernement provisoire. Le nom deilf. Blmitj^^i était surtout cité parmi ceux des chefs de ce coraplot, si l'on peut nommer complot ce qui se fi^it i peu près publiquement, comme tout se fait dciiis les temps de désordre; mais tous ces bruits 1^^^ faisaient pas autrement d'impression sur les esprits. Les secousses particulières se remarquent peu dans un tremblement de terre universel. L^imagination devient excessivement peu irritable dans les époques de grands troubles, et i^ y a une sorte de sécurité particulière qui naît dô r habitude de l'agitation... Aussi, le dimanche àe» Rameaux, quand le tambour battit le rappel,

on cherchait avec curiosité le motif de celte alarme... L'appel fait ainsi à la population a parfaitement réussi. Au premier coup de tambour, garde nationale habillée et ouvriers simplement armés sont descendus dans la rue et les légions sont allées, au pas de course, vers toutes les avenues de THôtel-de-Ville, pour garantir la sécurité menacée du gouvernement provisoire... Il est entré, ces jours-ci, un ou deux régiments d'infanterie dans Paris... On dit qu'il rentrera encore demain quelques régiments à raison de la revue de jeudi destinée à une distribution de drapeaux, et à une fraternisation entre le peuple, et l'armée, et la garde nationale... Tout Paris est rentré dans la tranquillité troublée que tu as vue après les émeutes de 1832 et années suivantes. Ce n'est pas que je compare les temps, mais les sensations. — C'est la même couleur de l'air, un vent aigre qui agite les drapeaux sur les édifices et un bruit confus, qu'on prend souvent pour le rappel et qui n'est que le bruit des voitures. M. le général Changarnier est très-populaire aujourd'hui. C'est lui, dit-on, qui a réglé dimanche tous ces mouvements de troupes dans Paris, qui ont fait rentrer les «warcAw/^5 dans leurs trous. — Nous aimons fort la garde mobile... Nous ne nous figurions pas, il y a deux mois, que notre ima-

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Çinsition serait prise par là, mais le chemin de la vie n'est pa^ une avenue toute droite, à beaucoup près. On voyait Versailles et des pompes royales, et des soldats tout brillants d'acier, sur de grands chevaux, et des canons menaçants rangés suivant toutes les règles de la stratégie ; on tourne un coin de rue et l'on se retrouve au mil ieu d'une race nouvelle. — Des masses armées au hasard, comme au moyen âge, des cris étranges, des débris confus de tout ce qui était, mêlés à des essais confus aussi de tout ce qui n'est pas encore, et l'œil, qui aime à se rassurer, cherche un symptôme d'ordre dans cette confusion et l'on regarde avec une sorte de reconnaissance tout ce qui prend à peu près l'air d'une organisation.

Savez-vous bien que vous avez été nommé chef de bataillon à Broglie, à la presque unanimité ? Tu nous donneras donc ce spectacle qu'on ainie tant aujourd'hui d'une troupe bien réglée, xxiarchant au pas à la voix des chefs et faisant ctîer des baguettes d'acier dans des canons ^J'acier, aux cris de : Vive M. de Lamartine/

0 lacl Tannée à peine a fini sa carrière.

Comme le temps passe!

t33 LETTRES.

LVIÏÏ.

A M. RAULIN

Broglie, 18 mai 1848.

Mon cher ami, je ne me plains point de n'avoir pas de nouvelles directes de vous. Il ne vous est pas plus possible qu'à un autre» malgré votre obligeance naturelle, d'être au four etau moulin. On ne peut pas réprimer la tentative de Barbes et autres amis de la barbarie et écrire des billets du matin à ses connaissances. Âh! vous en faites de belles à Paris, aussitôt qu'on a le dos tourné ! Nous admirions tout récemment les dispositions salutaires du règlement de l'Assemblée à l'objet d'éloigner de son sein tous les brigands qui lui sont étrangers, et voilà que cinq à six cents brigands qui n'ont aucun titre officiel viennent faire violence à son président, l'obligent, lui, gardien de la vie des représentants, à signer l'ordre d'é« loigner toute force armée qui peut encore tirer cette assemblée des griffes de cette misérable horde... C'est quelque chose comme les journées de prairial que cette journée de lundi, mais ce n'est pas quelqu'un comme Boissy^i'Ânglas que M. Bûchez. Vous voilà donc privés de votre gêné-

