‹ Mélanges et lettre avec une introductionChapitre 27 sur 81 · Mademoiselle Désirée Lacomblée avait élevé M. Dou* dan · texte numérisé non relu

Mademoiselle Désirée Lacomblée avait élevé M. Dou* dan

agréables pour le moment présent, et le monde ne va pas sur roulettes, mais j'espère du moins (lue tu te portes passablementet que tu te trouves commodément dans ton petit appartement.

Tu trouveras ci-joint, un billet de deux cents francs.

J'ai vu l'autre jour dans les^ journaux que les dames de ton village de Forest aimaient si fort leur curé qu'elles ont fait des barricades pour empêcher son successeur de pénétrer jusqu'à l'église. Je me suis souvenu que tu m'avais mené à Forest quand j'étais tout enfant; que nous avions eu un orage dans les bois ; que tu avais un oncle tisserand qui était un excellent homme, et que tu m'avais fait manger d'excellentes tourtes. Je vois encore les champs de houblon tout autour du village. Tu étais dès lors bien bonne pour moi comme tu l'as toujours été.

Mille et mille amitiés.

A M. d'hAUSSONVILLB.

Mardi, 26 mars 1850.

Voici, mon cher ami, le voyage en Orient. Je

respecte singulièrement les fantaisies, et je crois bien que ce qui fait les gens durs, c'est de faire passer pour les autres le nécessaire avant les fantaisies. J*ai toujours fait grand cas de l'histoire du Premier Africain qui, après la prise de Cartbagèue^ avait fait donner des poupées aux petites filles des prisonniers de guerre qu'il trouva dans la place. Cela n'était pas mal pour un païen comme Scipion, et je ne sais si l'évêque d'Alger en fait autant dans son diocèse quand il entre quelque part à la suite du canon.

Ce que je vous dis là n'est que pour vous orner Tesprit, car vous n'êtes pas une petite fille, ni moi Scipion l'Africain, ni M. Joseph d'Estourmel une poupée. Ce voyage en Orient est certainement ce que j'ai lu de plus comique sur la Grèce et Jérusalem, sauf pourtant les entretiens de madame de Oasparin avec ses guides sur bien des sujets délicats.

AU MKMR.

Paris, 29 juin 1850.

Mon cher ami, je vous écris du fond d'une

LETTRBS. 225

fournaise d'abord et d'une grande solitude aussi. Le soleil, à 29 degrés Réaumur, est une société brillante assurément, mais dans laquelle on ne se sent point tout à fait à l'aise. Les étés deviennent de plus en plus tristes à mesure qu'on avance en âge. L'aimable ftlle qu'on nomme la Révolution de février n'a pas peu contribué à l'éparpillement universel. Elle a changé tout Tordre des saisons avec son Assemblée permanente. Encore, si cette Assemblée faisait de grandes choses pour le présent et pour Pavenir, on en prendrait son parti, mais cette réunion de chacals d'un côté, et d'étourneaux et de piesgrièches de l'autre, n'est pas pour élever de grands monuments. Voilà la loi des maires écartée de l'ordre du jour par M. de La Rochejacquelein et ses amis. Je ne sais comment le ministère prendra ce procédé de la majorité. Dans les extrémités où nous vivons, il ne s'agit guère du point d'honneur parlementaire. Nous ne savons encore rien du débat de la Chambre des communes. Votre ouvrage n'aura point passé dans ce monde comme tant d'autres livres. On prend dans ce carquois des flèches qu'on tire à lord Palmerston. Êtes-vous sensible au plaisir d'ébranler les superbes?

Est-ce que cette belle terrasse qu'a conquise

Page 1