A M. SAINT-MARC GIRARDIN
Paris, 25 juin 1560.
Mon cher ami, je lis le volume que vous avez eu la bonté de m' envoyer. J'étais très-digne de l'avoir, car je le trouve excellent, ce qui est ancien comme ce qui est nouveau. Vous dites des vérités fines ou profondes avec un ton naturel qui semble perdu aujourd'hui, aussi bien que la sagacité qui fait découvrir ces vérités.
Pourquoi M*** adopte-t-il de si bon cœur les sentiments qui ont (ait dire à l'occasion de la mort du roi Jérôme, que ce Prince avait vu la France régénérée ? Cela n'est pas obligeant pour ceux qui vivaient contents sans le gouvernement de juillet, et M*** était de ceux-là. On ne doit pas se dire de ces choses à soi-même ni même les dire à la face de ses amis. Il n'y a qr i Arlequin qui dise à sa fille, dans la comédie italienne : Figlia d'tm ladrone !
LBTTRBS. 333
AU MÊMB.
Broglie, 5 août U60.
Dites-moi comment vous êtes. J'ai lu avec grand plaisir l'article où vous montrez que si l'on avait cru en Angleterre notre gouvernement en 1840, on ne tordrait pas le cou à la moitié des consuls d'Europe en Syrie à l'heure qu'il est. Je ne croyais pas que les Croisades recommenceraient avec mon approbation, mais je voudrais qu'on allât plus grand train. Depuis que les gouvernements ont les ailes de la vapeur et de l'électricité, ils ne marchent pas beaucoup plus vite que Godefroy de Bouillon sur son lourd cheval de Flandre. L'esprit est devenu lent depuis que la matière est devenue prompte. Peut-être bien que la Providence empêche par là le monde de sauter sous l'effort do ses habitants. — Ni facial...
L'Italie a bien l'air de vouloir sauter. Les princes de ce monde ont Tair, eux, de vouloir retirer leur épingle du jeu. Toutefois, quand on a lancé une grosse pierre sur une pente trèsraide il est peut-être superflu de lui faire des discours pour l'eniçager à se modérer dans sa
course. Garibaldi reprend les choses où elles étaient un quart d'heure avant Villa frnnca.
Écrivez-moi pour me réchauffer ici, où Ton gèle comme partout.