‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 26 sur 81 · M. LE DUC V. DE BSOGLIB · texte numérisé non relu

M. LE DUC V. DE BSOGLIB

Dieppe, o août 1^9.

Vous êtes mille fois trop bon. L'animal n'est pas tout à fait perdu et a lu avec beaucoup de reconnaissance le projet d*avis à insérer dans les journaux. Que les animaux puissent lire et écrire, cela n'est que trop certain aujourd'hui, et ce n'est pas là ce que je donne pour un miracle.

On vit ici parmi les plus belles dames et le plus grand monde. C'est un nid d'aristocrates que je recommande à la sollicitude des hommes de la montagne. Je n'ai pas, depuis que je suis à Dieppe, entendu un être vivant parler de la révolution de février sans imprécations. Il est vrai que je ne recherche pas les Jacobins, n'ayant point le goût d'en faire collection, mais, malgré cette colère unanime, je crois toujours qu'il faut dire comme le vieux roi de Naples de son armée : « Tout cela ne les empêchera pas de détaler à la première occasion. » Les socialistes et toutes leurs variétés ayant pour eux l'ardeur, l'organisation et le nombre^ les gens honnêtes étant en petit nombre comparativement, et disposes à

s'arracher les yeux pour savoir qui les commandera, c'est un compte qui sera bientôt réglé, si les éléments de Talgèbre sont encore vrais depuis février.

Mille tendres respects et mille remerciements pour avoir bien voulu avertir un chien perdu qu'on le réclamait.

▲ MADAME d'hAUSSONVILLK.

Paris, dimanche, 12 novembre 1840.

Vous avez pu voir que nous ne sommes pas si près de l'empire que vous pensiez. J'ai toujours cru fermement à la durée de la république pour beaucoup plus de quinze jours, quoique les esprits prompts à conclure la vissent déjà parvenue à son terme.

Mon œil n'avait point vu les aigles prophétiques Descendre au doigt de Dieu sur les palais de Tyr.

Vous avez pu d'ailleurs, lire dans le Moniteur que ceux qui avaient l'insolence de dire : Voilà un Empereur j étaient d'indignes calomniateurs. On a juré de maintenir la constitution, la cons-

titutioQ repose sur le granit de la foi jurée ; les mauvais propos et le souffle des gens pervers ne la renverseront pas sur cette base inébranlable. Je viens tout à l'heure devoir passer dans le brouillard un tourbillon de cavalerie qui escortait une voiture. C'était un Président de la République qui passait et non pas un Empereur* Vous danserez cet hiver dans les Tuileries, mais ce sera sur le pied de l'égalité et de la fraternité. — Nous voilà donc en paix pour quelques jours. — Quels que soient les desseins qu'on voudrait prêter au Président, il est bien clair qu'il ne peut pas, après cette déclaration publique, faire enfoncer de quelque temps les portes du conseil des sept cent cinquante par ses grenadiers.

M. Raulin est arrivé vendredi dernier. Il revient de ses longs voyages avec une douzaine de volumes in-folio d'un herbier. Je ne crois pas que vous en soyez arrivées là, vous et Mathilde. Je serais très-heureux 4e vous avoir donné la passion de la botanique. C'est une passion que le sort ne peut plus traverser. U y aura presque toujours des herbes des champs. Quand les socialistes mettraient le feu partout, sachez qu'il y a des plantes qui, précisément, ne croissent que sur les ruines des habitations incendiées. Si j'étais jeune et fort, je courrais le monde pour

me faire un herbier. L'herbe serait ma nourriture habituelle. Je ferais la Flore de la Grèce; j'aurais des fleurs de myrte cueillies dans les débris de Lacédémone, autour de la maison d'Hélène. J'irais chercher à travers la Palestine des fleurs de Tanet et du cumin, les lys qui croissent dans la vallée d'Hébreu, des petites roses qui couvraient tous les environs de Jéricho, des boutons d oranger que Judith mettait dans ses cheveux tout noirs ; mais, probeiblement, si je devenais savant en botanique, cette fleur de poésie qu'on voit si loin dans les champs que l'on n'a point traversés n'entrerait pas dans mon herbier. Je ne sais que Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre qui aient gardé un vif sentiment de la nature en étudiant la nature. M. de CandoUe n'avait pas beaucoup plus la passion de la campagne que ne Ta un notaire de campagne ou un percepteur des contributions. Continuez-vous toujours votre admiration pour la petite Fadette ? J'oubliais que madame Sand a aussi gardé quelque chose de poétique malgré la connaissance détaillée des plantes.