rai Courtais? CTest, sans doute, un criminel, mais c'est aussi un imbécile; il avait entrepris plus de mal qu'il n'était capable d'en faire... Je trouve r Assemblée bien indulgente pour M. Louis Blanc. Ce Petii-Pouoet de la terreur devrait être en prison à rheure qu'il est ; en prison dans ces boîtes où Ton metdes souris blanches ; mais je vois dans le Mofdteyr du 17 un supplément au récit de la séance du 15, qui me semble arrangé pour pré« parer la justification de M. L. Blanc et de M. Ras*» pail. On y constate avec un soin extrême toutes sortes de paroles qui sont destinées à prouver 9Q ils ont engagé le peuple à se retirer de TAs^ ^niblée. Je crois bien qu'ils ont été trè»-s8tge8 Tnand ils ont entendu les tambours et vu les pointes de baïonnettes de la garde mobile... J'au- ?ope des ménagements du Moniteur qu'il s'en ^^^1 de quelque chose encore que le gouverne^ l'^ent ait le haut du pavé. Le vent a bien l'air P^^Urtant de souffler violemment dans le sens du ^*^ii ordre^ mais, en révolution, les vents chan-' S^^t avec la même rapidité que dans les tempêtes sur mer. Vous me paraissez, vous autres gens du <^oitiinun, vous être conduits à merveille dans celte journée. La voix des chœurs, dans cet opéra, donnait l'idée d'une violente indignation ei^'uoe parfaite résolution. On entend cette voix

lôO LBTTRBS.

qui domine les airs doucereux chantés par les premiers rôles.

•.. Je vois que le général, ou prétendu général Courtais, a blessé un garde mobile qui voulait l'arrêter... Il n'a donc aucun sentiment du juste et de l'injuste? L'ancien ministre de l'intérieur montre donc, à présent, un grand amour de Tordre. C'est un volage ; mats il ne faut pas décourager un pécheur repentant « de ses jeunes erreurs désormais revenu. » Et Albert l'ouvrier? Qui est-ce qui aurait cru cela de lui? Moi d'abord. Je me défie extrêmement des gens obscurs toute leur vie, qui sont portés tout à coup au premier rang par la prétendue renommée de leurs grandes vertus. Ce sont ordinairement de grands hypocrites. Pour Barbes, « les vautours auront gémi » de son aventure, car c'est un des hommes que la nature semble avoir le mieux équipés pour égorger et faire égorger les autres. Sait-on s'il est au donjon de Vincennes? Ombres chéries de Robespierre, de Couthon, de Saint-Just I comme il disait à la Chambre des pairs, suivant son propre récit.

Adieu, mon cher ami; vous êtes bien loin de nous et bien près des dangers de chaque jour dans ce Paris troublé.

AU M&MB.

Broglie, mardi 28 mai 1848.

Mon cher ami, j'ai reçu hier votre lettre du 20. C'est un acte de civisme que de nous écrire souvent. Que voulez-vous que deviennent de pauvres habitants des forets qui entendent un bruit infernal du côté de Paris et qui ne savent pas si c'est Sobrier qui boit à la liberté et à la fraternité sur les débris des maisons en feu. Vous vous êtes vaillamment et humainement conduits dans la journée du 15. Je voudrais savoir encore plus exactement tous les lieux que vous avez parcourus ce jour-là le fer à la main. Sans doute, le journal exact d'un bon soldat li'est pas l'histoire d'une campagne, mais une narration précise de ce qu'il a fait, vu et entendu, permet de reconstruîre tout un ensemble avec ses vraies couleurs l>eaucoup plus fidèlement qu'on ne peut y parvenir avec la pompe des rapports généraux... Je suis de votre avis sur l'état général. On n^ voit goutte. On dirait qu'on se bat dans une nuit profonde, ne sachant sur qui tirer, ne sachant pas svirtout si celui qui arme son pistolet à côté de

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