Je ne sais pas ce que vont devenir les accusés de Versailles. Tous les avocats , comme vous voyez, s'en vont justement indignés de ce que le président de la cour ne veut pas laisser établir.

par M. Michel de Bourges, le droit qu'a tout citoyen de faire feu sur le gouvernement quand il n'en est pas content. Il est pourtant bien clair qu'il n'y a pas de société possible si on ne peut pas mettre tout à feu et à sang dès qu'on n'est pas parfaitement d'accord avec les pouvoirs publics ; mais si tout cela est bel et bon pour les accusés qui sont sûrs d'être condamnés, pour ceux qui ont le désir et l'espoir d'être acquittés en se défendant bien, il est un peu dur de se voir plantés là par leurs défenseurs, pour la plus grande gloire de insurrection facultative.

Adieu, madame. Yivez-vouscomme nous dans un épais brouillard ? Hier, personne n'est sorti le soir. Les chevaux et les hommes perdaient leur voie à tout moment. Il me semble que nous vivons dans un brouill6urd de ce genre depuis plus de dix-huit mois.

A M. d'hAUSSONVILLE.

Paris, 14 novembre 1819.

Mon cher ami, je vous aurais écrit quand bien même vous ne m'eussiez pas répondu. Les gens ont grand'raison de rester ce qu*ils sont

par nature ; on finit par s'y faire et par prendre leur manière d*être comme une loi du monde pareille à la gravitation.

Nous vivons ici dans un grand repos.

Peut-être est-ce la tranquillité qui règne la veille des grands accidents, mais il n'y a point lieu de le penser. Quand bien même M. le Président de la république n'aurait pas daigné nous dire de sa propre bouche qu'il n'y a que d'abominables calomniateurs qui puissent le croire capable d'affecter l'Empire et de méditer l'oppression de son pays, nous aurions d'autres motifs encore de nous rassurer sur la pensée d'une attaque violente aux pouvoirs bien ou mal constitués qui nous régissent. On tient pour certain que la résolution de M. Louis Bonaparte est de vivre en bonne intelligence avec la République jusqu'à un conflit quelconque entre lui et l'Assemblée^ et, quand ce conflit arrivera, bien loin de venir la force à ]a main chasser la chambre des représentants, c'est lui qui s'en ira. Il donnera sa démission et laissera la parole au suffrage universel. On verra alors si la nation est reconnaissante, et tout se dénouera par le suprême arbitre des choses, à savoir tout le monde.

Voilà, belle Emilie, à quel point nous en sommes.

222 LBTTRBS.

Hier, c'était jour de deuil sur la montagne. Ces habitants des hauteurs n*ont pas eu le cœur de rester en séance dès qu'ils ont appris la décision du jury. Ils sont allés pleurer en liberté dans les corridors de la chambre et autres lieux la grande erreur de la justice humaine. Le jury qui a jugé si cruellement tant de grands citoyens fera bien de ne jamais paraître à son tour devant les prétoires de la justice démocratique et insociable. Du reste, tout a été paisible dans Versailles à Theure du jugement. Il est vrai que le présent gouvernement qui se défie de tout et qui manque essentiellement d'amour, avait disposé de fortes patrouilles de cavalerie et tout un appareil de vedettes avec la carabine au poing qui ne sont propres qu'à comprimer l'élan des sentiments naturels.

A MADBM0I8BLLE DB8IRKB LAGOMBLés ^.

29 décembre 1849.

Ma bonne Désirée, je te souhaite une bien bonne année. Les temps ne sont pas très-

Page 1